Tramway vers la Pointe Rouge, tramway des Collines, métro vers la Valentine… Quels sont les projets de transports que portent les candidats à la mairie de Marseille ?
Alors que la deuxième ville de France apparaît encore comme une ville sous-dotée en transports en commun comparée aux autres grandes communes françaises, la question des mobilités revient au devant de la scène à l’approche des élections municipales.
Pour rappel, les transports sont une compétence de la Métropole. Mais les élus municipaux de la ville centre, Marseille, y siègent. Ainsi, chaque candidat à la mairie de Marseille espère, s’il gagne la Ville, peser sur la gouvernance de l’intercommunalité et développer sa vision des transports pour la cité phocéenne.
En pleine campagne électorale, chaque candidat tente de convaincre. Chacun à sa manière, avec des projets plus ou moins ambitieux. Tour d’horizons.
Martine Vassal : vieux projets et nouveaux vers La Valentine et la Pointe Rouge
Concernant la liste de Martine Vassal (droite et centre), son équipe a présenté sa vision pour les transports lors d’une conférence de presse ce mercredi 5 mars. Un exercice délicat, puisque cette liste représente aussi la majorité élue depuis 2018 à la tête de la Métropole, en charge des transports. Elle porte donc un bilan, et il faut trier les nouveaux projets de ceux qui sont déjà portés par l’intercommunalité.
Exercice complexe, d’autant que les annonces s’enchainent depuis huit ans, remuant régulièrement le Plan de déplacements urbains (PDU) voté en 2019. Il a connu des abandons, ou des accélérations via le Plan Marseille en grand. Parmi les projets du PDU réalisés à ce jour, on note l’extension de la ligne T3 entre Gèze et La Gaye, inaugurée début 2026. Ou les bus à haut niveau de service (BHNS) : le B4 entre Gèze et la Fourragère, et le B5 entre La Fourragère et La Gaye.
Mais quels sont les projets que porte aujourd’hui la liste de Martine Vassal dans le cadre de cette campagne électorale ? Concernant le Nord, l’équipe mise sur l’extension du tramway T3 de Gèze à la Castellane d’ici 2029, et un peu plus loin, jusqu’à la gare de Saint-Antoine, « en 2030 ». Puis un téléphérique jusqu’à l’hôpital Nord. Des lignes déjà actées depuis 2023 dans le plan Marseille en grand.
Concernant l’Est de Marseille, le tramway des Caillols doit se poursuivre jusqu’au secteur Saint-Marcel – La Valentine – La Barrasse, selon le PDU de 2019. Aujourd’hui, la liste de la droite et du centre reste à peu près sur le même tracé. Mais ajoute une deuxième ligne, dans l’extension du tramway T3, à partir de Sainte-Marguerite, qui rejoindrait également ce secteur (Saint-Marcel), mais par le Sud de l’autoroute A50.
Concernant le Sud de Marseille, l’équipe réaffirme son annonce de 2023 : la création d’un tramway jusqu’à la Pointe Rouge. Il bifurquerait de l’actuel T3 au niveau de Schlœsing pour redescendre sur Rabatau, le David, l’escale Borély, jusqu’à la Pointe Rouge. Concernant ce tracé, Catherine Pila, colistière de Martine Vassal et présidente de la RTM, évoque aussi la liaison avec la Blancarde, prévue initialement dans le PDU de 2019 et relancée en 2023.
Vers l’Est, la droite et le centre envisage toujours de réaliser le tronçon de tramway polémique dit « des Catalans », entre la Préfecture et la place du 4-Septembre, via Pierre Puget, Corderie et l’avenue de la Corse. La concertation publique, attendue depuis 2023, doit trancher sur la poursuite du projet.
Enfin, parmi les nouveaux projets évoqués dans cette campagne, la liste de Martine Vassal aborde également les navettes maritimes. Sur la ligne entre le Vieux-Port et les Goudes, Catherine Pila parle d’un nouvel arrêt à l’Escale Borély en « créant une jetée » devant la plage.
Benoît Payan fixe la priorité sur le Nord et l’Est
Le maire sortant Benoît Payan (divers gauche), entend tout d’abord reprendre la main sur la mobilité marseillaise à la Métropole s’il remporte l’élection. « Aujourd’hui, la RTM ne fonctionne pas de manière optimale, nous répond-il lors de sa grande interview. Elle ne reçoit pas les dotations qu’elle devrait recevoir de la part de la Métropole ».
Les projets du candidat se portent d’abord sur la remise en ordre du système de transports qu’il critique vertement. « Toute la carte des bus est à revoir, c’est un travail de titan […] avec des bus qui sont soit bondés, soit des lignes qui ne servent à rien et qui sont vides. Tout est fait en dépit du bon sens et sans les habitants ».
Concernant le développement des transports lourds, le tramway des Catalans est en bas des priorités selon lui, il préfèrerait accélérer et renforcer « au Nord et à l’Est de la ville, les deux grands oubliés », en direction de La Bricarde, Saint-Jérôme, Saint-Loup et La Barasse. Son programme évoque aussi La Rouvière au Sud.
Sur ces projets de mobilité, Benoît Payan reste cependant prudent. « Je vais faire comme avec la Ville, je vais regarder avec celle ou celui qui sera président de la Métropole ce qu’il nous reste dans les caisses, ce qu’on peut faire, comment est-ce qu’on avance et qui paie quoi ».
Sébastien Delogu : le métro au Nord et le tramway des Collines à l’Est
Sébastien Delogu, candidat LFI à la mairie de Marseille, est aussi très critique sur la gestion métropolitaine des transports. Avec une solution en tête : supprimer la Métropole et remunicipaliser la RTM. « Je n’ai pas envie que ce soit le maire [d’une autre commune] qui s’occupe des transports marseillais et qui décide des financements », nous explique-t-il dans sa grande interview.
« Donc, je serai le maire qui fera en sorte de récupérer ces compétences pour doubler les transports », fixe-t-il comme objectif. Pour quels projets ? « Nous allons faire ce que demande le peuple », avec notamment les comités populaires qu’il veut mettre en place sur différentes thématiques, dont les transports. Selon lui, les habitants « demandent que le métro et le tramway montent jusqu’à Saint-Antoine ».
Le député insoumis a en tête d’autres projets portés par les habitants. « Nous souhaitons faire le tramway des collines qui reliera l’hôpital Nord à la Valentine. Et ne pas avoir à descendre dans le centre-ville pour aller après dans l’Est ou le Sud ».
Sans oublier le reste de la ville. « On veut aussi un peu plus de transports dans les quartiers sud, et dans les quartiers pauvres, dans le 3e arrondissement, sans chasser des personnes qui y habitent, sans détruire des commerces (en référence au tramway de la Belle de Mai en projet, Ndlr) ».

Franck Allisio veut faire un métro jusqu’à La Valentine
À l’extrême droite de l’échiquier politique, le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio, semble dans l’ensemble vouloir poursuivre les projets engagés vers le Nord. Et insiste sur les pôles universitaires : le tramway de la Belle de Mai jusqu’à Saint-Jérôme, ou le prolongement du tramway T3 de La Gaye jusqu’à Luminy.
Mais sa plus grosse annonce de campagne concerne le métro. Il envisage de prolonger la ligne M2 de Sainte-Marguerite jusqu’à La Valentine. « On voit que l’Est marseillais se développe et qu’il doit encore se développer économiquement. Il se développe démographiquement depuis 30 ans. Mais la vallée de l’Huveaune a été abandonnée en termes d’équipements », estime-t-il dans sa grande interview.
Il vise un tracé : Maison Blanche – Saint-Loup – La Pomme – Saint-Marcel – La Valentine. Soit une extension d’environ huit kilomètres. Et en souterrain, alors que l’on sait le prix faramineux de ce type d’infrastructure. « Nous l’estimons entre 1,2 et 1,4 milliard d’euros. C’est un horizon de deux mandats, puisqu’il y a au moins une décennie pour le réaliser ».
Erwan Davoux mise sur les personnes à mobilité réduite
Pour le candidat sans étiquette Erwan Davoux, la grande priorité réside dans l’accessibilité des transports en commun pour les personnes porteuses de handicap et à mobilité réduite. Une question régulièrement décriée à Marseille. « Presque rien n’a été fait. Les transports sont quasiment inaccessibles. Il faut donc lancer de grands travaux à l’échelle de la ville, pour tout remettre en conformité, ce qui permettra en même temps de créer des emplois ».
La deuxième priorité pour lui concerne les horaires : « tous les bus doivent rouler jusqu’à 23h et les tramways et métros jusqu’à 1h du matin », insiste-t-il.
Concernant de nouvelles lignes de tramway, il souhaite avant tout « désenclaver les quartiers Nord », et donc faire aboutir au plus vite le projet de tramway vers La Castellane et Saint-Antoine. À l’inverse, il est « opposé au tramway des Catalans (4 Septembre). Les habitants n’en veulent pas. Ça va paralyser tout le secteur et toucher au patrimoine, comme la fontaine d’Estrangin, le monument aux morts de la Corderie… ».
Pour Christine Juste, cinq lignes de tramway, dont celui des Collines
Candidate surprise de dernière minute, l’écologiste Christine Juste, adjointe de Benoît Payan mais non retenue par ce dernier sur sa liste, a également son avis sur la mobilité marseillaise. Son programme, tout juste finalisé, propose « cinq nouvelles lignes de tramway vers le Nord, l’Est et le Sud ».
Concernant l’Est, elle entend « valider le tramway des Collines », entre l’hôpital Nord et La Valentine. Christine Juste rejoint ainsi la vision de Sébastien Delogu, avec qui une fusion serait probable si elle dépasse les 5% au premier tour.
La candidate souhaite également « renforcer la fréquence et la fiabilité des bus grâce à 65 km de voies de bus créées en trois ans, à budget constant ».