Notre-Dame de la Garde est d’abord un lieu de culte, mais cette vocation doit cohabiter avec son attrait touristique, patrimonial et de loisirs. Le nouveau recteur de la Bonne Mère, Didier Rocca, fait le tour de ces enjeux dans notre grand entretien.

La Bonne Mère est-elle un lieu de culte ou de culture ? Un site touristique ou de pèlerinage ? Notre-Dame de la Garde appartient-elle aux Marseillais ou à l’Église catholique ? L’édifice religieux achevé 1864 est devenu, par sa position sublime sur le toit de Marseille et sa qualité architecturale, l’emblème de la ville et un lieu qui attire bien au-delà de la communauté chrétienne.

C’est aussi le rendez-vous des apéros l’été, avec sa grande guinguette, ou des amateurs de théâtre avec son festival… Et bien sûr le premier site touristique de la ville. La basilique devrait atteindre les 3 millions de visiteurs cette année.

Tous ces enjeux se présentent désormais au père Didier Rocca, le nouveau recteur de Notre-Dame de la Garde, qui a pris ses fonctions la semaine dernière, nommé par le cardinal-archevêque Jean-Marc Aveline.

Un prof de maths devenu prêtre de la Bonne Mère

Un profil pour le moins atypique. À 54 ans, voilà seulement sept ans que Didier Rocca est prêtre. « C’est ce qu’on appelle un vocation tardive. Avant, j’ai enseigné les mathématiques durant 30 ans dans des établissements [catholiques] du Sud au Nord de Marseille ».

Mais la religion a toujours été au centre de sa vie familiale et de son engagement dans la congrégation de l’œuvre Jean-Joseph Allemand. Sa carrière de prêtre débute à la paroisse des Chartreux puis dans le deuxième édifice religieux le plus visité de Marseille : la Major. « Elle aussi, en quelques années, a vu l’explosion du nombre de touristes ».

Notre-Dame de la Garde, Entre tourisme, culture et foi, les défis du nouveau recteur de Notre-Dame de la Garde, Made in Marseille
À son bureau, Didier Rocca montre la boussole qui vient de lui être offerte « pour ne pas perdre le cap ».

Culte, tourisme et patrimoine : les variables d’une même équation

Du côté de Notre-Dame de la Garde, le mandat de son prédécesseur, Olivier Spinosa, a été marqué par de grands événements. De la venue du pape François en 2023 à la rénovation de la statue de la Bonne Mère fêtée en grande pompe en décembre dernier. « J’ai conscience d’avoir reçu un beau cadeau. Je le remercie aussi d’avoir travaillé à l’assainissement des finances ».

Didier Rocca cible un des principaux enjeux de sa nouvelle mission : « la pacification du lieu ». D’un rapide regard sur la baie de Marseille, il repère « les quatre navires de croisière à quai. Ça nous fait peut-être 15 000 personnes ici ». En effet, au pied de la basilique, c’est la cohue de cars, petits trains touristiques et de taxis. « Il faut travailler sur ces flux et pacifier encore le site ».

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Il faut aussi permettre « à ce sanctuaire de retrouver sa vocation première de lieu de contemplation, de procession, de prière », en maintenant le calme nécessaire. Mais pas question de renier la dimension touristique, alors que les principaux interlocuteurs du recteur sont autant l’archevêché que l’Office de tourisme et la mairie.

Touristes de passage, Marseillais venus pour l’apéro, pèlerins en recueillement ou paroissiens à la messe… « Pour résoudre cette équation, j’ai la chance d’avoir des chapelains, des prêtres, une équipe de sœurs et de bénévoles très dévoués ».

Ils accueillent le public et proposent des visites « très différentes. Soit sur la dimension architecturale et patrimoniale du lieu, soit sur la dimension spirituelle de la basilique. L’enjeu est inclusif. Avoir le souci de tous, et de toutes leurs demandes ».

Notre-Dame de la Garde ou l’attractivité vers la foi

L’attractivité du site peut aussi se convertir en attractivité vers la foi. Didier Rocca n’élude pas la dimension évangélique de la Bonne Mère. « Certains viennent ici pour la vue sur Marseille, la beauté de la basilique et de la statue de la Vierge à l’enfant. Ils viennent chercher le beau, le grand, le lumineux, l’émerveillement. C’est déjà un premier chemin vers Dieu », estime le recteur.

Il y a une dizaine d’années, le Vatican a d’ailleurs changé le statut et le domaine de compétence de la congrégation dont fait partie Notre-Dame de la Garde. Elle est désormais affiliée à « la nouvelle évangélisation ».

Le père Didier Rocca mise également sur « la paix qui règne dans ce site qui réunit tout le monde, dans un monde déchiré par les tensions » pour séduire les visiteurs. Et pourquoi pas « les amener vers une dimension plus spirituelle ».

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Le nouveau phénomène des « recommençants »

Réussite de cette stratégie ou phénomène sociétal parallèle, il note que « depuis quelques années, il se passe quelque chose que nous n’avons pas du tout prévu, c’est le nombre important de ‘recommençants’ ». C’est le terme qui désigne ces citoyens, souvent baptisés, qui se sont éloignés de la foi mais y reviennent tardivement.

« On a des jeunes de 20 ans, des personnes de 40 ans, qui retrouvent un chemin vers Dieu. Il y a cinq ans, ça n’existait pas. Et ils sont de plus en plus nombreux », estime le recteur. « Cette année, à Marseille, 200 jeunes adultes se sont fait baptiser. L’année prochaine on atteindra certainement 250. Le matheux qui est en moi est très étonné ».

Cette dynamique, l’Église entend bien l’accompagner en continuant d’ouvrir en grand ses portes, en utilisant l’attractivité de ses monuments, mais aussi en s’adressant de plus en plus à la jeunesse, que l’ancien prof de maths connaît bien à Marseille. « Nous allons bientôt distribuer dans les écoles des mallettes pédagogiques et ludiques sur Notre-Dame de la Garde ».

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Une église marseillaise progressiste ?

Animations pour les journées européennes du patrimoine, concert de Noël, bénédiction des navettes, théâtre en plein air et guinguette durant l’été… « Nous nous efforçons d’un point de vue culturel, d’être le plus ouvert possible », et de maintenir Notre-Dame de la Garde au centre de la vie marseillaise, sociale et politique.

« Mon interlocuteur le plus essentiel, c’est monsieur le maire », pose Didier Rocca. « Je me réjouis que les liens soient très fluides. Nous avons conscience que nous avons besoin l’un de l’autre ». Et ce n’est peut-être pas anodin si l’une des grandes annonces de campagne de Benoît Payan était la restauration du parc de la colline de La Garde. La mairie prévoit également de refaire l’éclairage et la mise en lumière de la Bonne Mère.

D’ailleurs, l’Église marseillaise aurait-elle un penchant progressiste ? « Je ne sais pas. Mais il se trouve que le pape François est venu ici en 2023. Il a fait un discours qui fera date sur le thème de la mer, la Méditerranée, à la fois lieu de passage ou obstacle. Il a parlé du drame des migrants et, même si tout le monde ne l’a pas entendu […] que la religion chrétienne et les autres soient d’abord vues plus comme un lieu de dialogue plutôt qu’un lieu d’intolérance et de haine ».

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