L’atelier de confection de vêtements Fil Rouge, basé à Marseille, est en pleine croissance. Mise en lumière au plus fort de la crise sanitaire et récemment grâce à son partenariat avec Puma et l’Olympique de Marseille, l’entreprise d’insertion entend devenir un nouveau fleuron de l’industrie textile en France. Reportage.

Il est 9h. C’est encore calme dans cet atelier de confection textile. Une demi-heure plus tard, les aiguilles font entendre leur petite musique. C’est au sein d’une ancienne minoterie marseillaise, dans le quartier de la Capelette (10e), que Fil Rouge a posé ses machines il y a deux ans, ses anciens locaux situés dans les 14e arrondissement étant devenus trop exigus. Car le fabricant de vêtements, implanté dans la cité phocéenne depuis 2014, est en pleine expansion. « Notre métier, c’est de fournir un service ou un produit à des marques », livre d’emblée Jean-François Aufort, président de Fil Rouge, depuis le show-room de cette immense manufacture.

Pas de marque grand public. Sauf dans la boutique d’usine aux Terrasses du Port. Si on peut y retrouver les collections estampillées « Fil Rouge », le lieu fait davantage office de laboratoire. Il permet de tester les produits proposés aux marques et de déterminer quelle est l’appétence du public pour ce qui est développé. « Et on crée, on développe, on fabrique ici, en local, à Marseille dans notre usine à la Capelette », précise le président.

Le retour en force du « Made in France » grâce au savoir-faire local

Après avoir confectionné durant des années du prêt-à-porter féminin, moyen et haut de gamme, pour le compte de différents clients, Fil Rouge a fait le choix de se spécialiser et de devenir un fournisseur street-wear et sport-wear, origine France garantie.

« Ça représente un certain nombre d’avantages pour nous, et quelques inconvénients. C’est le produit le plus vendu aujourd’hui. Nous sommes contactés par 10 ou 15 clients par jour à partir de notre site internet, et 90 % d’entre eux veulent du street-wear ; les demandes de prêt-à-porter deviennent un peu marginales. Elles n’ont pas diminué en termes de valeur absolue, mais c’est le reste qui explose en “made in” ou en origine France », précise Jean-François Aufort.

Il y a 5 ans encore, si on lui avait dit que fabriquer des tee-shirts en France serait possible, il aurait rétorqué avec assurance « que vous ne compreniez rien à l’industrie de l’habillement », sourit-il. Et pourtant aujourd’hui, pour des raisons conjoncturelles, mais aussi des tendances de fond, le « made in France » revient en force. La conscience écologique des consommateurs est extrêmement forte, « ce qui veut dire que nos clients, qui sont des marques, sont poussés par leurs consommateurs ». Un changement de paradigme accéléré par la crise sanitaire.

C’est d’ailleurs au plus fort de la pandémie de Covid-19 que Fil Rouge a pris une autre dimension, lancé à plein régime dans la fabrication de masques contre le coronavirus au sein de l’atelier. Puis l’installation d’une usine éphémère au parc Chanot, en un temps record, a permis de mettre en lumière ce savoir-faire marseillais. « On a recruté 150 personnes en 15 jours et fait rentrer 200 machines à une époque où tout était à l’arrêt, se souvient Annie Carrai, directrice du développement. On a été l’un des rares secteurs à bénéficier de cette visibilité et les premiers dans le sud de la France à avoir un masque labellisé. Les gens pensaient que ce n’était plus possible de fabriquer en France… on a démontré que c’est possible ».

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En mars 2020, Dans le cadre du déconfinement, la Métropole Aix-Marseille-Provence et le Département des Bouches-du-Rhône s’étaient engagés à doter chaque habitant du territoire d’un masque en tissu réutilisable pour les aider à se protéger du Covid-19. En lien avec l’entreprise Fil Rouge et le chantier d’insertion Insermode, un atelier éphémère de confection s’était installé pour quatre mois au Parc Chanot de Marseille. © N.K.

« Notre objectif, c’est de passer à 500 000 modèles d’ici à 2025 »

Nouvelle preuve quelques mois plus tard, lorsque Fil Rouge signe une collection « Made in Marseille », avec l’OM et son équipementier Puma. « Puma est venu nous voir, car ils ont un véritable projet de relocalisation », note Annie Carrai. Sweats, hoodies, tee-shirts estampillés « Made in Marseille », ou floqués des logos historiques, dates clés ou phrases symboliques du club marseillais… De l’élaboration au marquage, tout a été produit au sein de l’atelier.

Ces deux événements marquent le tournant de l’usine vers une industrialisation. Pendant longtemps, Fil Rouge a fabriqué des séries de 50 à 200 exemplaires, contre 50 000 articles désormais. « Notre objectif, c’est de passer à 500 000 modèles d’ici à 2025 », ambitionne le patron.

Mais basculer de l’artisanat à la production grande échelle n’est pas chose aisée. « On apprend à le faire, car il n’y a plus grand monde capable de faire ce genre d’exercice en France. Fabriquer un tee-shirt, c’est à la portée de tous, mais le faire en grande série et à un prix compatible avec les attentes du marché, ce n’est pas évident », assure-t-il.

Outre l’investissement dans de nouvelles machines, l’équipe doit monter en compétences. « Deux techniciens des usines de Puma vont venir pour nous apprendre à mettre en place une véritable chaîne de production. Le faire dans un délai restreint, dans de bonnes conditions et avec la qualité, ça s’apprend. C’est un process méthode », explique Jean-François Aufort. D’autant que le partenariat avec l’OM et Puma a ouvert la voie à de nouvelles collaborations avec d’autres multinationales, encore confidentielles à ce jour.

La démarche sociale et solidaire

Le fabricant de vêtements marseillais a également confectionné le maillot « OM Made » en polyester recyclé et dans une démarche sociale et solidaire, en impliquant des Marseillais éloignés de l’emploi, car Fil Rouge est aussi une entreprise d’insertion.

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Le maillot “OM Made” a été confectionné à Marseille, dans un des ateliers de productions, et ce par près de 30 personnes bénéficiant d’un programme d’intégration sociale.

Le Fil Rouge et son partenaire Insermode, un chantier d’insertion, font toutes deux parties des structures de l’économie sociale et solidaire et créent des passerelles dans le cadre d’un parcours emploi. « On est dans cette logique de garder des compétences, mais certains sortent pour aller vers d’autres métiers après un diagnostic partagé, poursuit Jean-François Aufort. Beaucoup de publics au RSA sortent, retournent dans la vie active et retrouvent un emploi

Parmi les 70 % des permanents de Fil Rouge passés par ce parcours, 62 % sont reclassés. « Comme on va vraiment passer sur une phase industrielle, l’idée est de travailler sur la transférabilité. On est vraiment un sas ».

À l’heure actuelle, entre Fil Rouge et Insermode, l’entreprise tourne avec près de 190 personnes réparties dans les différents étages-ateliers de l’usine. Chacun, avec une équipe dédiée, étant spécialisé dans une production particulière : collection clients, confection de masques, finition-repassage… et atelier prêt-à-teindre, en cours de développement.

Sans oublier le bureau d’études, le « cœur de l’activité », souligne Annie Carrai. C’est ici en sous-sol, à l’abri des regards, que sont mis au point les prototypes et sont imaginés les futures collections. Fil Rouge s’est également doté d’une machine permettant la production de masques jetables ; capable de produire un masque à la seconde.

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Dans ce contexte de forte croissance, « on a besoin de nouvelles compétences et de main-d’œuvre pour honorer un flux de commandes de plus en plus important », précise Anni Carrai. Du cadre à l’ouvrier en passant par le technicien… Fil Rouge recrute 50 personnes, dans tous les métiers de l’entreprise.

Retrouvez notre reportage en images


Maroine Jit – Narjasse Kerboua

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