Thibaut Guilluy, haut commissaire à l’emploi et à l’engagement est revenu pour Made in Marseille, sur la stratégie en matière d’emploi à destination des jeunes dans la cité phocéenne. Avec notamment la création de dispositifs 100 % marseillais : « les carrefours de l’entrepreneuriat » et « capital jeunes créateurs ». Entretien.

Marseille se mue en ville laboratoire de la politique d’Emmanuel Macron. Lors de son seul meeting de l’entre-deux-tours dans les jardins du Pharo, il l’a clairement exprimé : « Marseille est un laboratoire de la République ». 

Dans la cité phocéenne ce jeudi 2 juin, le chef de l’Etat se rend à l’école Menpenti, concernée par l’expérimentation « école du futur », lancée dans le cadre du plan Marseille en Grand. Evoquée à la même occasion, la création des « Carrefours de l’entrepreneuriat » est un autre exemple d’expérimentation sur le territoire.

Thibaut Guilluy, haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises s’est employé à mettre en œuvre ce dispositif visant à favoriser l’entrepreneuriat pour tous. Plusieurs structures marseillaises ont ainsi été labellisées par l’État, à l’instar de l’Épopée, via Le Spot, du Carburateur, dans les quartiers Nord, de la Chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille Provence désignée comme “carrefour”, en centre-ville, et plus récemment TransfOrama. Installé à la Friche Belle de Mai, le lieu est dédié aux métiers de la transition numérique, écologique, sociale et culturelle.

Le haut fonctionnaire était présent pour l’inauguration du site, début mai. Surpris de l’énergie et de l’engouement dont il est témoin à chacune de ses visites à Marseille, il se dit fier de voir la dynamique insufflée par les acteurs locaux. « Les associations de quartiers, les acteurs de la formation, de la création d’entreprise et les entreprises de Marseille se mobilisent ensemble. Tous travaillent main dans la main pour offrir le meilleur à chaque jeune qui va venir frapper à la porte pour dire son rêve. Le potentiel est là ».

8 000 jeunes Marseillais doivent être accompagnés sur les deux années à venir. Ces dispositifs financés à hauteur de 17 millions d’euros par l’État ont vocation, s’ils fonctionnent à Marseille, à être étendus à tous les jeunes de France.

En quoi consiste la mission d’un haut commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises ?

Comme son nom l’indique, c’est permettre à tous ceux qui cherchent un emploi d’en trouver un. Pour cela, nous pensons que l’alliance entre les pouvoirs publics et la mobilisation des entreprises peut faire avancer les choses. Nous avons, par exemple, déployé le plan “1 jeune 1 solution”, l’aide à l’apprentissage*, à l’embauche, au service civique ou encore à la création d’entreprise. L’objectif est d’apporter toutes les solutions possibles aux jeunes, quelles que soient leurs attentes et leurs aspirations pour qu’ils puissent trouver leur voie ou trouver un emploi.

Les entreprises sont-elles impliquées ?

Nous mobilisons bien sûr les entreprises. On a commencé avec une dizaine, aujourd’hui il y en a plus de 35 000 dans toute la France. En plus des filières de formation professionnelle. Tout le monde a joué le jeu et ça a contribué à l’augmentation du nombre d’apprentis ou d’alternants l’année dernière en passant de moins de 300 000 à plus de 720 000.

Ça s’est fait justement parce que nous avons écouté les jeunes. La théorie c’est bien mais il faut aussi la pratique. Et mettre en place les bons parcours d’accompagnement. Il faut que les pouvoirs publics, les associations, les organismes de formation et les entreprises marchent ensemble.

Comment avez-vous travaillé à la mise en œuvre du plan « Marseille en Grand » ?

Marseille en Grand, c’est le plan qu’avait annoncé le Président de la République en septembre dernier sur les transports, la santé, la culture, les écoles et sur l’emploi en mettant l’accent sur la lutte contre le chômage mais plus particulièrement sur le besoin d’apporter des solutions aux jeunes marseillais.

En partant de cette ambition, nous avons travaillé avec les élus du territoire, avec les associations, avec les entreprises et nous les avons tous réunis dans des quartiers généraux avec des jeunes, avec celles et ceux qui font Marseille. Le but est de réfléchir à la meilleure façon d’aider les jeunes à trouver un emploi, une formation ou à créer leur entreprise. C’est ce qui a donné lieu à cette invention marseillaise des « Carrefours de l’entrepreneuriat ».

Et si ça marche pour des milliers de jeunes marseillais, l’objectif avec Emmanuel Macron c’est de déployer ce dispositif partout en France.

Il va y avoir quatre lieux comme TransfOrama. Tous les jeunes peuvent venir s’y renseigner. Certains d’entre eux ont déjà une idée et nous allons les accompagner dans leur projet. C’est une co-construction, une co-création marseillaise. Et si ça marche pour des milliers de jeunes marseillais, l’objectif sera de déployer ce dispositif partout en France.

Le président de la République a fait de l’écologie son cheval de bataille pour ce nouveau mandat. Cet axe va se traduire aussi au sein des « Carrefours de l’entrepreneuriat » ?

Emmanuel Macron a répété ici, à Marseille, que la clef de son projet est l’écologie. Bâtir une planète plus vivable pendant les 5 ans qui viennent. Une planète plus vivable implique des transformations. Ces transformations ne vont pas venir que de la tête du Président de la République. Elles doivent venir des citoyens, des entreprises, des associations. Avec les « Carrefours de l’entrepreneuriat », nous disons à tous les entrepreneurs de Marseille, à tous les jeunes marseillais qui ont envie de s’engager : « venez apporter des solutions concrètes ici. Venez changer Marseille. Venez changer la planète ». TransfOrma est dédié à ces métiers de la transition, notamment écologique.

L’État a également lancé à Marseille le dispositif “capital jeune créateur”. En quoi consiste-t-il ?

Il y a un jeune sur deux qui souhaite un jour monter son entreprise et devenir son propre patron. Ce n’est pas une démarche facile. C’est pourquoi nous avons réfléchi à Marseille, avec tous les acteurs locaux, au « capital jeune créateur ». Ça permet aux jeunes qui ont une idée d’être accompagnés, pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, par des structures financées par l’État et de passer de l’idée au projet, du projet au business plan et du business plan au kbis.

Ces transformations ne vont pas venir que de la tête du Président de la République. Elles doivent venir des citoyens, des entreprises, des associations.

Quelle aide l’État alloue à ces jeunes ?

Comme un jeune a souvent moins de fonds que d’autres, quand il y a besoin, l’État vient apporter une aide de 3 000 euros en plus de l’apport personnel du jeune. Ça lui permet de faire un effet levier, de lever des fonds auprès des banques et financer la création de son entreprise. Je ne dis pas que tous les jeunes qui vont venir ici vont créer leur entreprise. Mais au moins, maintenant il y a une porte qui est ouverte, grâce aussi à ces « Carrefours de l’entrepreneuriat », où ils peuvent venir s’informer, réfléchir et connaître les démarches pour se lancer dans l’aventure.

Est-ce symbolique que ce genre de dispositifs voit le jour dans les quartiers Nord de Marseille ?

Ça fait 20 ans que j’accompagne les jeunes de quartiers dans leur quête d’un emploi. Je connais l’énergie, l’envie, la motivation qu’il y a dans cette jeunesse. C’est souvent plus difficile pour eux de trouver les contacts, le réseau pour développer leur talent et l’exprimer de la manière la plus forte possible. C’est exactement ce qui en train de se jouer ici.

Les « Carrefours de l’entrepreneuriat » c’est dire aux jeunes : « vous avez du potentiel, vous avez des idées et vous allez pouvoir aider la France à se transformer ». Notamment grâce à des projets de transformation digitale, écologique et de service pour améliorer la vie des citoyens. Qui mieux que les jeunes marseillais, et tout particulièrement dans les quartiers, pour inventer ces solutions de demain ? Nous sommes juste là pour les accompagner et les conseiller.

[* : le ministre du Travail Olivier Dussopt a annoncé mardi 24 mai la prolongation des aides à l’apprentissage « au moins jusqu’à la fin de l’année ». Elle est de 5 000 euros pour un alternant mineur et de 8 000 euros pour un majeur, NDLR]
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