À l’heure où l’écologie est au centre des préoccupations, la Méditerranée s’impose comme une source d’énergie d’avenir. À l’instar d’autres programmes immobiliers sur le périmètre d’Euroméditerranée, les Terrasses du Port viennent de se raccorder à la centrale de géothermie marine Thassalia. Elles deviennent ainsi le premier centre commercial marseillais alimenté grâce à cette solution innovante unique en Europe. Immersion dans les secrets de la boucle d’eau de mer.

Pour rejoindre la sous-station des Terrasses du Port, il faut traverser avec précaution l’imposante zone de livraisons, puis arpenter un vaste couloir. Dans le local d’environ 300 m2, les vieilles chaudières ont laissé place à un entrelac de tuyaux. C’est ce qu’on appelle des « échangeurs ».

À première vue, rien d’exceptionnel. Sauf que cette machinerie est reliée à une usine des plus innovantes baptisée Thassalia. Filiale du groupe Engie Solutions, elle est la première centrale en France à utiliser l’énergie thermique marine. La solution permet d’alimenter, en eau chaude et glacée, le complexe de 63 000 m2 et ses 190 boutiques, et fournit ainsi chauffage et climatisation.

Elle offre un taux de 70 % d’énergie renouvelable grâce à l’exploitation de l’énergie calorifique contenue dans la mer Méditerranée.

Pour mieux comprendre ce qu’est Thassalia, il faut se rendre sur le Grand Port Maritime de Marseille, où a été édifié le bâtiment de type industriel. À l’architecture sobre, le mastodonte gris abrite deux étages d’environ 800 m2 chacun et compte trois espaces stratégiques.

, L’eau de la Méditerranée, ce nouveau carburant durable, Made in Marseille

Deux tours de clé et nous voilà plongés dans la salle « eau de mer » en compagnie de Sylvain Garnecho, le maître des lieux. Ici est puisé le nouveau cocktail énergétique salé à 7 mètres de profondeur, là où la température reste relativement constante autour de 13°C. « Puis elle est pompée jusque dans le bâtiment, à travers des fosses de filtrage pour en prélever, ensuite, selon les besoins et la saison, soit les calories afin de réchauffer la boucle d’eau douce desservant les bâtiments, soit les frigories pour, au contraire, rafraîchir », explique le directeur de la centrale. Petite précision : « Nous devons respecter une température maximum de 30° des rejets à ne jamais dépasser, pour ne pas perturber la faune et la flore marines ».

Technique de pointe

Pour connaître la suite du circuit, il faut entrer dans la « salle des machines » au ronflement puissant. D’un inox éclatant, comme l’ensemble de la tuyauterie de Thassalia, la thermofrigopompe nous fait de l’œil. Un nom complexe pour une technique de pointe, car c’est ce monstre d’acier qui permet de produire de manière simultanée le chaud et le froid. « Elle est capable de nous faire 61° pour le chaud et du 4° pour le froid, en même temps. Elle possède un moteur qui nous permet de produire les deux énergies que l’on envoie à nos clients et ça, toute l’année », ajoute Sylvain Garnecho.

En cas de surplus d’appels de chaud, les chaudières à gaz prennent le relais, tandis que les groupes froids gèrent d’éventuels pics « assurant un rendement exceptionnel : pour 1 KW, elle renvoie 7 KW de frigorie ». Détail qui a son importance : la solution calorifique est acheminée à bon port grâce à des canalisations en fibre de carbone. Un matériau anti-corrosion, ultra-résistant en réseaux enterrés, qui plus est, chemine sous le niveau de la mer (entre 1 et 8 mètres selon les obstacles).

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Pour éviter qu’un grain de sable ne vienne enrayer cette mécanique, l’équipe de Sylvain reste aux aguets depuis la salle de supervision. En un clin d’œil, les hommes de Thassalia sont capables de détecter un dysfonctionnement à l’intérieur de la centrale et sur les 3 kms de réseau d’infrastructures reliées. « Grâce à ce procédé, depuis mai, nous avons baissé de manière importante nos consommations d’électricité, ce qui nous permet d’être, avec nos panneaux photovoltaïques installés sur le toit, quasiment en autoconsommation de 10 h et 17 h. Aujourd’hui, l’électricité qui sert à nous éclairer est gratuite, car produite par le solaire. Et nous n’aurons plus de consommation de gaz en vivant un premier hiver raccordé à Thassalia », affirme la directrice des Terrasses du Port, Marie Canton.

Pour un centre de cette surface, « 30 à 50 % de la facture d’électricité sert désormais à fabriquer du froid », ajoute Patrick Berardi, directeur général de Thassalia. Et c’est vrai pour tous les bâtiments qui se raccordent ». 

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Quartier démonstrateur

Si les Terrasses du Port sont les petits derniers nés à carburer à l’eau de mer, depuis 2016 Thassalia souffle le chaud et le froid sur plusieurs programmes phares au cœur de l’EcoCité conçue par l’Etablissement public d’aménagement Euroméditerranée : tour La Marseillaise, Porte Bleue, Euromed Center, Hôtel Golden Tulip, La Coque, Les Docks Village, école Ruffi… ont choisi cette énergie décarbonée et renouvelable. « Il y a 5 ans, le froid était perçu par l’ensemble de nos interlocuteurs comme une énergie de riche. Désormais, on se rend compte que c’est le froid qui nous a portés. C’est aujourd’hui, une énergie qu’il faut considérer comme de confort, certes, mais aussi comme un process, affirme Patrick Berardi. Nous sommes sur un système d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique ». Des arguments pour convertir à la boucle d’eau de mer les professionnels qui seraient encore frileux.

A revoir 

 

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