L’histoire de la transformation de Marseille avec la construction de son canal

Dans la rubrique [Les p’tits secrets], Made in Marseille dépoussière Marseille et ses secrets. Jusqu’au milieu du 19ème siècle, la ville de Marseille n’était pas entièrement fournie en eau. Il lui aura fallu attendre la construction du canal de Marseille pour amener les eaux de la Durance qui alimente encore aujourd’hui les deux tiers des ressources en eau de la ville.

Avant le début des travaux en 1838, cela faisait déjà de nombreuses années que les Marseillais attendaient la construction du canal. Non seulement pour des besoins d’assainissement de la ville et du port car Marseille était touchée par les épidémies, notamment le choléra, mais également pour des raisons d’irrigation du territoire. Une arrivée qui a complètement métamorphosée l’agriculture et le paysage de la ville.

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Un édifice colossal à réaliser

Avant le canal de Mareille, l’eau se faisait rare notamment les jours de grande chaleur où la sécheresse s’abattait alors sur la ville. Après la grande sécheresse de 1834 et les premiers coups meurtriers du choléra, le maire de l’époque, Maximin-Dominique Consolat, pris la décision de construire un canal pour amener les eaux de la Durance jusqu’à Marseille. Et ce « quoi qu’il advienne et quoi qu’il en coûte ».

Le projet est confié à l’architecte Franz Mayor de Montricher en 1838. Cette date marque le début de 30 ans de travaux qui vont profondément changer Marseille et son terroir. Le canal est un projet gigantesque. Il se compose de 87 kilomètres dont 17 en saignées souterraines et de nombreux aqueducs dont certains impressionnants comme celui de Roquefavour avec ses 400 mètres de long et ses 83 mètres de haut !

La région marseillaise enfin irriguée

L’eau est arrivée à Marseille pour la première fois à Saint-Antoine en 1847. Il faudra attendre deux ans supplémentaires, et donc 11 années au total, pour qu’elle atteigne le plateau Longchamp, le 19 novembre 1849. Et encore plus longtemps, jusqu’en 1969, pour que l’ensemble de la ville et les communes avoisinantes comme Plan-de-Cuques, Allauch et Aubagne, en aient elles aussi l’accès.

Pour célébrer ce grand événement qu’est l’arrivée de l’eau à Marseille, le Second Empire décida d’élever à Longchamp un château d’eau monumental à sa gloire et à celle du canal. Conçu en 1861 par Henry Espérandieu à qui l’on doit également Notre-Dame de la Garde, la Major ou encore le Palais Carli, les travaux s’achèvent en 1869. Cette réalisation emblématique du Seconde Empire a aussi été la dernière de cette période à Marseille.

En quelques années, le canal a transformé le roc calciné de Marseille en prairie et la lande en jardin. Il a aussi permis d’alimenter 100 usines, 400 fontaines publiques, 2 000 bouches d’arrosage et à la ville de tripler son nombre d’habitants.

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Le Palais Longchamp, construit pour célébrer l’arrivée des eaux de la Durance à Marseille.

Changement de cultures et métamorphose des paysages

Avec l’arrivée de l’eau sur l’ensemble du territoire marseillais, les terres agricoles se développent et les productions changent. Certaines cultures sèches comme les vignes sont rapidement remplacées par des cultures maraîchères et des prairies. Et ce pour deux raisons principales : ces cultures sont moins aléatoires que les vignes et surtout plus rémunératrices. Ainsi en 15 ans, la surface des vignes à Marseille perd plus de 50% de son espace passant d’un peu plus de 14 000 hectares en 1851 à seulement 6 000 hectares en 1866.

Avec l’arrivée de ces nouveaux types de cultures, les quartiers de Marseille commencent à se spécialiser. Prairie à Sainte-Marthe, Saint-Marcel et la Rose ; légumes verts aux Caillols et à la Valentine ; primeurs aux Crottes, Saint-Giniez, Sainte-Marguerite, Bonneveine et Montredon. Les prairies qui se développent permettent de multiplier la production de fourrage qui permet d’accroître l’élevage bovin et ainsi la production de lait.

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Les cultures sèches comme les vignes ont progressivement laissé la place aux cultures maraîchères et aux prairies.

Ce changement de culture entraîne un changement de paysage de l’arrière-pays marseillais, de la physionomie des parcelles agricoles évidemment mais pas seulement. C’est désormais la fin de l’ère des bastides puisque les domaines sont morcelés plutôt que vendus dans leur intégralité pour permettre à différents exploitants de les cultiver. L’accroissement de la population a aussi marqué une préférence pour les lotissements et progressivement supprimé toute les « campagnes ».

Si aujourd’hui Marseille est très urbanisée, les quartiers périphériques ont su garder certaines de ces campagnes. Des terres qui, pour certaines, retrouvent leur ancienne nature agricole, notamment du côté de Sainte-Marthe où des cultures ont repris place et où une ferme est de nouveau en activité.

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