En 1992 à Aubagne, La Varappe se spécialisait dans les espaces verts et se présentait déjà comme une entreprise d’insertion. De 300 000 euros de chiffre d’affaires, elle dépasse aujourd’hui les 50 millions d’euros, forte de 22 filiales et de ses différents domaines d’expertise. A ce jour, elle a accompagné 80 000 personnes vers l’emploi. Retour sur une success story locale.

Vendredi pluvieux, mais journée spéciale. A la Treille, si les salariés de La Varappe étaient déjà à l’oeuvre en début de matinée, une cérémonie inhabituelle est venue agrémenter les activités manuelles quotidiennes. Et pas des moindres. Ce vendredi 22 janvier, la Ministre du Travail, Elisabeth Borne, était reçue par Renaud Muselier, président de la Région Sud, à l’occasion de la signature officielle du Pacte régional d’investissement dans les compétences.

Et le lieu n’était certes pas choisi au hasard. Depuis 2018, le Groupe La Varappe s’est installé sur le site de l’Afpa, organisme de formation professionnelle qualifiante. Un partenariat symbolique, soulignant les valeurs portées par l’entreprise. « Il y a deux ans, nous cherchions un atelier pour développer notre filiale d’éco-construction Homeblock dont je suis en charge, qui est portée par l’entreprise d’insertion LVD Energie, nous raconte Michaël Bruel, directeur opérationnel. Il était intéressant de l’installer sur le site de l’Afpa, qui forme des personnes que nous pouvons par la suite recruter. C’est une dynamique complémentaire ».

En 30 ans, le groupe provençal s’est imposé dans le paysage entrepreneurial, accompagnant quelque 80 000 personnes vers l’emploi fort de ses quatre domaines d’expertises : l’Environnement, l’Eco-construction, le développement des Ressources et Compétences et la Santé.

Une finalité sociale et inclusive

22. C’est le nombre de filiales de La Varappe réparties en France et Outre-Mer. Si, au départ, il ne comptait qu’une dizaine de salariés pour un chiffre d’affaires s’élevant à 300 000 €, il dispose aujourd’hui de 300 permanents et de 5 000 salariés pour un  chiffre d’affaires de 50 millions d’euros.

Une success story qui s’explique dans un premier temps par ses quatre domaines d’expertises, dans lesquels sont formés des jeunes, des demandeurs d’emploi ou des personnes en reconversion professionnelle. Ces derniers interviennent sur différents travaux, qu’il soit question de la gestion des déchets, de l’entretien des espaces verts, de sidérurgie, de numérique…

Un large panel de métiers ajouté aux valeurs humaines, combo gagnant de l’économie sociale et solidaire. « La transformation a été progressive, nous avons toujours suivi cette idée forte qu’est l’inclusion par le travail, indique Laurent Laïk, président de La Varappe. La finalité est exclusivement sociale, nous voulons permettre à des personnes éloignées de l’emploi d’y avoir accès, et cela passe par les différents pôles de notre entreprise. Les permanents qui travaillent avec nous y trouvent aussi un tremplin pour trouver un autre emploi à la suite de leur contrat. Notre ambition : permettre à chacun de jouer son rôle dans la société. Voilà la raison d’être de l’entreprise ».

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Laurent Laïk, président du groupe, et Michaël Bruel, directeur opérationnel de LVD Energie. ©L.D.

Vers le recrutement 3.0

Pour ce qui est de la formation, l’entreprise se veut innovante. Recrutement, sécurisation des parcours, accompagnement… Tels sont les quelques objectifs fixés qui seront mis en place par de nouvelles méthodes, notamment dans le cadre de l’appel à projet national 100% inclusion du Ministère du Travail, lancé en 2018.

« En tant qu’entreprise d’insertion, on ne peut pas se satisfaire de ce qu’il se passe au niveau social, continue le président. De plus en plus de personnes renoncent à l’emploi. Nous nous sommes beaucoup interrogés sur ce constat. Nous en avons conclu qu’il fallait revisiter le modèle, sortir de cette spirale et changer nos façons de recruter pour leur redonner envie de faire quelque chose. On a fait partie des lauréats de l’appel avec le projet « Grandir ». A travers celui-ci, nous revisitons nos modèles de recrutement, de sourcing et de sécurisation des parcours pour apporter une réponse. Il n’y a pas de fatalité. Chacun a les ressources pour s’en sortir, et nous, nous apportons le réseau pour que l’ascenseur social se mette en route. A terme, ce projet va radicalement changer la façon de travailler de nos agences et notre façon d’accompagner les gens, que nous percevons comme le recrutement 3.0 ».

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Garder le lien salarial malgré la crise

Environnement, éco-construction, développement des Ressources et Compétences et Santé. Ces quatre domaines d’expertises permettaient, en 2019, à 83% des salariés de sortir de La Varappe avec un emploi ou une formation en poche. Ces résultats sont réévalués depuis quelques mois, au regard de la crise sanitaire qui a paralysé les activités des différents sites.

Pour Laurent Laïk, cette période de latence n’a pas pour autant coupé le lien avec les salariés, grâce à l’adaptation des équipes en interne. « Nous avons dû arrêter l’usine en mars, à cause du confinement, mais surtout parce que l’approvisionnement de matériaux ne s’effectuait plus. Nous avons eu recours à l’activité partielle de façon importante puis nous avons utilisé ce temps pour continuer la prospection, les tâches administratives avec nos bureaux d’études qui sont restés en activité. Même pendant le confinement total, nous avons gardé le lien avec 100% de nos salariés, dont les plus précaires. Une cellule d’écoute a été ouverte avec eux, le personnel était mobilisé pour cela. Nous avons développé une certaine forme d’agilité qui nous a permis de tenir le coup et de développer nos activités ».

Les containers : une approche innovante pour une finalité sociale

A la fin de l’été, les rouages du système une fois une fois rassemblés, les nouveaux projets n’ont pas mis longtemps à émerger. Sur le site de La Treille, la filiale Homeblock couvre 3 000 m2 de surface, dont 1 000 couverts. Ici, quelque 300 containers maritimes sont transformés chaque année, servant par la suite de solutions de logements, se présentant en studios, T2 ou plus. Malgré une perte de 30% d’activité dans le domaine de l’éco-construction avec la crise, Homeblock est devenu une filiale actrice sur le territoire pour venir en aide aux personnes dans le besoin.

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Des containers trouvent une nouvelle vie en tant que logements grâce aux travaux des salariés de l’entreprise. ©CRESPEAU

En effet, la société se lançait il y a quelques mois dans la création d’une unité d’urgence temporaire pour loger les femmes victimes de violence. Une manière supplémentaire pour le groupe d’affirmer ses valeurs et son identité auprès des populations locales. « Nous ne voulons pas que le container soit un simple effet de mode, mais au contraire l’ancrer dans le paysage, souligne le président. Les délais de réalisation de logements sont plus courts, on peut reloger dans l’urgence, ce cela que nous cherchons à développer en France ».

Et les prochains événements devraient booster ces ambitions, à l’approche de l’année 2024 et de ses Jeux Olympiques, dont la construction du village des athlètes était imaginée par la Ville de Marseille en containers maritimes. « Il n’y a encore rien d’officiel, mais l’on a pris le temps avec la nouvelle équipe municipale d’expliquer ce que l’on pourrait faire à cet égard, nous indique Laurent Laïk. Lorsque nous avions créé l’hôtel éphémère pour le Grand Prix de Formule 1 du Castellet, nous avons pu le transformer par la suite en logements sociaux. Donc, quand on regarde l’économie du projet, c’est vertueux. On leur a proposé ce même modèle pour les JO 2024. C’est pour l’instant en réflexion. Le message que nous apportons est le suivant : Le container ne paraît peut-être pas innovant, mais il le devient grâce à l’utilisation qu’on en fait. L’idée fait son chemin ».


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