Pendant un mois, partisans et détracteurs du tramway des Catalans ont inondé le registre de l’enquête publique. Avec environ 2800 contributions déposées, le projet clôture sa consultation sur fond de bataille autour de la place de la voiture.
Jusqu’à la dernière minute, ils auront ferraillé pour prendre l’avantage. Depuis le 4 mai dernier, le projet d’extension du tramway vers la place du 4-septembre voit ses défenseurs et ses opposants se livrer bataille dans le cadre de l’enquête publique qui vient de s’achever ce mercredi à 16h30.
Leur objectif : peser dans la décision de la commissaire enquêtrice qui sera chargée d’émettre un avis « favorable », « favorable assorti de réserves » ou « défavorable ».
Voilà plusieurs années déjà que le tracé de 2,1 kilomètres enflamme les débats. L’itinéraire prévoit de relier le centre-ville au quartier des Catalans en proposant quatre nouvelles stations, réparties sur le cours Puget, le boulevard de la Corderie et l’avenue de la Corse.
L’investissement, estimé à 75 millions d’euros, doit permettre de desservir, à partir de 2029, un bassin de 42 000 habitants vivant à moins de 500 mètres de la ligne. 22 000 montées par jour sont attendues.

Une majorité d’avis favorables
Le projet, dont l’idée a germé dès les années 2000, continue de faire l’objet de tergiversations en 2026. Au cours des dernières 48 heures, un pic de participation a même été enregistré sur le registre numérique. Plus de 300 avis ont été déposés dans la toute dernière ligne droite de l’enquête publique, portant à environ 2800 le nombre total de contributions.
Une mobilisation exceptionnelle, bien supérieure à celle de la concertation préalable, organisée en 2023, qui avait déjà passionné 1010 contributeurs. À l’époque, la Métropole Aix-Marseille-Provence faisait état d’environ 54% d’avis favorables.
Trois ans plus tard, le rapport de force semble inchangé. Selon nos calculs, après le passage en revue de la totalité des commentaires publiés en ligne, environ 55% des contributeurs se positionnent en faveur du projet, tel que présenté ou avec des pistes d’améliorations. 43% se déclarent opposés, suggérant parfois la mise en place d’un projet alternatif. Enfin, une poignée d’indécis ne se prononcent pas clairement (2%).
Ces estimations, à considérer avec prudence en attendant le bilan de l’enquête, ne prennent pas en compte les avis déposés directement dans les mairies de secteur et au siège de la Métropole. Lors de la précédente concertation, une cinquantaine avaient été comptabilisés dans le cadre des permanences.
Une fracture entre les habitants du 7e et le reste de la ville ?
Au fil des jours, les contributions sont en tout cas arrivées par vagues, parfois majoritairement favorables ou défavorables, laissant deviner la bataille qui se jouaient sur les réseaux sociaux et dans les boucles de mails pour faire pencher la balance, quitte à avoir massivement recours à des messages copiés-collés.
Le Comité d’intérêt des quartiers Pharo et Catalans a été particulièrement mobilisé ces dernières semaines pour mener la fronde et promouvoir « un projet alternatif de bus électriques ». A contrario, des associations ont décidé de prendre position en faveur du projet, à l’instar de France Nature Environnement, qui espère « un nouveau souffle pour les mobilités urbaines ». Une pétition a également vu le jour pour soutenir cette extension du tramway, récoltant 230 signatures.
Les très nombreux avis déposés dessinent des lignes de fractures évidentes entre défenseurs et opposants. Les habitants du 7e arrondissement, inquiets de voir débarquer de nouveaux baigneurs aux Catalans, semblent plus réfractaires au projet que les résidents du 6e arrondissement et du reste de la ville, qui accueillent positivement cet accès facilité au littoral.
Les habitants plus âgés se montrent aussi plus inquiets des nuisances liées aux travaux tandis que les nouveaux arrivants disent leur impatience de voir se développer les mobilités douces dans le quartier.

Stationnement et place de la voiture au cœur des débats
Mais l’opposition au projet se cristallise principalement autour d’un sujet de crispation : la disparition de 500 places de stationnement en surface le long du tracé. Pour compenser cette perte, la création d’un parking souterrain de 220 places est annoncée rue du Capitaine Dessemond, ainsi que la réservation de 300 places résidents supplémentaires dans les parkings existants. Des mesures insuffisantes pour les contestataires.
La trame circulatoire préoccupe également de nombreux riverains qui craignent un report important du trafic dans les petites rues du quartier et un accès limité à la rampe Saint-Maurice qui mène au tunnel Prado Carénage et aux autoroutes. En cause, la mise à sens unique d’une partie de l’avenue de la Corse et du boulevard de la Corderie. La coupe de certains arbres inquiète aussi. 333 doivent être conservés, 33 abattus et 137 replantés.
Enfin, parmi les arguments les plus cités, on retrouve celui du caractère « non prioritaire » du tracé, alors que le quartier voit déjà passer de nombreux bus. Un motif que réfutent les partisans du projet qui fustigent « des bus bondés toute l’année ». Ils soulignent quant à eux les avantages du tramway qui offre une plus grande capacité de transport de voyageurs, une fréquence de passage plus élevée, et une amplitude horaire plus large.
Les défenseurs du projet louent par ailleurs un aménagement qui permettrait au secteur concerné de « sortir du tout-voiture » en faisant la part belle aux piétons et aux mobilités douces. Si la création de pistes cyclables est saluée, un point de vigilance est mis sur leur concrétisation. L’association Vélos en Ville liste par exemple ses recommandations et estime que la requalification du cours Puget et de l’avenue de la Corse « ne doit pas être reporté ».
La balle dans le camps des élus
Si l’enquête publique faisait office de simple référendum, le débat serait tranché. Mais la commissaire enquêtrice peut émettre un avis différent de celui exprimé majoritairement par le public. C’est en effet la pertinence des arguments exprimés qui va être analysée afin de rédiger une synthèse qui sera remise à la Métropole dans un délai de 30 jours maximum après la clôture de l’enquête.
La balle sera alors dans le camp des élus. La maire de secteur, Sophie Camard, a exprimé à plusieurs reprises ses réserves mais la décision devrait revenir à Nicolas Isnard, président de l’intercommunalité, Benoît Payan, maire de Marseille, et Samia Ghali, nouvelle présidente de la RTM. Tous trois se sont gardés d’exprimer leur avis sur le sujet depuis l’ouverture de l’enquête publique.
Le budget de fonctionnement de la Métropole, actuellement examiné par la Chambre régionale des comptes, ne devrait pas menacer le projet de tramway aux Catalans, fléché sur le budget d’investissement. L’aide promise par l’Etat, dans le cadre du plan « Marseille en grand », pourrait en revanche peser dans le choix final. La sous-préfète dédiée au plan annonçait une participation de l’État à hauteur de 5 millions d’euros sur les 75 estimés pour le projet. Selon nos confrères de Marsactu, le chiffre atteindrait 19 millions d’euros.
Les montants déjà dépensés, évalués à 10 millions, devraient également entrer en ligne de compte dans l’arbitrage définitif. Verdict dans quelques semaines.
