À deux jours du vote, le groupe de gauche de la Métropole Aix-Marseille-Provence rejette le budget 2026 proposé par le président Nicolas Isnard (LR) et demande le report du conseil métropolitain.
Pas de fumée blanche à deux jours de l’échéance. Ce jeudi 10 septembre, le conseil de la Métropole Aix-Marseille-Provence s’apprête à enfin voter son budget 2026. Après des mois de crise et une quasi-tutelle de l’État (l’institution applique pour l’instant un budget acté par le préfet), il s’agissait de trouver comment combler un déséquilibre de 144 millions d’euros.
Et si le nouveau président de l’intercommunalité, le maire de Salon-de-Provence Nicolas Isnard (LR), espérait construire une Métropole rassembleuse et transpartisane, cette ambition se heurte à la question financière. Le projet de budget 2026 qu’il soumettra au vote dans deux jours ne fait pas l’unanimité auprès des 238 conseillers.
Loin de là. Avec ses 87 élus, le plus grand groupe politique de l’hémicycle métropolitain, l’union de gauche baptisée Pour une métropole unie et solidaire, « votera contre la copie budgétaire du président en l’état ». La solution proposée par Nicolas Isnard « ne peut être satisfaisante pour les maires » car elle « fait supporter aux communes le déficit de la Métropole », nous indique le groupe.
Le clan des AC contre celui des DSC
En effet, face au déséquilibre de 144 millions d’euros, deux grandes options se faisaient face, pénalisant soit certaines communes, soit d’autres.
La première : s’attaquer aux attributions de compensation, ou « AC ». Une enveloppe de 640 millions d’euros que la Métropole reverse aux communes depuis sa création pour compenser les transferts de compétence ou la suppression de la taxe professionnelle. Mais la chambre régionale des comptes (CRC) et le préfet jugent que 178 millions d’euros sont « indus » et bénéficient principalement aux communes de Martigues, Aix-en-Provence, Istres, Fos-sur-Mer (voir encadré)…
La CRC estime que le surplus « indu » bénéficie principalement « aux communes de Martigues (29,9 M€), Aix-en-Provence (24,3 M€), Istres (16,5 M€), Fos-sur-Mer (10 M€), Miramas (9,5 M€), Marseille (7,5 M€), Vitrolles (7 M€) et Salon-de-Provence (6,6 M€) ».
La deuxième option vise à supprimer les dotations de solidarité communautaire (DSC). Soit 66 millions d’euros que la Métropole redistribue aux communes selon leur démographie et leur richesse. La CRC juge qu’il faut les réduire drastiquement. Ici, la ville-centre, Marseille, serait la première impactée. « Une perte sèche de 38 millions d’euros » estime la garde rapprochée du maire divers gauche Benoît Payan.
La création d’un fonds de concours ne convainc pas Marseille
C’est pourtant cette seconde option que Nicolas Isnard a privilégié dans les rapports qu’il s’apprête à soumettre au vote ce jeudi. Avec une astuce budgétaire : la création d’un fonds de concours « pour compenser à l’euro près les pertes des dotations de solidarité pour les communes concernées », nous explique David Ytier (LR), vice-président aux finances, proche de Nicolas Isnard.
L’astuce ? Cette enveloppe n’apparaît pas dans la colonne « du fonctionnement de la Métropole, qui doit être à l’équilibre, mais dans celle des investissements, qui peut être déficitaire », nous précise-t-on. « On ne peut pas financer n’importe quoi, il y a un cadre légal, ça doit concerner les compétences métropolitaines », souligne David Ytier.
« Voter un budget en déséquilibre » et le résorber sur les prochaines années
Mais pas de quoi rassurer les Marseillais sur leurs pertes en DSC. Ils estiment que le préfet pourrait retoquer cette manœuvre si elle consiste à rembourser les dépenses de 2026, le fonds de concours n’étant pas rétroactif.
Les élus de la ville-centre ont réussi à convaincre les autres communes de gauche de se rallier à eux pour trouver une troisième voie, en reportant le conseil métropolitain. L’entourage de Benoît Payan nous assure que même le maire PCF de Martigues, Gaby Charroux, partage cette position, bien que le budget proposé par Nicolas Isnard préserve ses attributions de compensation.
Mais quelle est cette troisième voie ? « Nous pourrions voter le budget en déséquilibre, sans toucher aux AC ni aux DSC pour éviter les coupes sèches sur certaines communes », nous confie un proche de Benoît Payan. « Dans ce cas, un dialogue s’ouvrirait avec la chambre régionale des comptes, qui pourrait aboutir à un plan pluriannuel de résorption du déficit sur 3 ans ». En somme, étaler le déséquilibre 2026 sur les années suivantes.
Pour David Ytier, qui parle au nom du président de la Métropole, ces alternatives ne tiennent pas. « La chambre régionale des comptes a déjà rendu son avis, le préfet aussi. Personne n’est content de baisser la DSC, mais tirer sur les AC aurait des conséquences encore plus importantes pour les communes ».
Selon l’expert en finances, « il n’y a que des mauvaises solutions et nous nous sommes mis d’accord lors de la conférence des maires cet été. Tout le monde veut avancer. Là, c’est juste une perte de temps », pose-t-il à l’évocation d’un report du conseil métropolitain. « Il faut d’ores et déjà se pencher sur le budget 2027, tout aussi complexe, que nous devrons voter au printemps ».
Le budget de Nicolas Isnard peut-il être retoqué ?
Ainsi, pas question de modifier la copie budgétaire posée sur la table par Nicolas Isnard. Or, il faudra une majorité des 2/3 de l’hémicycle pour la voter. Le groupe de gauche représente à lui seul plus d’un tiers des voix.
Avec ses 48 sièges, l’extrême droite garde le suspense : « On réserve notre vote pour la séance de jeudi. Mais je ne peux pas vous dire aujourd’hui que je serai pour une augmentation d’impôts alors que ça a toujours été notre ligne rouge, tant pour les entreprises que pour les citoyens », explique l’élu RN, Jean-Baptiste Rivoallan. Or, le budget présenté prévoit une augmentation de la cotisation foncière des entreprises (CFE). Elle permettrait de dégager 26 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires.
En l’état, la copie budgétaire de Nicolas Isnard pourrait donc ne pas passer. Dans ce cas, retour à la case départ. C’est le budget du préfet, en vigueur depuis que les conseillers métropolitains ont refusé une première fois de voter en avril, qui continuerait de s’appliquer.
Ce dernier préserve les dotations de solidarités chères à Marseille, mais ampute les attributions de compensation d’autres communes. Les 48 prochaines heures s’annoncent intenses en tractations, avant un vote très incertain, prévu ce jeudi en début d’après-midi.