Face au défi du changement climatique, l’herbier de posidonie, capable de fixer le carbone, suscite de nombreux espoirs. Le projet Prométhée-Med testé au sein du Parc national des calanques vise à protéger cette espèce pour développer la première méthodologie de compensation carbone destinée aux herbiers marins en France.

Les herbiers de posidonie sont des plantes sous-marines endémiques de Méditerranée. Elles recouvrent 3,5 millions d’hectares du bassin méditerranéen et 100 500 hectares du parc national des Calanques. En plus d’être un lieu de vie pour les poissons, Posidonia oceanica est capable de piéger le gaz carbonique et de le stocker dans sa matte, ce qui fait de cette plante marine un rempart contre les effets du changement climatique. Elles sont en mesure de « séquestrer durablement le carbone à hauteur de 1500 tonnes par hectares », souligne Roman de Rafael, responsable du développement des projets au sein d’EcoAct, société experte en climat appartenant au groupe Atos.

Robustes et utiles dans la lutte contre le réchauffement climatique, elles se font cependant de plus en plus rares en raison, entre autres, du changement climatique, de la pollution et du mouillage des bateaux. Ces derniers seraient en effet responsables de l’arrachage des plantes avec leurs ancres. Depuis 1960, « entre 13% et 38% » de leur surface était ainsi disparu, avec une perte de 1,5% chaque année. Et les herbiers présentent dans le Parc national des Calanques ne sont pas épargnés.

« Le Parc national doit être un territoire de référence capable de trouver des solutions innovantes »

C’est pourquoi le directeur du Parc, François Bland, a dévoilé jeudi 18 mars, le projet pilote de méthodologie “Prométhée-Med”, imaginé dans le cadre du Label bas-carbone [Label créé par le ministère de la Transition écologique et solidaire dans le but mondial de zéro émission nette fixée par la France, ndlr ] pour préserver les herbiers marins au sein du parc. L’objectif est de « développer la première méthodologie de certification carbone pour les projets de préservation des herbiers en Méditerranée ».

“Prométhée-Med” est mené en partenariat avec la société experte en climat EcoAct et financé par le groupe néerlandais Interxion, spécialisé dans la réalisation et l’exploitation de data centers, et Schneider Electric France, spécialiste en gestion d’énergie. L’ensemble de cette démarche pourrait avoisiner « de 2 à 3 millions d’euros pour préserver les habitats présents au cœur des calanques ainsi que dans la zone maritime adjacente », a annoncé François Bland.

« Le Parc national doit être un territoire de référence capable de trouver des solutions innovantes. Nous allons chercher des moyens de financement durables de ces actions et accompagner la mobilisation des entreprises dans la préservation de la biodiversité », at-il soutenu.

Développer un programme de compensation carbone sur le territoire

Par le biais de la conservation des herbiers marins, les créateurs du projet espèrent en effet développer un programme de compensation carbone sur le territoire français, accessible à toutes les entreprises « locales, nationales et internationales participant au financement de la protection de cet habitat naturel » , créé par Fabrice Coquio, président d’Interxion France.

Avec l’installation de son 4e data center à Marseille en 6 ans, l’entreprise Interxion est numéro 1 en France et leader en Europe, dans le domaine de l’interconnexion des entreprises. « Nous sommes conscients depuis très longtemps de notre impact sur la biodiversité et de notre rôle dans sa protection.  Nous voulons démontrer qu’il est possible d’être un très grand acteur de data center et d’avoir un impact extrêmement limité sur le carbone. Le mois de décembre a d’ailleurs été une étape importante pour nous car nous sommes devenus neutre au niveau carbone », ajoute Fabrice Coquio.

C’est dans la continuité de cette démarche éco-responsable que l’entreprise finance ce projet pilote, aux côtés de son partenaire de longue date Shneider Electric France, qui vise quant à lui la neutralité carbone de ses activités à l’horizon 2025.

Organisation des mouillages et sensibilisation des usagers

« Si le projet aboutit, le Parc national pourra intégrer le marché carbone en tant que bénéficiaire et ainsi financer les aménagements prévus dans le cadre de son schéma global de mouillage, ainsi que les actions de surveillance et de gestion permettant une protection efficace de l ‘ herbier », précise François Bland.

Parmi les aménagements prévus, des bouées d’amarrage positionnées hors des herbiers, des zones dans le mouillage sera strictement interdit. Lorsque qu’il n’y aura pas d’autre solution, des ancrages écologiques y seront installés pour ne pas les impacter », continue-t-il.

Un certain nombre de balises sera également mis en place afin de délimiter les zones de fonds de Calanques, où le mouillage des bateaux sera également interdit « et nous serons amenés à renforcer l’effort de surveillance et de sensibilisation des publics, afin de faire passer les bonnes pratiques aux plaisanciers. Autant de mesures concrètes qui vont prochainement s’intensifier pour protéger l’environnement de l’herbier », rapporte François Bland.

Les résultats du projet attendus en début d’année 2022

La méthodologie développée dans le Parc des calanques sera rédigée et soumise à la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) du ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES), afin d’être validée et certifiée dans le cadre du Label bas-carbone. Elle pourra ensuite être reproduite sur d’autres types d’herbiers afin de lutter contre le réchauffement climatique. Les résultats de cette méthodologie seront diffusés en début d’année 2022 et les fruits du projet sont attendus dans la foulée.

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