Le président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat France, Joël Fourny, s’est rendu à Marseille pour rencontrer plusieurs artisans. Notamment l’atelier Hommel Luthier qui restaure et fabrique des violons au cœur du centre-ville.
Dans l’atelier de lutherie Hommel situé au 27 rue Francis Davso (1er), seul le raclement régulier d’un rabot contre un violon vient troubler le silence. Concentrés, le père Charles-Luc Hommel, son fils Camille et la dernière recrue Lolita, sont penchés sur leur travaux.
L’arrivée des différents délégataires de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat (CMA) vient troubler le calme studieux de l’appartement aux dimensions haussmanniennes. Joël Fourny, Président France de la CMA, accompagné de Yannick Mazette, président de la CMA Provence-Alpes-Côte d’Azur et Daniel Salenc, président de la CMA Bouches-du-Rhône, apparaissent dans l’entrée.
La dernière étape d’un marathon, après avoir visité le chantier naval Borg et la savonnerie de la Licorne sur le Vieux-Port dans la même après-midi. Ces différentes rencontres sont l’occasion pour Joël Fourny de découvrir et comprendre les difficultés de quelques-uns des 250 métiers qui composent la filière artisanale.
Une passion transmise de père en fils
Pour Charles-Luc Hommel, la vocation s’est manifestée à 16 ans en visitant une lutherie. Frappé par l’ambiance de l’atelier, il décide d’apprendre le métier. D’abord à Mirecourt, une ville des Vosges réputée pour son savoir-faire, ensuite à Paris auprès de confrères renommés.
En 1981, il reprend un atelier de Marseille, le rebaptise et l’installe rue Francis Davso. Depuis, son apprentissage n’a jamais cessé, car « même s’il faut dix ans pour être formé, on apprend continuellement » confie l’artisan. En 2013, c’est une nouvelle étape pour Charles-Luc : son fils Camille rejoint l’aventure et devient son associé.
De la restauration à la fabrication
Domaine de prédilection de Charles-Luc Hommel, l’atelier s’est spécialisé dans la restauration de violons. « On achète des instruments anciens, on les remet en état et on les met à la vente », explique le gérant. Un savoir-faire essentiel pour réparer ces objets, parfois vieux de plusieurs siècles, que leur confient les clients.
L’atelier fabrique également des instruments neufs. Une mission assurée en grande partie par Camille Hommel. « Il me faut trois mois, soit 150 heures de travail pour fabriquer un violon » précise l’artisan qui utilise essentiellement des essences européennes comme l’érable sycomore de Slovénie ou de Serbie et l’épicéa des Dolomites.
Le manque de structure dédié à la musique classique
Malgré la passion pour leur travail, les deux associés, père et fils, regrettent néanmoins le manque de structures ou d’écoles de quartier pour sensibiliser à la musique classique à Marseille, dressant un comparatif avec la ville voisine d’Aix-en-Provence.
Marseille compte aujourd’hui quatre ateliers de luthier, contre deux à Aix, une commune qui compte pourtant six fois moins d’habitants. « Il y a moins de gens qui jouent de la musique classique à Marseille » admet Charles-Luc Hommel. Ce dernier déplore également l’état du « conservatoire de musique de Marseille qui est beau, mais qui tombe en ruine ».
Pour autant la profession se porte bien et les artisans luthiers se serrent les coudes entre eux. « Avant, les luthiers de la génération de mon père gardaient leur secret de fabrication, sur le choix des vernis ou du bois utilisés. Ceux de ma génération se partagent davantage leur savoir-faire », confie Camille Hommel. Aujourd’hui, c’est surtout la touche personnelle de l’artisan qui fait la renommée du violon.