Cité de la transition, assemblée citoyenne du futur, rénovation énergétique du bâti, “Déclaration de l’état d’urgence climatique et sociale pour Marseille“… L’adjoint à la transition écologique de Marseille, Sébastien Barles, nous dévoile sa feuille de route pour 2021 à l’occasion d’un grand entretien.

Après avoir fait cavalier seul au premier tour des élections municipales 2020 avec les écologistes (EELV) et des citoyens, Sébastien Barles s’est rallié au Printemps marseillais pour le second tour, et a intégré la nouvelle équipe aux manettes de la Ville. Logiquement, il a reçu la délégation “transition écologique, lutte et adaptation au bouleversement climatique et assemblée citoyenne du futur”.

Sur son bureau du pavillon Daviel, à l’Hôtel de Ville, les nombreux dossiers s’entassent. Cité de la transition, assemblée citoyenne du futur, rénovation énergétique du bâti, nouvelle brigade municipale des “économes de flux”, obtention des fonds d’aide à la transition… Ce docteur en droit public et en sciences politiques, ancien salarié de la Région et attaché parlementaire européen, nous livre sa feuille de route pour la transition écologique à Marseille. Entretien.

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Sébastien Barles dans son bureau de l’hôtel de Ville. © L.E.

Vous avez pris votre délégation en juillet 2020. Quel est votre état des lieux de la ville en termes de transition écologique ?

Mes impressions sont contradictoires. À Marseille, il y a énormément de potentiels et une richesse incroyable d’acteurs locaux. Économie circulaire, rénovation énergétique du bâtiment, énergies renouvelables…. Je suis toujours exalté quand je les rencontre. Ils sont autant d’opportunités et de potentialités, déjà rassemblés, avec une énorme volonté de faire. J’en ai rencontré 200 depuis le début du mandat avec les Ateliers de la transition. Ce sont de petits comités par thématique pour affiner notre stratégie écologique. C’est notre méthode pour une politique cohérente : coopération, cogérance et volontarisme.

Mais ça a mis 6 mois, parce qu’on hérite d’une situation où cette question centrale, la transition écologique, était totalement absente des radars. Il a fallu rassembler tous les acteurs et les compétences, notamment municipales, car les services sont très disparates.

Avant vous, il y avait tout de même une délégation municipale “Environnement – Développement durable – plan Climat”.

Il faut voir ce qui a été fait… Nous, on est a minima 5 ou 6 adjoints directement concernés : Audrey Gatian (Politique de la ville et mobilités), Aïcha Sif (alimentation durable, agriculture urbaine…), Nassera Benmarnia (espaces verts, parcs et jardins et retour de la nature en ville), Christine Juste (environnement, lutte contre les pollutions, eau et assainissement), Hervé Menchon (biodiversité marine, gestion, préservation et aménagement des espaces marins littoraux) et moi-même. Sans compter l’urbanisme avec Mathilde Chaboche.

« Nous créons une grande direction générale adjointe (DGA) dédiée à la “Fabrique de la Ville” »

Et il n’y avait pas d’administration municipale vraiment dédiée. Jusqu’à présent, les porteurs de projets ne savaient pas où s’adresser, et étaient renvoyés d’un service à l’autre dans un “ping-pong” administratif. Nous sommes en train de réorganiser et redistribuer les services municipaux. Nous créons une grande direction générale adjointe (DGA) dédiée à la “Fabrique de la Ville”. Toutes les questions qui touchent à la transition, avec la mobilité, l’urbanisme, l’habitat, etc., seront ainsi intégrées sous la coupe d’une même DGA.

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Mais concrètement, quelles sont vos actions à venir pour la transition écologique ?

Au-delà de la réorganisation municipale, des Ateliers de la transition, des Lundis de la transition (lancés ce lundi), ou encore la consommation électrique désormais 100 % verte de la municipalité, 2021 sera une année conséquente.

Le premier acte fort aura lieu au prochain Conseil municipal, le 8 février, avec le vote de la “Déclaration de l’état d’urgence climatique et sociale pour Marseille“. Ce n’est pas seulement symbolique. Désormais, la Ville prendra en compte l’urgence écologique, climatique et la question du climat dans toutes ses décisions et ses projets. Elle placera ses politiques et son action dans les objectifs de environnementaux adoptés en 2015 lors de la COP21 (réduction  des gaz à effet de serre de 50% d’ici 2030, neutralité carbone du territoire au plus tard en 2050). Un processus systématique d’études d’impact climatique et environnemental sera mis en place pour chaque projet.

Cette délibération acte aussi des actions concrètes à venir : renforcement de la végétalisation de la ville, préservation de la biodiversité terrestre et marine, coefficient de végétalisation imposé dans le PLUi, préservation des terres agricoles, soutien à l’agriculture, encourager une organisation du commerce local favorable aux circuits courts…

Quels projets seront mis en œuvre en 2021 ? Et le nerf de la guerre, quel budget pour les concrétiser ?

Pour mes “humbles projets” (il sourit), cette année, j’ai proposé une enveloppe qui doit encore être arbitrée. Mais elle sera conséquente, m’assure le maire, conscient de l’importance de la transition écologique. Une partie servira à lancer la Cité de la transition : lieu “totem” dédié à la transition écologique, comprenant la formation, la recherche et le développement et un espace public et pédagogique. C’est un très gros projet de développement écologique du territoire, pour lequel on vise un grand site. Une première version, réduite, verra le jour en centre-ville en 2021.

Cette année, nous mettrons aussi en place un jury citoyen pour l’Assemblée citoyenne du futur, le programme de rénovation énergétique du patrimoine municipal, un programme de promotion des énergies renouvelables… Nous créerons un fonds spécial “transition” pour soutenir des projets spécifiques localement. Enfin, une partie de l’enveloppe sera utilisée pour adhérer à des structures comme l’Agence locale de l’énergie et du climat (ALEC) ou Envirobat. C’est un réseau très intéressant que l’on va solliciter sur la question du bâtiment durable. Pour faire une charte de la construction à Marseille, notamment.

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Le maire a annoncé un audit financier « préoccupant », alors que la Ville a fait de l’habitat indigne et les écoles ses priorités. La transition écologique pourrait-elle être reléguée au second plan ?

Bien sûr que ces questions sont des urgences, et des priorités absolues pour la Ville. Mais le climat est une urgence aussi. Et surtout, on peut faire mieux même avec un budget même limité.

Prendre à bras le corps la question énergétique, c’est faire des économies sur le long terme. Dans la rénovation du patrimoine par exemple, qui concernera les écoles. Voilà une belle histoire qui prouve que nos services ont du talent : une dame du personnel a développé un logiciel pour analyser notre consommation d’eau dans les bâtiments municipaux. Elle a pu repérer des anomalies, dues à des fuites principalement. Grâce à elle, entre 2016 et 2019, la facture est passée de 6,3 à 4,9 millions €. Elle ambitionne de la réduire encore de 1,5 million € en travaillant sur la rapidité d’intervention.

Des économies colossales peuvent être faites. C’est pour cela que nous lancerons une brigade de huit “économes de flux” avant la fin de l’année. Leur boulot sera de sillonner les équipements municipaux pour déterminer et encourager les bonnes pratiques et réduire la consommation. La facture du gaz et de l’électricité, c’est 17 millions € par an. On estime pouvoir la baisser à 12.

« On va mutualiser un local à Bruxelles avec la Région, où nos lobbyistes respectifs feront de la veille et iront chercher des budgets »

Quels autres leviers pouvez-vous actionner pour mener à bien vos projets ?

Il y a plusieurs leviers financiers inutilisés. La loi par exemple. Le dispositif des certificats d’économies d’énergie (CEE) nous permet de faire payer certains travaux de rénovation énergétique à nos “obligés” (fournisseurs d’énergie).

Ensuite, nous allons chercher des fonds. L’État peut financer des projets : on candidate à plusieurs enveloppes du Plan de relance, sur la question de la dépollution et de la réhabilitation de friches. Il y a les fonds européens aussi, qu’on n’utilisait pas jusqu’à présent. Nous avons déjà ciblé plusieurs programmes sur lesquels on va se positionner. L’U.E. va labelliser 100 villes “décarbonées”. Même si on n’est pas encore exemplaire, on peut être éligible. Mais il faut faire du lobbying, aller au parlement européen, rencontrer les commissaires. Pour cela, on va mutualiser un local à Bruxelles avec la Région, où nos lobbyistes respectifs feront de la veille et iront chercher des budgets.

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Justement, quels sont vos rapports avec les autres institutions publiques, locales et nationales, qui n’ont pas la même couleur politique que la Mairie de Marseille ?

On travaille déjà très bien avec la Région et le Département. Avec Euroméditerranée et la CCI aussi. Ils pourraient s’associer à nos projets, comme la Cité de la transition. On doit améliorer encore notre relation de travail avec la Métropole, qui a des compétences très importantes sur l’habitat et les transports.

En ce moment, nous discutons de la ZFE (Zone à faibles émissions prévue pour 2021) qui sera déployée dans le centre-ville de Marseille après une enquête publique à venir très vite. Parmi les différents scénarios proposés par la Métropole, nous poussons celui qui prévoit les critères les plus stricts dès 2023, et souhaitons plus de mesures d’accompagnement pour les personnes impactées.

Les services de l’État étaient complètement ignorés jusqu’à présent. On va travailler avec l’Agence locale de l’énergie, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ), qui va nous accompagner sur beaucoup de politiques publiques. Avec le soutien de toutes ces institutions, Marseille peut devenir une référence de la ville du futur euro-méditerranéenne.

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