Cheveux, ficelles ou fils textiles peuvent devenir des pièges pour les pigeons des villes. Créée à Marseille par Céline Albinet, l’association Pinpon Pigeon regroupe des bénévoles partout en France pour leur retirer ces garrots invisibles et sensibiliser le public à la condition de ces oiseaux mal-aimés.
Un pigeon s’approche des graines dispersées au sol. En quelques secondes, Céline Albinet repère ce qui l’a alertée : des fibres textiles sont coincées autour de ses pattes. « Il a déjà perdu son index et son pouce. Et là, c’est en train de lui sectionner son majeur », constate la cofondatrice de Pinpon Pigeon avant de sortir son kit de soins composé de pinces à épiler, de ciseaux, d’un découd-vite et de désinfectant.
Cette intervention de « défilage » consiste à retirer minutieusement ces éléments qui s’enroulent autour des pattes des pigeons jusqu’à former un garrot et couper leur circulation sanguine. « En fouillant nos poubelles et en marchant au sol dans des villes sales, ils attrapent toutes sortes de détritus aux pattes », explique Céline Albinet. Les conséquences peuvent être lourdes : douleurs, déformations, infections, voire perte d’un ou plusieurs doigts.
Déconstruire les idées reçues sur les pigeons
Pour la bénévole, ce phénomène est une conséquence directe de notre relation avec ces oiseaux. Le pigeon biset, que l’on croise partout dans les rues de Marseille, descend du pigeon voyageur domestiqué par l’humain pendant des millénaires.
« Pendant 5 000 ans, ils ont été habitués à être proches des humains, à être nourris et aimés par eux. Après les guerres, on les a un peu abandonnés, on a détruit les pigeonniers », rappelle celle qui a décidé de mettre à profit ses talents en communication pour combattre les nombreux préjugés qui entourent l’espèce.
« On pense qu’ils sont sales, qu’ils transmettent des maladies ou qu’ils sont stupides. Pourtant, on ne sait presque rien d’eux », déplore Céline Albinet, qui rappelle que les pigeons ramiers, eux, n’ont jamais été domestiqués et vivent en autonomie, ce qui semble expliquer leur meilleur état de santé.
Un réseau de bénévoles partout en France
Face au manque de prise en charge, des citoyens s’organisent. Les pigeons se retrouvent en effet dans un « flou juridique », n’étant ni totalement sauvages, ni considérés comme domestiques. Les centres de soins pour la faune sauvage les accueillent rarement, tandis que de nombreux vétérinaires refusent également de les prendre en consultation.
À force de partager ses interventions sur les réseaux sociaux, Céline Albinet a fait naître une communauté de bénévoles. Pinpon Pigeon anime aujourd’hui 36 groupes WhatsApp en France, en Belgique et en Suisse qui réunissent près de 1 500 personnes. Les membres organisent des sorties de défilage, échangent des conseils de soins et mettent en relation les particuliers avec les rares structures ou familles d’accueil qui acceptent de prendre en charge les pigeons blessés.
Voir cette publication sur Instagram
« C’est un peu de notre devoir d’apprendre à connaître des animaux avec lesquels on cohabite, surtout quand cette cohabitation est à cause de nous », conclut la cofondatrice. Avec la canicule, les pigeons souffrent davantage de la chaleur et les centres de soin sont déjà débordés. L’association recherche actuellement des familles d’accueil pour prendre en charge les oiseaux à leur domicile afin de leur venir en aide.