La Ville de Marseille veut contrôler les démolitions en-dehors des secteurs protégés. En étendant le « permis de démolir » à l’ensemble de la ville, la municipalité veut préserver son patrimoine naturel et historique et garder la main sur des projets immobiliers dans le cadre du renouvellement urbain.

Le permis de démolir, qu’est-ce que c’est ? Il s’agit d’une autorisation d’urbanisme. Elle est nécessaire avant la démolition partielle ou totale d’une construction lorsque celle-ci est protégée par le plan local d’urbanisme, ou au titre des monuments historiques et dans les zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager. En-dehors de ces périmètres, il n’est plus systématique.

La Ville souhaite contrôler les démolitions en-dehors de ces secteurs protégés. « Combien de fois, avons-nous assisté, désespérés, à la démolition de bastides, témoignages de notre histoire commune et de notre patrimoine ? Et combien de fois nous nous sommes dit “comment est-ce possible sans autorisation ?” », déclare Mathilde Chaboche, adjointe à l’urbanisme, lors du conseil municipal du vendredi 23 mai.

« Réinscrire la deuxième ville de France dans son histoire »

Chaque conseil municipal peut décider d’instituer la nécessité d’obtention de permis de démolir sur des sites qu’il détermine sur la commune.

Avec cet encadrement, la majorité « veut réinscrire la deuxième ville de France dans son histoire, dans le concert des communes attachées à leur patrimoine en rétablissant pour chacune et chacun l’obligation de demander la permission avant de démolir, avant de détruire quelconque construction », précise l’élue.

L’objectif est de protéger les constructions pouvant représenter un intérêt architectural, esthétique, historique, environnemental ou culturel pour la commune, mais également conserver une vision d’ensemble des projets immobiliers, notamment au regard du renouvellement urbain qui implique pour la majorité la réhabilitation et la réutilisation du bâti existant. « Ce n’est pas juste un acte administratif de plus, c’est une revanche symbolique pour une ville meurtrie par le laisser-faire et le laisser-démolir. Une brique de plus dans la nouvelle fabrique de la ville », justifie Mathilde Chaboche.

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Une manière de suivre plus précisément l’évolution de la ville « vers une construction plus apaisée », consolidée par l’adoption prochaine d’une charte de la construction.

Les services de la Ville ont été réorganisés afin de ne pas pénaliser le délai d’instruction des permis de construire. À l’horizon 2022, les procédures devraient être dématérialisées.

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La défense de l’opposition

Le groupe une « Volonté pour Marseille », a décidé de s’abstenir sur le vote de cette délibération. « Le permis de démolir existe dans quasiment la moitié de la ville », souligne l’ancienne adjointe à l’urbanisme, Laure-Agnès Caradec. 

L’ancienne municipalité a instauré « le site de patrimoine remarquable sur le centre-ville à hauteur de 470 hectares. Dans ce périmètre-là qui est un secteur de sauvegarde patrimonial, les permis de démolir sont obligatoires ».

Pour se défendre des accusations d’avoir « construit n’importe comment » et de ne pas protéger le patrimoine, l’élue d’opposition, en charge de la mise en place du PLUI dans la précédente majorité municipale, met en avant ce document d’urbanisme. « Nous avons instauré 1 500 fiches de bâtiments étoilés, donc nous protégeons également le patrimoine », dit-elle, en exemple.

Le PLUI à la rescousse

Et de glisser au passage que, dans le cadre de la modification du PLUI, la Ville a demandé deux protections : « un petit chalet en haut de la rue Breteuil et l’octroi sur le site de Legré Mante ».

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D’autre part, « le PLUI met en cohérence l’urbanisme et les transports. Là où il y a des transports lourds, on peut construire ». Les permis de construire valant permis de démolir existent aussi sur la ville, rappelle Laure-Agnès Caradec, pour laquelle il est « caricatural » de dire que « la nature a reculé ».

Le PLUI dispose d’outils permettant de protéger les paysages et le patrimoine. « Les chiffres sont têtus », avance l’élue au maire de Marseille, peu convaincu : le renforcement « des espaces verts de pleine terre sur 64% de la surface urbaine de Marseille », le rajout de « 300 hectares d’espaces protégés, 380 hectares de zones dédiées parcs et jardins, 35 hectares de zones agricoles sur Marseille ».

Argumentaire que Stéphane Ravier (RN) s’est amusé à démolir, expliquant que la droite avait fait sa campagne des municipales sur le « non à la bétonnisation », soit contre sa propre politique.

Faire différemment

Reste que pour Laure-Agnès Caracdec que « cette ville a besoin d’une production de logements, car il n’y plus de stocks de productions neuves, plus d’offres, les prix flambent à Marseille, et votre souhait et le nôtre est de loger les Marseillais quels que soient leurs moyens ».

Pour le maire, il y a nécessité à étendre le permis de démolir pour faire « différemment. Ça ne veut pas dire qu’on va arrêter la production de logements. On entend la nécessité de construire du logement. Mais moins ça se fait sur de l’espace naturel, en ne détruisant pas des éléments remarquables, historiques ou patrimoniaux, mieux on se porte. La trajectoire d’une ville ce n’est plus de poser du béton, détruire des bastides pour faire des R+4 et R+5 ».

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