Le Forum des mondes méditerranéens qui s’est ouvert hier à Marseille, pour deux jours, est l’occasion de présenter le CoPaM. Une initiative née dans le sillage du Sommet des deux Rives visant à valoriser de grands sites patrimoniaux de la Méditerranée. Parmi les premiers projets portés, l’inscription de la rade de Marseille au patrimoine mondial de l’Unesco.

« Je me réjouis de cette initiative collective sur le patrimoine méditerranéen (…). Le soutien logistique et financier du CoPaM et des partenaires offre une lueur d’espoir à tous ces lieux sur lesquels reposent nos civilisations ».

Ces mots sont ceux de Ouided Bouchamaoui, Prix Nobel de la paix en 2015 et présidente du comité de pilotage des personnalités qualifiées de la société civile pour le Sommet des deux rives. L’événement qui se tenait à Marseille en juin 2019, en présence du Président de la République, a permis de faire émerger différents projets, parmi lesquels le CoPaM pour « Co-développer le patrimoine mondial en Méditerranée ».

L’organisation est implantée à Arles, ville inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco qui accueille le Centre de ressources administratives, tandis que le Centre de ressources techniques se situe à Tipasa (Algérie), dont les sites archéologiques sont également inscrits sur la liste du patrimoine mondial.

Des membres fondateurs représentatifs du pourtour méditerranéen

Rapidement, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, la Région Sud, la Ville d’Arles et l’Unesco deviennent partenaires, appelant l’initiative à se structurer. « En plein dans la tourmente du Covid, nous pensions créer la structure assez modestement. Finalement, 40 membres fondateurs y ont contribué, extrêmement représentatifs du pourtour méditerranéen, à la fois d’un point de vue géographique et culturel, mais aussi disciplinaire*, ainsi que des partenaires et des représentants de la société civile et experts indépendants (ancien directeur de la culture à l’Unesco, spécialistes des zones arides…) », explique Zineb Chakir, déléguée générale en charge du développement, de la stratégie, du rayonnement, de l’animation et de l’administration générale de la structure.

À ses côtés, Bouzid Sabeg, délégué général, en charge de l’expertise patrimonial, des montages techniques et de la mise en place du réseau patrimoine. Directeur du patrimoine de la ville d’Arles pendant 25 an, il est reconnu comme l’un des experts clés du sujet à l’échelle méditerranéenne. « Nous avons très vite gagné en crédibilité, en image et visibilité parce que des projets pilotes avaient déjà démarré avant même la structuration. Nous avions déjà démontré notre savoir-faire sur le terrain ».

, Le CoPaM, un outil pour accélérer l’inscription de la rade de Marseille au patrimoine mondial de l’Unesco, Made in Marseille
Zineb Chakir et Bouzid Sabeg du CoPaM.

« Une super boîte à outils méditerranéenne »

Lors de son allocution, hier, en ouverture du Forum des mondes méditerranéens, le Président de la République a évoqué différents projets qui ont grandi depuis le Sommet des deux rives, parmi lesquels de Livre des Deux Rives, Emerging Mediterranean et le CoPaM « pour protéger et mettre en valeur le patrimoine, ces temples que l’on retrouve aussi bien sur les routes de Sicile qu’à Volubilis (Maroc). Cette manière d’appréhender le monde qui nous fait autre ». Mais c’est aussi pour le chef de l’État « une formidable démonstration de votre capacité à résister à cette épidémie, parfois aux difficultés du temps, mais aussi à l’efficacité collective depuis plus de deux ».

Agissant comme une start-up d’intérêt général, « une super boîte à outils méditerranéenne », le CoPaM fait profiter de ses savoir-faire en matière d’expertise patrimoniale, de capacité d’intervention et de gestion des projets.

Il joue aussi un rôle d’interface entre les différents acteurs. « Nous évaluons d’abord quelle est notre valeur ajoutée. Nous les rencontrons de manière bilatérale avant de les mettre autour de la table. Nous déverrouillons les blocages, nous posons aussi un cadre. Par exemple, d’un point de vue éthique au regard de la charte de l’Unesco, en termes d’impact sur les populations, mais surtout on booste la recherche de financement, poursuit Zineb Chakir. Nous sommes là pour accélérer les choses, non pas pour faire à la place des autres, et faire en sorte que les acteurs travaillent ensemble de manière qualitative ».

La façade maritime marseillaise inscrite sur liste indicative Unesco depuis près de 20 ans

Des projets de valorisation et de conservation sont en cours sur tout le pourtour méditerranéen (site antique d’Aléria en Corse, Tipasa en Algérie, médinas de Sfax et de Tunis (Tunisie), systèmes oasiens de Tichitt en Mauritanie etc…) 

Parmi eux, l’inscription de la rade de Marseille, portée par la Ville, également membre fondateur du CoPaM. Avec ses 57 km de façade maritime, de l’Estaque aux Calanques, le littoral marseillais se caractérise par son étendue, sa richesse et sa diversité uniques au monde. Cette façade maritime marseillaise est déjà sur liste indicative Unesco depuis près de 20 ans.

Depuis 2002, rien ne s’est passé, jusqu’au Congrès mondial de la nature, à l’occasion duquel le maire de Marseille, Benoît Payan, annonce vouloir relancer la candidature de la rade de Marseille au classement du patrimoine mondial de l’Unesco

Un levier de rayonnement et une réappropriation du patrimoine marseillais

Pour le CoPaM, la rade traversant le Nord et le Sud de la Ville représente un « fort symbole réunificateur de la ville » et l’occasion pour les Marseillais de se « réapproprier leur patrimoine. Ce n’est pas qu’un programme qui va protéger la mer, il va protéger aussi le vivant et les populations, lutter contre l’insalubrité, drainer des fonds pour les quartiers, permettre la création de musées, de salles de concert… », explique Zineb Chakir.

C’est une opportunité de rayonnement et de dynamisation touristique, « un levier de tourisme durable, mais également l’occasion d’accélérer et relier des projets phares de la municipalité, du Nord au Sud, par exemple, la lutte contre les risques côtiers, la sanctuarisation d’espaces naturels, la protection de la biodiversité, ou encore l’ouverture de la Digue du Large ».

Sans oublier la valorisation du patrimoine immatériel lié à la rade de Marseille, tels que les spécialités culinaires, les pèlerinages, les fêtes maritimes, ou même les barquettes marseillaises (que certains nomment les « pointus »)… Ces petites barques utilisées pour la pêche, font partie des éléments indissociables de la ville. Leur conception et leur utilisation sont d’ailleurs inscrites à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, et certaines protégées au titre des monuments historiques. 

Quels sites, quartiers et monuments cela concerne ?

Le CoPaM et la Ville de Marseille planchent sur une remise à niveau et la réactualisation du contenu du dossier de 2002, en associant les parties prenantes afin de valider la feuille de route.

La liste initiale comprenait la batterie de Corbières, l’entrée du tunnel du Rove, le quartier de l’Estaque, en arrière-plan, le massif de la Nerthe, et les sites oppida celto-ligures, la Digue du Large, le Silo Panzani et le Silo d’Arenc.

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Sans oublier les Docks, datant du XIXe siècle, les immeubles des compagnies maritimes des XIXe et XXe siècles, comme celui de la Compagnie générale transatlantique, devenu la Cité des savoirs et de l’innovation (Cisam) ainsi que la cathédrale de la Major.

Le projet concernait aussi tout un ensemble sur le Vieux-Port et ses alentours avec les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas, la consigne sanitaire (avec le pavillon des douanes), les immeubles de la Reconstruction (autour de l’Hôtel de Ville), le quai des Belges, l’ancien arsenal des galères, et le palais du Pharo ; l’Abbaye Saint-Victor, la Basilique Notre-Dame-de-la-Garde et la Corniche (vallon des Auffes, marégraphe, villas/bastides de villégiature) ; les anciens quartiers de la Vieille Chapelle, la Pointe-Rouge et Montredon (bastide Pastré, patrimoine industriel du XIXe siècle ; en arrière-plan massif naturel de Marseilleveyre).

« C’est un projet phare pour Marseille »

La limite Sud pourrait se situer au niveau de la Madrague de Montredon, avant le massif des calanques, site naturel classé, la Direction de l’environnement (Diren) émettant d’importantes réserves à l’extension de l’inscription à ce secteur très fragile. L’effet de notoriété induit par l’inscription au patrimoine mondial serait de nature à menacer la préservation du site protégé.

La Grotte Cosquer, grotte ornée témoignant d’une présence humaine à l’époque paléolithique, classée monument historique, se situe dans ce massif des Calanques. Bouzid Sabeg estime que ce périmètre devrait être également classé. 

Côté secteur urbain, en arrière de la façade maritime, l’inscription initiale prévoyait les sites et monuments comme le quartier du Panier, ancien emplacement de la ville grecque, avec la Vieille Charité et l’Hôtel Dieu, les cours Belsunce et Saint-Louis (extensions de Louis XIV) , puis la Canebière, le boulevard Longchamp et le Palais Longchamp. Enfin, les îles du Frioul (le Château d’If, de Pomègues et de Ratonneau) et l’île de Planier.

« Déjà en 2002, l’État a jugé que la France avait tous les critères. Il faut monter le dossier, c’est lourd, mais il faut le faire », souligne la déléguée générale. « C’est un projet phare pour Marseille, c’est le moment de le relancer ».

Prochaine étape, l’accompagnement du portage du projet d’inscription en vue d’un futur Comité du patrimoine mondial. Un travail de fond de 3 à 6 ans s’annonce selon Bouzid Sabeg.


*Des ministères comme celui de la Culture à Alger, des Affaires étrangères en France, la Région Basilicata, la région Tanger-Tétouan, la Région Sud, les villes comme Marseille, Nice et Arles, Birgu à Malte, Aix-Marseille Université, l’université de Florence… Le World Monument Fund basé à New-York, l’Unesco… Les partenaires et des représentants de la société civile et experts indépendants tels que d’anciens directeurs de la culture à l’Unesco, spécialistes des zones arides… 

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