Le préfet Jacques Witkowski a publié un arrêté établissant un budget à l’équilibre pour la Métropole Aix-Marseille-Provence. Il ne touche pas aux dotations de solidarité, comme préconisé par la CRC, mais s’attaque aux attributions de compensation et cible de nombreuses économies, notamment pour les transports.

« Y a-t-il un pilote pour équilibrer les finances de la Métropole Aix-Marseille-Provence ? ». Dans ce dernier acte, il s’appelle Jacques Witkowski. Le préfet de Région vient de publier, ce mardi 16 juin, un arrêté pour établir le budget 2026 de l’intercommunalité. Vous n’avez pas suivi les épisodes précédents ? Résumé express.

Suite aux municipales, le nouveau conseil métropolitain et son nouveau président Nicolas Isnard ont « découvert » des comptes dans le rouge, avec un déficit de 123 millions d’euros (réévalué depuis à 144 millions) à combler pour équilibrer le budget 2026. Mais comment ? Hausse des impôts, économies de fonctionnement ou baisses des diverses sommes reversées aux communes ? Les élus n’ont pas réussi à se mettre d’accord.

Ils ont donc opté pour l’issue de secours : ne pas voter le budget. Dans cette situation, l’État, et donc le préfet, s’en empare, après consultation de la chambre régionale des comptes (CRC) qui a proposé un budget à l’équilibre. L’État assume ainsi le choix des coupes budgétaires, d’autant que les élus locaux le jugent responsable, via la dernière loi de finances, d’avoir affaibli financièrement la Métropole.

Pas touche aux dotations de solidarité : Marseille sauve 36 millions d’euros

Parmi les leviers qui sortaient du lot, on retrouve la dotation de solidarité communautaire (DSC). La Métropole reverse chaque année 66 millions d’euros aux communes selon leur démographie et leur richesse. Marseille devait ainsi percevoir 45 millions d’euros en 2026. La CRC souhaitait abaisser le total à 13 millions d’euros, et faire tomber la dotation de Marseille à 9 millions, soit la disparition de 80% de l’enveloppe.

Mais le préfet en a décidé autrement. Il juge que « la DSC est une dotation obligatoire […] Une nécessité de péréquation et d’équité dans la répartition des ressources ». Et que « les enjeux du territoire métropolitain dans ce domaine exigent donc de préserver la DSC ». Jacques Witkowski a donc décider de les maintenir à 66 millions. « Nous prenons acte de la décision courageuse du préfet », réagit la Ville de Marseille.

Le préfet s’attaque aux attributions de compensation

Le représentant de l’État a préféré s’attaquer à une autre dotation reversée aux communes : les attributions de compensation (AC), qui représentent presque 640 millions d’euros redistribués aux mairies. Héritées de la création de la Métropole, elles étaient censées compenser le transfert de compétences communales vers l’échelon intercommunal. Mais leur calcul est difficilement compréhensible et le préfet, comme la CRC, estime que « 178 M€ ne correspondent à aucun transfert de compétence : ils sont donc indus ».

Dans son budget, Jacques Jacques Witkowski prévoit donc de réduire les AC de 53 millions d’euros. Il ouvre une bataille à venir entre les maires du territoire pour se répartir la baisse, alors que cette manne financière est un sujet crispant. La CRC estime que le surplus « indu » bénéficie principalement « aux communes de Martigues (29,9 M€), Aix-en-Provence (24,3 M€), Istres (16,5 M€), Fos-sur-Mer (10 M€), Miramas (9,5 M€), Marseille (7,5 M€), Vitrolles (7 M€) et Salon-de-Provence (6,6 M€) ».

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Les propositions de la CRC. Le préfet ne l’a pas suivi sur la dotation de solidarité, mais sur le reste. Source : préfecture.

Des efforts supplémentaires demandés à la RTM

Après ces 53 millions d’euros d’économie, restent 91 millions à trouver pour atteindre les 144 nécessaires à l’équilibre. Ici, le préfet suit la feuille de route de la chambre des comptes pour réduire les dépenses de la Métropole.

Charges de personnel, subventions aux associations… Les économies concernent certaines dépenses d’équipement, avec la révision de « 79 opérations selon leur état d’avancement » pour réduire la facture d’environ 35 millions d’euros. Un autre coup de rabot de 20 millions cible des « marchés non engagés, études, locations, foires, honoraires, déplacements ».

Le préfet suit également la CRC sur les coupes dans le budget annexe « Transports ». Concernant la Régie des transports métropolitains, la Métropole lui demandait déjà de faire 17 millions d’euros d’économies. Tarification, rationalisation… Jacques Witkowski demande un effort supplémentaire de 13 millions d’euros pour atteindre 30 millions au total.

La nouvelle présidente de la RTM, Samia Ghali, a réagi en conférence de presse ce mardi 16 juin. Cette dernière estime que la régie représente « 59% » des dépenses de transports sur le territoire, et n’a donc pas à faire seule les efforts. L’élue indique toutefois avoir fait un chèque de 5,7 M€ à la Métropole ce mardi.

Des solutions à trouver sur le long terme

Les conseil métropolitain se réunit mercredi 24 juin. Avec le sujet ultra sensible des attributions de compensations. Les maires trouveront-ils un accord sur les économies à faires sur attributions de compensations ? Ou choisiront-ils de revoir la copie du préfet en trouvant d’autres leviers pour voter un budget à l’équilibre ?

Quoiqu’il en soit, il faudra aussi se projeter sur l’avenir financier de la Métropole, dont les futurs budgets ne s’annoncent pas plus radieux. Les élus métropolitains espèrent notamment que le gouvernement permettra d’augmenter le versement mobilité, payé par les entreprises, qui pourrait être un gisement financier. Certains évoquent également une réforme plus profonde de l’institution, souvent décrite comme « mal née ».

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