Fondée en 1896, Maison Trabuc réalise encore plusieurs milliers de tampons et gravures par an depuis son atelier marseillais (1er).
Entre commandes institutionnelles et professionnelles, cette entreprise centenaire maintient le cap dans un contexte économique incertain.
Les Marseillais l’ont probablement déjà eu entre les mains sans jamais savoir qui l’avait fabriqué. Sur un acte d’état civil, le tampon se fond dans les mentions officielles, aux côtés de la Marianne. Pourtant, certains de ces cachets sont fabriqués à Marseille par la Maison Trabuc, une entreprise qui fête en 2026 ses 130 ans.
Installée rue Reine-Élisabeth (1er), tout près du Centre Bourse, dans un bâtiment aux tomettes encore intactes, elle continue de graver, presser et fabriquer des tampons pour les institutions comme pour les professionnels.
Une histoire de famille
Fondée en 1896 dans le centre-ville de Marseille par Marius Bastide, graveur sur tous supports et fabricant de tampons, la maison s’est construite autour d’un savoir-faire transmis au fil des générations. En 1918, il embauche et forme sa petite-cousine éloignée, Antoinette Trabuc, à qui il transmet ses techniques.
À sa mort, en 1943, elle reprend les rênes de l’entreprise et lui donne son nom : Maison Trabuc. Cette cheffe d’entreprise dirige la boutique pendant 32 ans avant de la transmettre, en 1975, à Jean et Suzanne Ollivier. Treize ans plus tard, leur fils Christian Ollivier prend à son tour la direction. Pendant trois décennies, il perpétue le savoir-faire.
À ses débuts, l’activité de Trabuc est étroitement liée à celle du Vieux-Port. Marseille est alors une ville où transitent de nombreuses marchandises via son port en pleine activité. La Maison fabriquait ainsi des tampons pour dater les factures, identifier les fournisseurs ou marquer les savons. Elle réalisait aussi des pochoirs destinés au marquage des grands sacs en jute et des caisses en bois. Des techniques qui ont depuis évolué, puisque le marquage des sacs se fait désormais directement sur le support.
En 2019, une nouvelle transmission s’opère. Odile Couvin, ingénieure de formation en mécanique des fluides, originaire de Martigues, reprend la Maison Trabuc avec son compagnon, Sébastien Doré, ancien directeur financier. Tous deux travaillent aujourd’hui seuls dans l’atelier.
La gravure sur laiton, une spécialité de la maison
Céramistes, restaurateurs, professionnels de santé, propriétaires de bateaux… La clientèle de Trabuc est essentiellement marseillaise et 95 % des clients sont des professionnels, pour des commandes de gravures, de tampons ou d’imprimerie. La maison travaille également avec des consulats et plusieurs mairies de secteur.
Pour fabriquer un tampon traditionnel, le geste reste artisanal. « Ici, on ne grave pas : on presse. Le motif est préparé sur un moule, puis le caoutchouc est placé avant de passer dans une presse chauffante. Sous l’effet combiné de la chaleur et de la pression, l’empreinte prend forme », explique Odille Couvin. La semelle en caoutchouc vient ensuite se coller sur une monture en bois fabriquée dans le Jura, qui sert de support au tampon.
La maison est également équipée d’une machine laser pour répondre aux demandes de nouveaux professionnels. Mais cette technologie ne remplace pas les techniques mécaniques traditionnelles. « Le laser ne permet pas de graver le métal. Pour le laiton, il faut continuer à travailler mécaniquement. C’est une gravure délicate et c’est aussi ce qui fait notre spécialité », explique Sébastien Doré.
De la conception du motif à la fabrication, la maison accompagne le client dans son projet, notamment sur le choix de la taille et du support. Selon la complexité de la pièce, une gravure peut nécessiter jusqu’à une semaine de travail, entre les différentes étapes de fabrication, de séchage, de nettoyage et de mise en couleurs.
Des professionnels plus frileux
Avec sa clientèle essentiellement professionnelle, la Maison Trabuc observe aussi, à son échelle, les évolutions de l’activité économique marseillaise. Avant le Covid, les restaurateurs figuraient parmi les clients réguliers, notamment pour leurs menus, cartes de visite et cartes de fidélité.
« Depuis six ans, nous constatons une baisse de ces commandes, même si certains professionnels continuent de faire appel à nous pour des tampons destinés aux signatures de baux commerciaux et professionnels. Le contexte politique et économique crée beaucoup d’incertitude, et nous avons appris à développer notre activité dans cette conjoncture aléatoire », partage la cogérante, qui ne communique pas sur le chiffre d’affaires de la Maison Trabuc.
Le ressenti de la Maison Trabuc n’est pas faux. Après un niveau élevé en 2022, avec 45 496 créations d’entreprises dans les Bouches-du-Rhône, le département en a enregistré 40 632 en 2023, avant de remonter la pente en 2024 (41 785) puis en 2025 (44 314), selon l’Insee.