La nouvelle gouvernance de la Métropole Aix-Marseille-Provence doit trouver 123 millions d’euros avant le 28 avril pour boucler le budget 2026. Impôts, économies, hausse des tarifs des transports ou abandon de projets… Tout est sur la table.

Surprise de bienvenue ? Arrivé il y a 10 jours à la tête de la Métropole Aix-Marseille-Provence, le nouveau président Nicolas Isnard hérite de comptes dans le rouge. « Lundi, j’ai découvert le budget envisagé pour 2026. Un budget déséquilibré. Il faut prendre des décisions difficiles, collectivement, tous ensemble », a-t-il lancé aux conseillers métropolitains, invités à débattre des orientations budgétaires ce jeudi 16 avril.

Il a laissé le soin au futur vice-président aux finances, David Ytier, d’exposer les prévisions pour le moins alarmantes sur les comptes de l’intercommunalité. « On s’attendait à avoir quelques haies, mais c’est une vraie muraille à laquelle nous faisons face ».

Et d’expliquer que la Métropole a perdu 120 millions d’euros de dotations de l’État sur deux ans et doit assumer 90 millions d’euros de charges en plus pour les transports. « Il faut que nous trouvions 123 millions d’euros d’ici le 28 avril, pour boucler le budget 2026 », lance-t-il à la tribune, provoquant une vague de murmures parmi les élus, craignant les conséquences d’un budget en déséquilibre. « Mise sous tutelle », « cour des comptes », entend-on.

métropole, La Métropole Aix-Marseille-Provence a 10 jours pour trouver 123 millions d’euros, Made in Marseille
David Ytier a présenté le rapport d’orientations budgétaires.

Augmentation d’impôts et économies drastiques

« Il n’y a pas 36 solutions. C’est soit des augmentations d’impôts, soit des économies drastiques, soit un mixte des deux », pose Nicolas Isnard. Avant d’évoquer une quatrième option : « demander à l’État de décider lui-même. Que ceux qui nous imposent la situation l’assument », clame-t-il en référence aux baisses de dotations pour les collectivités.

Au détour des discussions, on comprend que les quatre options pourraient être activées de concert. Augmenter la taxe foncière ? « D’une centaine d’euros, ce n’est pas possible pour le citoyen. Une dizaine, peut-être », lâche le président. Les économies drastiques ? Il faudra discuter desquelles avec les maires de l’intercommunalité.

Transports : hausse des tarifs, fin de la gratuité, projets abandonnés ?

Les transports semblent la principale variable d’ajustement à court terme. Ils ont connu « une explosion du coût d’exploitation » décrit David Ytier. Et toutes les options sont à envisager pour y remédier selon Nicolas Isnard. La très récente gratuité pour les enfants et les séniors, comme la gratuité totale du côté d’Aubagne ? « Ça fait partie des sujets qui vont être mis sur la table », au même titre que la hausse des tarifs.

Et alors que les projets structurants se sont multipliés ces dernières années, sous l’impulsion du Plan Marseille en grand, « il y a aussi la possibilité de revoir des projets, de repenser des projets, d’abandonner des projets […] Nous allons discuter ». De quoi remettre en cause certaines futures lignes de tramways à Marseille ?

Peut-être à court terme, dans l’optique d’atteindre un équilibre pour le budget 2026. Car le président insiste tout de même sur la nécessité « d’équiper cette métropole [en transports] comme elle le mérite ».

métropole, La Métropole Aix-Marseille-Provence a 10 jours pour trouver 123 millions d’euros, Made in Marseille
Nicolas Isnard a répondu aux questions de la presse.

La taxe mobilité des entreprises : planche de salut pour l’avenir

Sur le long terme, donc, il entend poursuivre la remise à niveau de la mobilité du territoire. Et appelle pour cela l’État « à nous rendre ce qu’il nous a enlevé […] en nous donnant les moyens qu’ont d’autres territoires, notamment le Grand Paris ».

Ici, il vise le versement mobilité payé par les entreprises pour financer les transports. « La loi nous permet de voter un maximum de 2% », rappelle David Ytier. Or, du côté de la capitale, « ils ont le droit à plus que nous. 2,5% ou 3% ». Le maître des finances de la Métropole estime que « un point de versement mobilité, c’est 220 millions d’euros » dans les caisses publiques du territoire.

David Ytier rappelle que cela ne concerne pas le trou à combler en urgence pour 2026, puisqu’il faudra en passer par la prochaine loi de finances. Mais, alors que les prochains budgets s’annoncent tout aussi inquiétants, il faut travailler dès maintenant à augmenter le versement mobilité pour 2027. Surtout « avant d’entrer dans le schéma des présidentielles, qui pourraient bloquer les discussions avec l’État ».

« Avant, l’État pouvait profiter de nos divisions. Mais il n’y a plus de chicayas »

Discussions que le maire de Marseille Benoît Payan et le président de la Métropole ont déjà entamées, raconte Nicolas Isnard. « On a déjà commencé le rapport de force, les négociations. On porte tous le même message. Avant, l’État pouvait profiter de nos divisions, mais il n’y a plus de chicayas. Maintenant, on est tous ensemble ».

C’est ce que nous verrons le 21 avril, lorsqu’il réunira une conférence extraordinaire des 92 maires de la Métropole pour se mettre d’accord sur où trouver 123 millions d’euros avant le 28 avril, date de vote du budget.

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