Longtemps enclavé au milieu des friches industrielles, le noyau villageois des Crottes opère sa mue. Entre espaces publics requalifiés et rénovation de l’habitat dégradé, le quartier débute une nouvelle phase de sa réhabilitation.
Depuis janvier, le noyau villageois des Crottes est desservi par le tramway. Une petite révolution, dans ce secteur paupérisé du nord de Marseille, qui n’est que la première étape d’une grande transformation.
Voilà plusieurs mois que les engins de chantiers s’activent dans les ruelles étroites de cet ancien quartier rural, devenu industriel à la fin du 19e siècle. Aujourd’hui, cerné par les grues d’Euroméditerranée, il voit pousser tout autour de lui, sur les anciennes friches, des tours de logements et de bureaux.
Au milieu de ces immeubles de béton, les habitations basses du « village » des Crottes font de la résistance mais ont du mal à dissimuler leur vétusté. C’est dans ce contexte que l’établissement public d’aménagement a lancé une grande salve de travaux pour apaiser les rues du quartier tandis que la SPLA-IN s’attaque à l’habitat dégradé.
Des pavés issus des travaux du tramway
Le volet réaménagement, initié au début de l’année 2026, a déjà bien avancé. La requalification des rues Edgar Quinet et Antoine Donaz doit aboutir au courant du mois de juin. Pensées comme des zones de rencontre, les automobilistes y conservent un nombre important de places pour stationner mais des bandes de terre plantées ont également fait leur apparition pour rafraichir le quartier.
« Tous les pavés utilisés sont recyclés, nous apprend Euroméditerranée. Ils étaient cachés sous l’enrobé de la chaussée et ont été récupérés dans le cadre des travaux d’extension du tramway marseillais ». Seule la place Emmmanuelli, prolongée jusqu’à la rue de Lyon, sera réalisée avec des pavés portugais. Sur cette dernière, le chantier vient de débuter et devrait se poursuivre jusqu’au premier trimestre 2027. À la demande des habitants, une fontaine provençale prendra place devant l’église.
Les travaux se poursuivront ensuite du côté de la future place Moncada, où est attendu un projet d’hôtel-restaurant dont le chantier doit démarrer à l’automne 2026. En face, le projet culturel de La Tulipe suit aussi son cours. De premiers travaux ont abouti dans l’ancienne savonnerie de manière à pouvoir proposer une programmation artistique dès la rentrée prochaine. Mais les travaux définitifs « s’achèveront en 2028, en même temps que ceux de la place Moncada », nous précise l’aménageur.
Une nouvelle percée dans le quartier
Au nord du noyau villageois, un autre changement de taille participe à la reconfiguration du quartier. La rue Allar, qui délimite le secteur Cazemajou et celui des Fabriques, a été prolongée jusqu’à l’avenue Félix Zoccola via des démolitions. « C’est un aménagement provisoire, car il faudra planter des arbres et réaliser une piste cyclable, mais ça ouvre la perspective et ça donne à voir ce que sera la continuité entre les Fabriques et le noyau villageois des Crottes », souligne Euroméditerranée.
Au bout de cette « percée », une résidence est actuellement en cours de désamiantage pour être détruite à l’automne et permettre à la rue de poursuivre son extension. « L’ensemble de ce secteur nord ne devrait pas être achevé avant 2029, prévient l’aménageur. Il faudra attendre la réhabilitation des anciennes halles Ford ».
À la fin de la rue Edgar Quinet, un terrain vague attend quant à lui la création du parc des Aygalades pour ne plus être exposé au risque d’inondation et devenir constructible. Le lieu s’est temporairement reconverti en aire d’apprentissage du vélo, en partenariat avec La Recyclerie sportive qui met à disposition des bicyclettes aux classes de CM1 et CM2.
Lutte contre l’habitat dégradé dans le quartier
Si la mutation du quartier est visible depuis la rue, c’est sans doute à l’intérieur des habitations que se prépare le chantier le plus important : celui de la réhabilitation de l’habitat dégradé. Comme à Noailles ou à la Belle de Mai, la SPLA-IN a été mandatée par la Métropole pour accompagner les propriétaires des Crottes dans la réalisation de diagnostics et le montage de leurs dossiers de subvention.
« On n’est pas là pour l’esthétique, prévient la SPLA-IN. On ne fait pas des ravalements de façade. On va s’occuper du toit, des fondations, de la structure ». Une mission d’ampleur. « Aux Crottes et à la Cabucelle, on est dans un des secteurs les plus dégradés à l’échelle de la ville », confie l’institution.
« On agit d’abord sur les parties communes, car c’est le squelette du bâtiment, mais aussi sur les parties privées, poursuit l’organisation. Il y a un panel d’aides qui est conséquent mais les propriétaires sont obligés de réaliser l’ensemble des travaux nécessaires. L’objectif, c’est que le bâti tienne la route quand on partira afin d’assurer sa pérennité ».
Une soixantaine de bâtiments sont concernés dans le cadre de cette première vague de rénovation qui devrait durer cinq ans. D’autres vagues devraient suivre aux Crottes et à la Cabucelle pour tenter d’éradiquer durablement l’habitat indigne.