48 conteneurs maritimes recyclés sont en cours d’installation pour la création d’une nouvelle unité d’urgence dans le Nord de Marseille. 27 logements permettront la mise à l’abri de 52 personnes, femmes et enfants, victimes de violence. Habitat, sécurité, accueil, accompagnement pluridisciplinaire, jardin d’enfants… le lieu est novateur.

Le ballet des conteneurs vient de commencer. Tels des Lego qui s’emboîtent, les cubes formeront bientôt un lotissement pas comme les autres. Une unité d’hébergement d’urgence pour l’accueil des femmes victimes de violences conjugales est en train de voir le jour dans un secteur de Marseille, dont nous tairons l’adresse pour des raisons évidentes de confidentialité et de sécurité. Une nouvelle structure innovante à plus d’un titre.

D’abord, par sa création. Le mode d’habitat est entièrement réalisé en conteneurs maritimes. À la manœuvre, la société LVD Energie. Cette entreprise en insertion (EI), filiale du groupe La Varappe – laboratoire d’innovation sociale – est spécialisée dans la construction modulaire à partir de conteneurs recyclés et dans l’installation d’équipements de transition énergétique, au travers de sa marque « Homeblok ».

Les conteneurs : une solution alternative avantageuse

Adaptés, équipés (kitchenette avec évier, salle d’eau, luminaires…) et répondant aux normes environnementales et de sécurité, 48 modules sont en cours d’installation sur un terrain de 7 000 m2, propriété d’Enedis. Racheté à la Soleam, l’opérateur a pour objectif de transformer la parcelle en poste source très haute tension destiné à alimenter le port, entre autres.

Dans l’attente de voir se déployer son projet, Enedis a mis son site en friche à disposition de LVD, dans le cadre d’une convention d’occupation temporaire d’une pérennité allant de 2 à 5 ans, « parce que nous avions un projet social dessus », explique Michaël Bruel, directeur opérationnel de LVD Energie. La solution des conteneurs présente une meilleure alternative que des constructions en dur, pour des questions de facilité et de rapidité de construction, dans des délais défiant toute concurrence ; de prix plus avantageux ; ainsi que pour leur déplacement en fin de contrat.

Les 48 modules représentent au total 27 logements réalisés en « construction assemblée » pour accueillir et accompagner 52 personnes, femmes et enfants, victimes de violence. Trois ont été combinés pour la création d’un espace d’accueil à l’entrée du site. La gestion de l’unité est, quant à elle, assurée par La Caravelle, qui possède une dizaine de structures à Marseille et dans la vallée de l’Huveaune, soit 550 places d’hébergement, toutes pourvues.

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Créer un havre de paix sous haute protection

Les victimes seront orientées par le 115 et acheminées sur place par le Samu Social et un service de Sara Logisol, spécialiste de l’hébergement d’urgence. Pour assurer la mise à l’abri de ces publics, l’unité sera protégée par un grillage opaque et végétalisé, et côté rue, par une structure en béton.

Pour éviter toute intrusion, le lieu sera doté de deux visiophones pour identifier les personnes se présentant à l’entrée. Il sera aussi sous surveillance 24h/24 grâce à un service de gardiennage. « Six personnes vont se relayer pour effectuer des rondes jour et nuit, avec un chien. Le prestataire fera vraiment partie de l’équipe, car le gardien sera également muni d’une liste précise et détaillée des personnes autorisées à entrer, et celles résidentes », explique Christophe Magnan, directeur général de La Caravelle. Par ailleurs, un partenariat avec le commissariat du secteur est en discussion pour renforcer la sécurité.

Un accompagnement renforcé de la première urgence au projet de vie

« Ici, c’est un vrai centre d’urgence, c’est-à-dire que nous aurons un accueil vraiment inconditionnel », reprend Christophe Magnan, qui précise que « toutes les compétences sont réunies au même endroit ».

De l’urgence au projet de vie, les femmes bénéficieront d’un « accompagnement de très grande proximité », assuré par une équipe sociale pluridisciplinaire. Elle sera composée d’un chef de service, d’un cadre social de La Caravelle et d’une personne détachée par les partenaires du projet : SOS Femmes, l’association d’Aide aux victimes d’actes de délinquance (Avad) et le Centre national d’information des droits des femmes et de la famille (CIDFF). Un trio pour couvrir tous les champs d’action.

« Notre première mission est d’apaiser, que les femmes puissent se poser lorsqu’elles arrivent, car parfois, elles sont en fuite, et être à l’abri, avant de commencer le travail d’accompagnement au moins jusqu’à la première marche de leur projet de vie », poursuit le patron de La Caravelle.

Durant deux mois (un mois renouvelable un mois) elles seront prises en charge par SOS Femmes pour tout ce qui relève de l’aide psychologique, tandis que l’Adav interviendra sur le volet juridique (plaintes, post-plaintes…). L’association vient en aide aux victimes d’infractions pénales sur le ressort du tribunal de grande instance de Marseille.

Quant au CIDFF, il mènera sa mission d’écoute, d’information et d’accompagnement des femmes dans leurs démarches policières, judiciaires, médicales, sociales et professionnelles. « Les CIDFF offrent aux femmes victimes un espace leur permettant d’identifier ce qu’elles subissent, de sortir de l’emprise des violences et progressivement de reconstruire leur vie ».

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Michaël Bruel, directeur opérationnel de LVD Energie et Christophe Magnan, directeur général de La Caravelle.

Un diagnostic primordial

Pour Christophe Magnan, il est primordial de poser un diagnostic précis, évaluer la situation administrative, financière, sociale de chacune. « Certaines peuvent avoir fui leur domicile, seule ou avec enfants, sans rien. On va fournir dans ces cas-là des vêtements, de la nourriture, le nécessaire bien sûr pour vivre dans la dignité cette période, avant l’étape de la reconstruction ». Pour d’autres, victimes de violences, mais avec une situation sociale et économique stable, le parcours sera différent.

Selon Christophe Magnan, un peu moins de 10% des femmes retournent chez leur conjoint, motivées par plusieurs raisons : la présence des enfants, l’emprise économique, sociale et/ou sentimentale. Un dernier point sur lequel « il ne faut pas se voiler la face », estime Christophe Magnan, qui voit « malheureusement ces femmes revenir ». Une proportion presque identique trouve des solutions familiales pour avancer et se reconstruire.

10 à 15% sont relogées, et « pour l’ensemble des autres situations, on trouve des relais, des résidences sociales où elles sont à la fois protégées, mais chez elles, le centre d’accueil des demandeurs d’asile, des centres d’hébergement et de réinsertion sociale pour celles qui ont besoin d’accompagnement plus long… »

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Une livraison avant Noël

Le projet est soutenu à hauteur de 787 193 euros par le Département des Bouches-du Rhône et co-financée à 50 % par l’État dans le cadre du plan pauvreté. Dès 2019, 135 millions d’euros ont ainsi été attribués aux Départements signataires de ces conventions. Le plan devrait être porté a minima à 210 millions d’euros en 2022.

Pour la collectivité, « la création de cette structure se base sur l’expérimentation menée au cours du premier confinement dans les locaux du Centre de formation de l’OM qui a permis de mettre à l’abri 84 femmes et enfants en danger et de les accompagner vers un retour à l’autonomie ».


Chose rare. La nouvelle unité d’urgence sera également dotée d’un jardin d’enfants. « On a beaucoup travaillé sur cet accueil. 130 m2 de surface vont être aménagés avec sol en caoutchouc sur lesquels des jeux seront installés », confie Michaël Bruel. Deux cages de foot devraient être ajoutés, ainsi que la mise à disposition de vélos. « On a vraiment fait de l’ingénierie de projets à tous les étages, pour mettre les bons interlocuteurs autour de table et arriver à fabriquer un projet cohérent et pertinent sur le dimensionnement humain et l’accompagnement », complète-t-il.

L’unité d’urgence devrait être opérationnelle fin janvier 2021. LVD Energie met tout en œuvre pour une livraison complète des modules et des jeux avant Noël.

LVD Energie et sa nouvelle innovation

LVD Energie poursuit son développement en déployant ses produits dans d’autres villes et en Outre-Mer. L’entreprise a officiellement créé la société « HomeBlok », pour la gestion de la partie locative de ses conteneurs. La société vient de signer un projet dans la ville de Sète, pour la création d’un village de chauffeurs de transporteurs routiers et de bureaux, avec une petite innovation à la clé : la transformation d’un conteneur en mini-station d’assainissement, en récupérant un conteneur alimentaire de lait et en partenariat avec la société Aqua Eco.

Par ailleurs, le projet d’implantation d’un immeuble de deux étages composé de 12 logements en T2 à Mayotte évolue, avec l’installation de l’unité de fabrication sur place.

A Marseille, 5 à 6 conteneurs sortent toujours chaque semaine de l’atelier situé à La Treille (13011). Le siège de la société La Varrape devrait également connaître un total relooking, avec la destruction des bâtiments existants pour faire place à des bureaux en… conteneurs.

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