Depuis avril 2024, La Bonne Adresse accueille des personnes en hébergement d’urgence, sans domicile fixe ou vivant dans des logements précaires. Elle est équipée d’une cuisine, d’une laverie, d’une bagagerie et d’un service de domiciliation, accessibles gratuitement.
« Aujourd’hui, je prépare un tajine, des msemmen et du pain que j’ai fait moi-même pour ma fille et moi », décrit Leïla. Divorcée et seule à la maison, elle vient dans cette cuisine partagée depuis plus d’un an. « Ça m’aide beaucoup ». Une fois par semaine, elle y prépare ses plats et lave son linge.
Située dans le quartier des Réformés (4e) et fondée par l’Armée du Salut, La Bonne Adresse s’ouvre notamment aux personnes sans domicile fixe, résidant en hôtel social ou dans des squats, ou hébergées chez des tiers. Elles peuvent aussi y déposer leurs affaires, recevoir leur courrier, faire leur lessive ou prendre une douche.
Une cuisine pour 36 ménages
« Les travailleurs sociaux de l’équipe mobile du 115 orientent certains. D’autres arrivent par le bouche-à-oreille », précise Anaïs Bérenger, coordinatrice de la structure. Trente-six ménages se partagent chaque semaine la cuisine. Réunis en groupe de quatre, ils bénéficient chacun d’un créneau hebdomadaire de 2h30, du lundi au jeudi.
Ce jeudi-là, Islem confectionne un gâteau pour ses trois enfants et son mari. « Ça s’appelle kroki. Je profite depuis près de deux ans du four pour concocter des plats en sauce, comme un couscous ou la haja, avec les ingrédients que l’Armée du Salut me donne ». Pour garnir les placards, La Bonne Adresse compte sur les dons de la Banque Alimentaire. La Cantina et les Coursiers Solidaires approvisionnent la structure en frais, deux mercredis par mois.
Quand un foyer trouve une solution pour cuisiner, il quitte la cuisine partagée et reçoit un colis alimentaire pendant un an et demi. Trente ménages utilisent actuellement ce dispositif transitoire. « Au total, ce sont 300 inscrits au service alimentaire », calcule Anaïs.
Une aide multi-services
Au sous-sol de La Bonne Adresse, une laverie est accessible gratuitement. Elle fournit les produits d’hygiène nécessaires. De l’autre côté, 22 casiers individuels sont réservés aux personnes sans domicile fixe. Leur accès se renouvelle tous les trois mois.
Le service de courriers répond lui aussi à une forte demande, 500 personnes y sont actuellement domiciliées. « Avec leurs ayants droit, cela représente 715 personnes », précise Anaïs. Mais l’offre reste inférieure à la demande. Une soixantaine de ménages attendent toujours une place en cuisine, avec un délai pouvant atteindre un an.

Des moyens qui limitent le développement
Pour y répondre, un créneau supplémentaire a déjà été ajouté le jeudi de 16h30 à 18h30. « C’est insuffisant. On aimerait aussi élargir les horaires de la bagagerie », reconnaît Anaïs. Un développement freiné par le manque de financement, d’effectifs et de place.
« Ce sont des personnes privées de chez elles », souligne la coordinatrice, évoquant des chambres d’hôtels « très exiguës ». Elle imagine la cuisine comme un lieu convivial où des activités seraient organisées. « On leur demande de ne pas y manger, non pas pour des raisons d’hygiène mais d’espace ».
Si Anaïs souhaite conserver l’accessibilité du lieu en restant dans le centre-ville, elle aimerait disposer à plus long terme d’un local plus spacieux. En attendant, dans la cuisine de La Bonne Adresse, Leïla range ses Tupperware dans son caddie. Elle reviendra la semaine prochaine, même jour, même heure.

