À Fos-sur-Mer, la future usine d’acier « bas carbone » de Marcegaglia pourrait voir le jour d’ici 2029 pour un coût de plus d’un milliard d’euros. L’agence marseillaise MAP architecture a dessiné le projet en l’habillant aux couleurs du métal incandescent.
4,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 7800 employés. Marcegaglia se pose en leader mondial de la transformation de l’acier. Mais le groupe italien veut passer de transformateur à producteur, pour maîtriser toute la chaîne de valeur. C’est pourquoi il a racheté l’usine d’acier Ascometal en 2024, sur le site industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer.
Deux ans plus tard, le projet baptisé « Mistral » est sur le point de se concrétiser pour un investissement annoncé à pas moins de 1,2 milliard d’euros. Il s’agit non seulement de moderniser l’usine historique, mais de créer une nouvelle usine à côté. « La première aciérie créée en France depuis plus de 50 ans », se plaît à rappeler le groupe italien. Il annonce également vouloir doubler les emplois directs, sans rassurer complètement les syndicats.
L’usine actuelle produit autour de 100 000 tonnes d’aciers spéciaux (matériau à base d’alliage procurant des propriétés particulières) par an. La reconfiguration du site vise à multiplier par 20 la quantité de métal à la sortie des fourneaux. Objectif annuel : 2,15 millions de tonnes d’aciers (standards et spéciaux).
Une consultation publique lancée « fin août »
Et les choses semblent avancer à un rythme soutenu. Marcegaglia a déjà signé un contrat de 450 millions d’euros avec son compatriote Danieli pour équiper l’usine. Le sidérurgiste a déposé les demandes d’autorisation environnementale et le permis de construire ces derniers mois.
« Une consultation du public sera organisée fin août », nous annonce l’industriel. Alors que ce type de procédure est toujours sensible, l’avis définitif pourrait être rendu en fin d’année, avec les autorisations préfectorales et les permis de construire. Si tout est validé « nous lancerons les travaux dans la foulée », soit début 2027.
Le chantier devrait durer deux ans. La nouvelle usine entrera alors en service « en 2029, pour atteindre son régime de marche nominale en 2030 », nous précise Marcegaglia.
Les architectes de MAP dessinent « une façade thermomètre »
« Ils souhaitent lancer les travaux rapidement », affirme l’architecte marseillais Renaud Tarrazi à la tête de l’agence MAP. Son cabinet s’est vu confier le dossier. Pour des projets industriels, le rôle des architectes s’efface le plus souvent derrière celui des ingénieurs, alors que les contraintes techniques imposent la forme de l’usine.
« D’habitude, on est surtout là pour apposer le tampon d’architecte et déposer le permis de construire. Mais on a voulu apporter un plus […] Prendre notre part pour rendre un site industriel désirable », raconte Renaud Tarrazi. Et si le geste architectural se limite à habiller la boîte, « on s’est tout de suite dit que la couleur pourrait apporter la gaité à cette usine ».
Ainsi, le bâtiment de « 940 mètres de long », représentera, en dégradés et nuances autour du rouge et du jaune, « les cycles de chauffe de l’acier produit à l’intérieur. Une façade thermomètre », résume l’architecte. Au-delà de l’usine, son cabinet conçoit également le futur restaurant d’entreprise, le parking en silo et un vestiaire « de 1 000 casiers ».
Produire de l’acier vert ?
Voilà pour l’enveloppe. Mais l’enjeu principal se trouve à l’intérieur du projet Mistral : produire un acier « bas carbone ». « La sidérurgie est le premier secteur industriel émetteur de gaz à effet de serre (GES) en France, avec 22% des émissions de l’industrie. Soit 5% des émissions totales françaises », estime un rapport gouvernemental en 2024.
La réduction de cet impact passe par deux leviers. D’abord, des fours électriques pour la totalité de la production. « Le remplacement des hauts fourneaux par des fours à arc électrique constitue un des leviers majeurs de décarbonation du secteur identifié par l’ADEME et les spécialistes de la sidérurgie », note Marcegaglia.
L’autre levier concerne le minerai et son extraction, dont l’empreinte est également importante. Ici, le groupe italien annonce qu’il se fournira « en ferraille » pour la matière première. Il recyclera donc du métal afin de produire des aciers « bas carbone ».
« Il n’existe aujourd’hui encore aucune usine européenne proposant une aussi grande capacité de production d’aciers standards à partir d’électricité et de ferraille », vante l’industriel italien. Ce dernier estime ainsi qu’il réduira « les émissions de gaz à effet de serre de 80 % », pour produire son acier.
