Lauréate du label européen « 100 villes neutres en carbone en 2030 », la Ville de Marseille s’appuie sur 5 piliers d’actions pour atteindre cet objectif. Le détail.

La municipalité était confiante et avait foi en sa « candidature solide ». La Commission européenne a donc bien décidé de jouer l’audace en accordant à la Ville de Marseille le fameux label européen « 100 villes neutres en carbone en 2030 ». Un sésame qui ouvre désormais la voie à l’accélération des projets de transitions écologique et énergétique dans la deuxième ville de France.

Il y a une quinzaine de jours, le maire de Marseille, Benoît Payan, rassemblait tous les acteurs clés de ce dossier ambitieux autour duquel s’est créé une véritable dynamique collective. L’édile insistait sur le fait que Marseille pouvait faire office de ville-pilote, de terre d’expérimentations des villes vertes et résilientes, ouvertes sur le monde et gardienne de la biodiversité.

À l’heure où les experts du GIEC estiment que l’humanité a trois ans pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre si elle veut conserver un monde vivable, ce label représente un levier pour changer de trajectoire. Pour hisser Marseille en ville-modèle de la neutralité climatique socialement responsable, la municipalité a établi un plan d’actions en cinq grands axes prioritaires, présenté à la Commission européenne, avec des projets déjà en cours ou à venir.

Révolutionner les modes de transports d’ici à 2030

Principal défi ? « Révolutionner les modes de transports d’ici à 2030 ». Pour concevoir une mobilité décarbonée, la Ville entend restructurer en profondeur les infrastructures existantes avec l’aide de la Métropole, pleinement impliquée dans cette candidature. Elle prévoit un plan ambitieux « pour faire de Marseille l’une des villes françaises la plus cyclable et marchable ».

Les premières actions seront portées sur les micro-mobilités, notamment le vélo. Le plan fait état de sept « autoroutes » cyclables déployés d’ici à 2030 « desservant efficacement et en toute sécurité l’ensemble de la ville », le développement du report modal ou encore du fret ferroviaire, avec le développement de centres de logistiques innovants à l’instar du MIN des Arnavaux. Un chantier stratégique alors que la zone de faibles émissions doit être appliquée à partir de septembre 2022.

Le marché d’intérêt national « deviendra le point d’entrée du fret routier pour distribuer le fret à travers Marseille par véhicules verts électriques ». Pour rappel, un budget de 2 milliards d’euros a été alloué aux transports et à la mobilité dans le cadre du plan « Marseille en Grand », et du schéma de déplacement urbain de la Métropole, en collaboration avec la Ville.

La décarbonation du parc immobilier via la lutte contre la précarité énergétique

Le maire de Marseille l’avait signifié il y a 15 jours, « l’écologie pour être réelle doit être résolument sociale ». Mener la décarbonation du parc immobilier en luttant contre la précarité énergétique et l’habitat indigne représente l’autre priorité. Différentes actions seront mises en oeuvre. Parmi elles, on peut retenir l’ambition de faire des quartiers nouvellement construits des « précurseurs de la neutralité climatique », avec des bâtiments à énergie positive, dans le cadre notamment du plan de rénovation urbaine soutenue par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru).

Le projet « Sirius » pour Système d’Innovation par les Réseaux d’Intelligence Urbaine et de Services à Frais-Vallon, figure également sur la « to do list » de la Ville, « comme premier départ vers des communautés énergétiques ». Porté par la Métropole en collaboration avec Habitat Marseille Provence, il consiste en la création d’une centrale photovoltaïque pour l’ensemble du quartier, un ensemble de logements sociaux, soit 1350 logements (5 000 habitants). « Un Flex-Grid sera également intégré au projet afin de mieux gérer les systèmes énergétiques de la centrale et des bâtiments ».

On peut noter également la création de la SEM Energies, un outil innovant pour engager toutes les parties prenantes et financer la production d’énergie verte. Le montage de cette société publique interne est en cours. « Sa gouvernance sera collaborative, avec des partenaires tels que d’autres administrations publiques, des investisseurs publics et même des citoyens ».

Ses premiers projets consisteront à installer des panneaux solaires sur les toits des écoles publiques rénovées, pour s’étendre massivement aux bâtiments publics et privés. 173 écoles de la ville devraient être équipées dans les prochains mois [lire ici].

Renforcer le modèle méditerranéen de ville végétale

La Ville ambitionne de développer Marseille comme un laboratoire des villes méditerranéennes et côtières en Europe pour réussir une neutralité inclusive « accessible à tous quel que soit son niveau de revenu ». Elle entend capitaliser sur les avantages de la nature tout en préservant la biodiversité et les écosystèmes naturels.

À titre d’exemple, elle mise sur la création déjà effective des récifs artificiels du Prado (220 hectares) visant à restaurer les espèces marines ou encore sur l’expérimentation mener dans le parc national des Calanques sur l’herbier de posidonie, grand puits de carbone naturel [lire ici]. Le projet Prométhée-Med vise à protéger cette espèce pour développer la première méthodologie de compensation carbone destinée aux herbiers marins en France.

La municipalité a également mis en avant un plan de rafraîchissement de la ville via la boucle d’eau de mer à l’instar de Thassalia. Un dispositif qui permet de réduire de 80 % les émissions carbone par rapport à un réseau classique.

Marseille veut aussi créer « dans toute la ville des poumons écologiques ». Le premier du genre sera le parc des Aygalades, dans le périmètre d’Euromediterranée, soit 25 hectares de terrain à dépolluer et à revégétaliser d’ici à 2026. Autres projets : le plan de reconquête agricole [lire ici] et la revalorisation des friches abandonnées, nombreuses dans la cité phocéenne.

Les citoyens au coeur de la transition climatique

Dans le projet marseillais, l’émancipation sociale est indissociable de son action climatique. « L’inclusion sociale est la pierre angulaire de notre ambition pour la neutralité climatique à Marseille ». Parmi les actions-clés, les budgets participatifs ou encore les conseils de quartiers, outils de démocratie locale, portés par le Printemps marseillais dans son programme de campagne municipale.

Pour impliquer les citoyens, « l’Assemblée du futur » examinera les actions politiques de l’administration publique. « Elle pourra également rédiger des propositions d’évolution réglementaires vers un Marseille plus vert ». 

Elle s’appuiera aussi sur la création de la Cité de la transition. Un espace pour réunir les nombreux acteurs locaux impliqués dans la transition écologique et sociale. Une « Cité zéro », première expérimentation, doit voir le jour dès 2022 sur un site de 5 000 m2 environ.

L’innovation, levier d’action durable

Le dernier axe repose sur l’innovation technologiques déjà existantes sur le territoire « mais qui doit être mise à l’échelle ». L’hydrogène a été identifiée comme filière d’avenir. Sur le territoire, MassHylia s’impose comme le plus grand démonstrateur de génération d’hydrogène vert en France.

Pour appuyer le développement de ce secteur, la Ville prévoit de créer un fonds d’investissement pour soutenir les initiatives entrepreneuriales innovantes.

La « coopérative de compensation carbone », quant à elle, est un outil qui s’inscrit dans une logique vertueuse de financement de projets de décarbonnation à partir de crédits carbones achetés par les pollueurs.

La Ville a également inscrit un volet portant sur la production d’énergie renouvelable pour alimenter le port Marseille-Fos, partenaire de la candidature, avec entre autres le création de centrales photovoltaïques sur les toitures du bassin Est du GPMM et d’autres projets de développement (parcs hydrogène, unité de production de gaz verts avec la technologie Power-to-Gas…).

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