À deux pas de l’Opéra de Marseille, l’atelier Hommel perpétue depuis près de 150 ans l’art de la lutherie. Dans cette maison fondée en 1877, violons, altos et violoncelles sont fabriqués, entretenus et restaurés à la main, permettant à des instruments parfois vieux de plusieurs siècles de continuer à être joués.

Dans un atelier discret du centre-ville, un violoncelle fabriqué en 1778 retrouve peu à peu sa voix après avoir connu la Révolution française et les guerres du 20e siècle. Entre les mains des luthiers de l’atelier Hommel, l’instrument s’apprête à poursuivre son histoire. Une scène presque ordinaire dans cette maison fondée en 1877, la plus ancienne lutherie de Marseille encore en activité.

Son histoire débute au 14 rue Paradis avec deux luthiers associés, Charles Barbet et Edmond Granier. Au fil des décennies, plusieurs générations s’y succèdent, dont Pierre Claudot, originaire de Mirecourt, dans les Vosges, berceau historique de la lutherie française. En 1981, Charles-Luc Hommel rachète l’établissement avant de le transférer quelques années plus tard rue Francis-Davso, dans des locaux plus spacieux. Depuis 2012, son fils Camille en assure la direction.

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Du morceau de bois à l’instrument de concert

Formé d’abord comme violoniste, Camille Hommel a grandi dans l’univers de l’atelier. « J’ai toujours aimé l’atmosphère, le travail du bois, les odeurs aussi », raconte-t-il. Ce qui l’a convaincu de reprendre le flambeau en 2014, c’est aussi « le côté magique de commencer avec un morceau de bois et de l’entendre après jouer dans de grandes salles ».

Dans les ateliers, les instruments du quatuor à cordes (violons, altos, violoncelles et contrebasses) sont fabriqués entièrement à la main. L’érable sycomore utilisé pour les fonds et les éclisses provient des Balkans. Chaque étape demande précision et patience : il faut environ 140 heures pour donner vie à un violon, et près du double pour un violoncelle.

lutherie, Vidéo | Dans les coulisses du plus ancien atelier de lutherie de Marseille, Made in Marseille
Camille Hommel et la dernière recrue Lolita Curtol Broxolle, elle aussi diplômée de l’école de Mirecourt, dans les Vosges.

À contre-courant de l’obsolescence programmée

Aux côtés de Camille Hommel, Lolita Curtol Broxolle, 24 ans, également formée à l’école de Mirecourt dans les Vosges, a rejoint l’équipe il y a deux ans. « Le moment le plus satisfaisant, c’est quand on termine de monter ou de restaurer un instrument et qu’on l’essaie pour la première fois », explique cette dernière, violoncelliste. « Quand il sonne à la hauteur de nos attentes, c’est hyper satisfaisant ».

Une grande partie de l’activité est consacrée à l’expertise et à la restauration. Dans la salle d’exposition et d’essai se côtoient des instruments de toutes les époques. Certains violoncelles du XIXe siècle valent plusieurs dizaines de milliers d’euros. « On a un gros patrimoine d’instruments en France et en Europe, dont les plus vieux ont 500 ans. Certains sont toujours joués par des musiciens professionnels », souligne Camille Hommel.

Car un instrument bien entretenu peut traverser les siècles et continuer à accompagner plusieurs générations de musiciens. « On est un petit peu à l’envers de la société, remarque l’artisan. On est très loin de l’obsolescence programmée. On essaye toujours de faire en sorte qu’ils continuent de jouer, de produire du son », même cinq siècles après leur confection.

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