Rencontre avec Corinne Vezzoni, élue meilleure architecte de France

Corinne Vezzoni, meilleure architecte française 2015

Dans la rubrique [Ils font leur ville], Made in Marseille dresse un portrait des talents qui participent à la réussite de Marseille et sa région. Et pour ce premier portrait, un modèle de réussite, une femme qui s’est imposée dans un milieu d’hommes, l’architecte Corinne Vezzoni. Installée dans son bureau de la Cité Radieuse, elle livre pour vous, sa vision avertie sur la ville.

Corinne Vezzoni est assurément l’une des Marseillaises les plus en vogue du moment. Architecte très douée et enseignante impliquée, les Marseillais la connaisse surtout pour ses constructions emblématiques tels le bâtiment des Archives et Bibliothèque départementales de prêt des Bouches-du-Rhône à Arenc, le Centre de conservation et de ressources du MuCEM entre Saint-Charles et la Belle de Mai ou le terminus et pôle d’échanges du métro La Fourragère. Mais, son travail pour la région marseillaise est loin de se limiter à ces trois projets. Depuis quelques mois, on entend beaucoup parler de son bâtiment jaune situé à l’entrée de la fac de Médecine sur le boulevard Sakakini, et du projet The Camp, le campus numérique à vocation mondiale imaginé et financé par Frédéric Chevalier.

Elle vient de remporter le prix des Femmes Architectes 2015, qui récompense la meilleure architecte femme de l’année, au Pavillon de l’Arsenal à Paris.

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Corinne Vezzon ©i Julia Zecconi

Nos reportages spéciaux « Femmes de Provence »

A l’occasion de la journée de la femme, Made in Marseille consacre une série de reportages sur les femmes qui font bouger la région marseillaise dans le bon sens !


Ses projets du moment

Actuellement, l’agence d’architecture travaille sur plusieurs projets en simultané, chacun à des stades d’avancement différents. Le nouveau bâtiment pédagogique mutualisé sur le campus de la Timone qui accueille depuis quelques mois, les étudiants des facultés de médecine, dentaire et pharmacie. (Pour tout savoir sur ce projet, découvrez notre reportage photos en direct du chantier par ici).

Elle travaille également sur le projet de construction du lycée Saint Mitre (13e), qui vient d’être relancé, après quelques années de retard, et sur un bâtiment de bureaux de l’ilot Allar. En dehors de Marseille, l’architecte mène deux autres projets : la construction du pôle judiciaire de Martigues et la création d’un campus numérique à vocation mondiale, sur le modèle des grandes entreprises de la Silicon Valley. Ce dernier est d’ailleurs en partie financé par les géants du web Microsoft et Google et devrait voir le jour en 2017 à côté du nouveau quartier de la Duranne à Aix.

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Le campus Timone © DR

Ses occupations parallèles

Outre son activité d’architecte, elle partage avec plaisir son savoir-faire dans le Master d’aménagement et d’urbanisme de l’Institut d’aménagement d’Aix-en-Provence, au sein de l’école Polytechnique de Marseille Château-Gombert et à l’école d’architecture de Luminy.

Ses récompenses

En 2013, elle est nommée Chevalier des Arts et des Lettres par la Ministre de la Culture. En 2016, elle a été nommée lauréate du « Prix de la femme architecte 2015 » pour ses réalisations. Elle succède à ses consœurs Manuelle Gautrand, récompensée en 2014, et à Odile Decq (2013).

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The Camp © Vezzoni et associés

Corinne Vezzoni se confie

Son lieu préféré ? C’est sans doute un peu bateau, mais Notre Dame de la Garde est un lieu que je trouve spectaculaire, pour la compréhension qu’on a de la ville. Mais ce qui est intéressant à Marseille, c’est que où que l’on soit, on a toujours un effet de spectacle. Que ce soit dans un lieu où l’on a une échelle géante comme dans les quartiers Nord ou dans des secteurs où l’on est dans un tissu très serré comme à l’Estaque ou au Roucas, on est toujours séduit par la mise en scène du paysage.

Son meilleur souvenir ? J’ai pris récemment le petit train de la Côte Bleue, qui m’a fait vivre un moment extraordinaire ! On est parti de Fos, où il y avait les portes containers, les immenses bateaux qui arrivaient avec au premier plan l’étang, puis la mer… D’ailleurs on ne voyait plus la différence entre l’eau de l’étang et celle de la mer. Les cheminées des raffineries en arrière plan apportent également beaucoup de poésie aux lieux en quelques sortes, même si je sais que ça peut être étonnant d’entendre ça. Et puis progressivement, on passe dans des ambiances totalement autres, dans lesquelles on ne peut jamais accéder en voiture. A un moment donné, il y avait un passage où l’on voyait le vide de part et d’autre du train, c’est vraiment quelque chose de spectaculaire et formidable. Puis progressivement, on découvre la rade Marseille, précédé par tous ces petits ports de pêche… On saisit parfaitement à ce moment que Marseille est en balcon sur la mer. La vision est fantastique.

Marseille trop minérale ? La minéralité est l’une des caractéristiques de Marseille, mais au final la ville n’est pas si minérale que ça. Il n’y a qu’à regarder une photo aérienne pour voir le vert apparaître. Même si la végétation est surtout présente en cœur d’ilot. Mais, il ne faut pas oublier que c’est cette minéralité, surtout des façades qui donne l’éclat lumineux à cette ville. Partout où l’on se trouve, dans le centre-ville notamment, on a cette vision de la roche très marquée. C’est quelque chose de formidable et qu’on retrouve dans peu d’autres villes.

Son avis sur les tours à Marseille ? Ça c’est un sujet très Marseillais. Je ne suis pas contre les tours et je pense que le territoire d’Euroméditerranée est un peu un territoire d’expérimentation. Dans le sens où on accepte ce qui fait sur Euroméditerranée, ce qu’on n’accepterait peut être pas ailleurs. Je pense qu’il faut surtout réfléchir à comment adapter les tours à la ville. On peut imaginer construire en vertical, ce n’est pas un problème en soi, car la ville est finalement verticale selon les endroits… Quand on se retrouve par exemple vers les Catalans, et qu’on regarde vers le haut, on atteint la hauteur d’une tour. Il y a en plus cette superposition, ce chaos qui s’impose et qui fait qu’on a une verticale, mais très fragmentée. Si j’avais à travailler une tour, ça serait dans ce sens là. J’essayerais de traduire cette verticalité marseillaise où l’on voit un bout de roche, un bout de logement, un bout d’autre chose, où tout se superpose et crée cette verticalité propre à la ville. Je pense aussi qu’à Marseille, on n’est pas dans la sophistication, on n’est pas dans le verre effet miroir. Une tour doit être minérale et ancrée dans le sol. 

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