À La Timone, les chercheurs de l’Institut de neurophysiopathologie (INP) étudient le rôle d’un type de cellule qui accompagne et soutient les neurones, dans la maladie d’Alzheimer.
À deux pas de la faculté des sciences médicales et paramédicales de La Timone à Marseille, l’Institut de neurophysiopathologie (INP) abrite des chercheurs qui observent les cellules du cerveau pour tenter de comprendre ce qu’il se passe lorsque la maladie d’Alzheimer s’installe.
En France, plus d’un million de personnes vivent avec Alzheimer ou une autre forme de démence. La maladie d’Alzheimer est la forme la plus fréquente.
Rattaché à Aix-Marseille Université et au CNRS, l’INP rassemble une centaine de personnes travaillant dans la recherche en neurosciences. Le site abrite également Vect-Horus, une biotech issue de la recherche menée à Aix-Marseille Université / CNRS
Au cœur de la plateforme de microscopie, la neuroscientifique Sarah Moyon étudie un type de cellules encore relativement peu étudié dans la maladie d’Alzheimer : les oligodendrocytes.
2 millions d’euros pour la recherche à Marseille
Sarah Moyon fait partie des trois chercheuses et chercheurs du site Aix-Marseille distingués parmi les 349 lauréats européens d’une ERC Consolidator Grant en décembre 2025. Cette bourse, attribuée par le Conseil européen de la recherche aux chercheurs en milieu de carrière, lui permet de mener jusqu’en 2031 le programme EpiGlia, consacré au rôle des cellules oligodendrocytes dans la maladie d’Alzheimer.
À la clé : deux millions d’euros pour poursuivre ces recherches et renforcer l’équipe marseillaise, avec notamment le recrutement de chercheurs et d’ingénieurs. Un huitième et dernier recrutement est prévu à l’automne prochain.
Alzheimer : regarder au-delà des neurones
Sur l’écran d’un microscope apparaît une image de l’hippocampe, une petite structure du cerveau reconnaissable à sa forme en « C » et notamment impliquée dans la mémoire. Chaque point visible correspond à une cellule.
« Nous avons choisi d’étudier les oligodendrocytes, car ces cellules ont pour fonction de produire la myéline, une substance qui forme une gaine autour des prolongements des neurones. Une sorte de “couche isolante” qui permet aux messages nerveux de circuler correctement et rapidement dans le cerveau », explique Sarah Moyon.
Les oligodendrocytes sont déjà étudiés dans des maladies comme la sclérose en plaques. Leur rôle dans la maladie d’Alzheimer reste en revanche moins bien compris.
Le premier travail de Sarah Moyon et de son équipe consiste à comprendre ce qui se passe lorsque ces cellules vieillissent ou fonctionnent moins bien. Les chercheurs cherchent ensuite à déterminer comment elles réagissent aux changements provoqués par la maladie et surtout si leur dysfonctionnement constitue une simple conséquence d’Alzheimer ou participe directement à son développement.
L’équipe a développé pendant environ un an et demi différents modèles de souris. Les premières données montrent que lorsque le fonctionnement des cellules gliales est modifié, certains marqueurs associés à la maladie apparaissent plus tôt chez les souris étudiées. Des troubles cognitifs sont observés plus tôt que dans les modèles habituels.
« Chez la souris, le vieillissement étant beaucoup plus rapide que chez l’être humain, ces expériences ne permettent évidemment pas de reproduire exactement la maladie d’Alzheimer. Elles nous donnent en revanche un modèle pour isoler certains mécanismes et tenter de comprendre leur rôle », souligne Sarah Moyon.
Tenter de réactiver les cellules
Après avoir étudié le rôle des oligodendrocytes, l’équipe veut tenter d’agir directement sur ces cellules. Un membre de l’équipe a développé un outil moléculaire capable de cibler spécifiquement les oligodendrocytes afin de réactiver certaines de leurs fonctions. À partir de 2028, l’objectif sera de tester son efficacité sur les modèles de souris étudiés.
Si le rôle des oligodendrocytes dans l’apparition ou l’aggravation de certains troubles est confirmé, leur ciblage pourrait un jour contribuer à retarder l’apparition de certains symptômes, en complément d’autres stratégies thérapeutiques.
Sarah Moyon reste toutefois prudente sur les résultats attendus. « On ne va pas trouver un traitement contre Alzheimer en cinq ans », prévient-elle. « Et l’objectif n’est pas de remplacer les recherches menées sur les neurones par une nouvelle approche, mais d’élargir le champ d’investigation », ajoute la cheffe d’équipe.
La recherche n’est toutefois qu’un volet de la prise en charge de la maladie. À Marseille, les structures hospitalières cherchent également à mieux accompagner les patients et leurs proches.
En 2026, l’hôpital Saint-Joseph-Montval a ouvert une unité cognitivo-comportementale destinée à accueillir des personnes atteintes de troubles cognitifs après une phase aiguë, avant un retour à domicile ou une orientation vers une structure adaptée.