Dans le cadre de l’accueil des Jeux olympiques 2024, la Ville de Marseille travaille sur la modification du projet de village et de Marina olympiques qui devaient voir le jour au Roucas Blanc. Pour accueillir les athlètes, des conteneurs recyclés sont envisagés pour remplacer les bâtiments en dur, prévus dans le projet initial. L’opposition a fait part de son inquiétude.

Marseille accueillera-t-elle la Coupe du monde de Rugby et les Jeux olympiques 2024 ? Ces deux grands événements précisément ont suscité le débat à l’occasion du conseil municipal ce lundi 5 octobre. En cause : une charge financière jugée trop importante par la nouvelle majorité, au regard des autres urgences auxquelles elle a décidé d’affecter prioritairement son budget.

« Tout était payé par les Marseillais », résume ainsi le premier adjoint et maire par intérim, Benoît Payan, qui présidait la séance du jour [en l’absence de Michèle Rubirola, toujours en convalescence]. « À cause d’une négociation particulière, les Marseillais auraient dû payer 90 % de la facture, là où toutes les autres collectivités de France n’investissent que 15 % ».

Le Printemps Marseillais a donc entrepris de faire baisser la facture qui s’élevait – après déduction des financements* – à près de 21 millions d’euros à la charge de la collectivité. Ainsi, « sans renier ces grands événements, nous avons réussi à économiser quelques millions d’euros », assure Benoît Payan dans l’hémicycle municipal.

Le projet initial

Pour les épreuves de voiles, Marseille peut compter sur le soutien financier du Comité international olympique (CIO) pour accueillir les spectateurs, mais la Ville devait mettre la main à la poche pour les aménagements : transports, construction du village olympique ou encore la fameuse marina. L’accueil des épreuves olympiques de voile nécessite, en effet, la réalisation d’une « Marina olympique », située sur le site de l’école de voile municipale du Roucas Blanc. La réalisation de l’opération comporte deux phases : une première, provisoire, consiste à réaliser le pôle France pour accueillir les Jeux olympiques en répondant au cahier des charges du CIO.

Une deuxième phase, dite “pérenne” était consacrée à aménager le stade nautique dans sa programmation définitive, aussi appelée “héritage”, avec les installations municipales pour les Marseillais. L’ensemble des études et travaux nécessaires à ces réalisations représente un coût total de 45 millions d’euros : 30 millions d’euros pour la partie terrestre et les bâtiments de la Marina, et 15 millions d’euros pour les travaux maritimes [sous forme d’autorisation de programme, ndlr]

Sur les travaux maritimes, « nous faisons baisser le dragage de la baie et l’enrochement de 15 M€ à 9 M€. Nous réussissons à quasiment diviser par deux le coût supporté par les Marseillais », affirme Benoît Payan. En novembre 2019, alors dans l’opposition municipale, sous l’ère Gaudin, son groupe avait pourtant voté pour ce projet, baptisé « plan voile ». 

, JO 2024 : Marseille veut créer son village olympique en conteneurs recyclés, Made in Marseille

Un dispositif modulable

Quant à la partie terrestre, le projet, « de même dimension », se veut « plus vert, plus juste et fera vivre l’économie locale », explique le premier adjoint. Pour le village olympique qui accueillera les sportifs et les délégations, le nouveau projet consistera à réhabiliter des conteneurs du Grand port maritime de Marseille. « Nous voulons les transformer avec des ouvriers locaux et des personnes en insertion sur notre territoire ».

Ce projet modulable et durable pourra être ensuite réutilisé « au profit des Marseillaises et des Marseillais, en hébergement d’urgence pour les sinistrés de catastrophe, en hébergement d’abri pour les femmes victimes de violences, en mise à l’abri de personnes à la rue pendant le plan hivernal ou en relogement provisoire pour agir concrètement contre l’habitat indigne ».

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Voilà à quoi pourraient ressembler les conteneurs installés au Village olympique. Ici, ceux réalisés par l’atelier d’insertion LVD Energie. © N.K.

Un exemple qui fonctionne

À Marseille, LVD Energie, entreprise en insertion (EI), filiale du groupe La Varappe – laboratoire d’innovation sociale – est spécialisée dans la construction modulaire à partir de conteneurs recyclés et dans l’installation d’équipements de transition énergétique. Une solution innovante pour répondre aux besoins de logements au travers de sa marque « Home-block ».

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© N.K.

Logement d’urgence, classique du studio au T3/T4, et du tertiaire, des bureaux ou des grandes salles… Ces logements d’un nouveau genre sont aussi équipés de cuisine, sanitaire, et douche et respectent également les normes phoniques et thermiques.

En 2019, de leur atelier situé à La Treille (10e), un programme de 70 modules habitables a été produit par, les salariés en insertion, en quatre mois et posé en dix jours. Soit 840 m2 de plancher au sein de la résidence sociale Loubon, gérée par Adoma, dans le 3e arrondissement de la cité phocéenne. Une réponse provisoire qui permet à 70 personnes de rester sur place, le temps de la rénovation d’un immeuble dégradé. C’est sur ces orientations que planche le Printemps Marseillais.

Une délibération surprise

Pour faire baisser la note, dans la délibération envoyée aux élus municipaux, la Ville a indiqué avoir trouvé un accord financier sous la forme d’une dotation de 2 millions d’euros supplémentaires de la part de l’État dans le cadre du Plan de relance, et de 3 millions d’euros de subvention de la Région.

Un accord qui doit prendre la forme d’une convention multipartite présentée lors d’un prochain conseil municipal. « Non seulement nous avons trouvé plusieurs millions d’euros de la part de l’État, mais je l’espère, de la Région. Il ne manquerait plus que la Région ne veuille pas participer à l’organisation des JO », déclare Benoît Payan.

Sauf que la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur précise qu’aucune subvention n’est actée dans ce sens. « Les infrastructures d’accueil et d’organisation des épreuves, prévues dans le dossier de candidature de la Ville de Marseille, sont à la charge de Ville de Marseille et du Comité d’organisation », nous explique-t-on.

« La Région Sud n’est pas un tiroir-caisse »

La collectivité ajoute qu’elle a déjà investi sur plusieurs plans en vue de l’accueil des JO, dont « un Plan voile doté de 21 millions d’euros »Isabelle Capagnala-Savon, conseillère municipale d’opposition et conseillère régionale a d’ailleurs dénoncé cette délibération qu’elle juge « purement scandaleuse », pointant du doigt sa modification de sa rédaction avant le conseil, la première faisant état de ces 3 millions d’euros. « Que nenni », assure l’élue.

Elle s’appuie également sur deux courriers envoyés, l’un à Michel Cadot, délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques, l’autre à Michèle Rubirola pour faire état du refus de l’institution. « La Région Sud n’est pas un tiroir-caisse, ni pour les collectivités ni pour l’État quand vous êtes en charge de ces investissements ».

« Un gros risque vis-à-vis des partenaires des Jeux Olympiques »

Mis devant le fait accompli, face à la modification de la délibération, Didier Réault a fait part de son étonnement. Pour l’élu d’opposition et vice-président (LR) du Département et la Métropole Aix-Marseille Provence, cette nouvelle vision fait courir un « gros risque vis-à-vis des partenaires de Jeux Olympiques, du CIO, le Cojo (comité d’organisation des Jeux Olympiques, la Solidéo [société de livraison des ouvrages olympiques, ndrl], mais aussi des collectivités territoriales qui vous soutiennent et celles qui ne vous soutiennent pas encore, qui n’avaient pas envie de soutenir les JO en termes d’investissement et c’est leur droit. Vous fragilisez ce dossier, car vous créez de l’incertitude ».

Dans le cadre de cet événement, le Département a engagé une autorisation de programme de 20 millions d’euros « pour un projet à la dimension de l’enjeu olympique ». L’élu a retracé quelques grandes lignes du projet, qui prévoit l’hébergement des athlètes à l’hôtel. Location prise en charge par le CIO.

Les sportifs devaient par ailleurs être logés sur le même site que la Marina olympique « et dans ce cas-là il faut sécuriser un certain nombre de voies dites olympiques pendant la durée de l’événement (trois semaines). Là aussi, c’est plusieurs millions d’euros qu’il fallait envisager en fonctionnement à la charge de la Ville. Les économies, on y avait déjà pensé et on les avait réalisées dans ce projet-là », précise-t-il, avec tempérance.

Concerter et convaincre

Lorsqu’il a perdu son mandat d’adjoint à la Ville de Marseille, les travaux maritimes n’avaient pas encore été évalués et les négociations étaient toujours en cours avec les services de l’état, pour envisager différentes hypothèses. « Vous avez choisi l’option à 9 millions, c’est votre choix, votre droit, elle n’est pas contestable, mais vous voulez faire croire que nous n’avions pas anticipé les dépenses, mais ce n’est pas vrai ». 

Didier Réault a appelé à la concertation sur ce dossier avec l’ensemble des partenaires et des collectivités « qui se sont prononcés sur un projet et qui vont en découvrir un autre ». Benoît Payan, critiqué sur sa méthode, a défendu sa démarche différenciée. « Il s’agit de ventiler différemment ». Mais face à cette nouvelle situation, certains élus craignent que l’événement soit « mis en péril ». « Que ferez-vous si vous vous retrouvez face à une véritable opposition, un mur ? », questionne Julien Ravier, futur député (LR) des Bouches-du-Rhône.

Pour le maire par intérim, Benoît Payan, le mur en question n’est autre la RégioProvence-Alpes-Côte d’Azur. « Je vous conseille de venir nous aider, et de venir discuter avec vos amis politiques qui sur cette question ne sont pas à la hauteur de l’Histoire. Essayer de convaincre Renaud Muselier que sur cette question-là il ne faut pas faire de politique ».

« Renaud Muselier doit aider Marseille ! »

Et Samia Ghali d’enfoncer le clou. « Que l’on soit présidente du Département, de la Métropole, maire de Marseille, président de la Région on ne doit perdre la face. Je pense que son choix [ à Renaud Muselier] n’est pas le bon. Il doit aider Marseille. Si les jeux avaient été accueillis à Nice, ou Cannes, il ne se serait pas posé cette question. On doit parler d’une seule voix. J’espère – et je n’ai pas de doute – comme nous l’avons fait pour le Covid que nous serons tous ensemble pour faire en sorte de faire briller Marseille ».

Désormais le temps presse, mais il est trop tôt encore pour dire « les jeux sont faits ». La Ville a réaffirmé sa volonté d’accueillir les JO. Une discussion est organisée ce jeudi avec la délégation interministérielle aux Jeux olympiques (Dijop), la Ville de Marseille, la présidente du Département et le président de la Région Sud, pour trouver des « voies et des moyens de partager la facture ».

Par Narjasse Kerboua et Loïs Elziere


* Le financement accordé fin juillet à ces opérations par l’État et partenaires institutionnels s’élevait à 24,267 millions d’euros, répartis comme suit : 20 millions d’euros du Département des Bouches du Rhône, 3 millions d’euros de l’État, sous forme d’une contribution de la Solidéo et 1,267 millions d’euros de l’Agence Nationale du Sport. Restait à la charge de la Ville de Marseille : 20,733 millions d’euros.

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