Le président LR sortant de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, a présenté hier les candidats de sa liste aux élections régionales des 20 et 27 juin prochain. “Notre région d’abord” est composée de 9 tendances politiques de la droite aux écologistes « raisonnables », en passant par le parti présidentiel, mais sans ministres, ni parlementaires.

« Le moment est venu de présenter cette liste qui fait l’objet de tant de fantasmes, de tant de discussions, tant de critiques, de procès d’intention alors que personne ne l’a encore vu ». Le ton est donné. Moins de deux jours après avoir fait enregistrer ses listes en préfecture pour les élections régionales des 20 et 27 juin, Renaud Muselier, président (LR) sortant fait officiellement les présentations.

Le QG de campagne, situé au rez-de-chaussée de l’immeuble Le Calypso, à deux pas du cinéma La Joliette à Marseille, a été choisi pour le clap de lancement, en présence virtuelle et présentielle de chacune des têtes de liste des six départements.

Mais il fallait avant, revenir quelques instants sur le film de ces deux dernières semaines. 15 jours de tempête au sein des Républicains, au cours desquels « ceux qui veulent faire des élections régionales un marche-pied vers la présidentielle, ont confisqué le débat public en Provence-Alpes-Côte d’Azur », lâche Renaud Muselier ; lassé d’entendre parler des « ambitions des uns et des autres pour 2022 », qui ne provoquent que « dissensions », « divisions » et « animosités ».

Lui qui n’entend pas être « l’otage de la politique nationale », et moins encore laisser la région devenir le « rat de laboratoire de la recomposition nationale » rétorque à ses détracteurs, qui ont taxé sa liste d’être aux couleurs de LREM ou constituée par Emmanuel Macron, « quelle ânerie. Quelle stupidité. C’est la liste de Renaud Muselier, c’est la liste du président de la Région, c’est la liste d’union pour la région, d’un engagement régional de la majorité régionale ».

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« Il y a des moments historiques qui exigent le rassemblement et la concorde »

Loin « des barigoules politiques et de la bouillabaisse », Renaud Muselier a concocté « l’inverse » se défend-t-il. Un rassemblement « des meilleurs ». Et rappelle sa méthode : « j’ai toujours affirmé que le rassemblement serait la base de la construction de ma liste, sans accord d’appareil, mais en additionnant les compétences et que j’étais prêt à travailler avec tous ceux qui auront une utilité pour “Notre région d’abord” », du nom de la liste. « Il y a des moments historiques qui exigent le rassemblement et la concorde ».

Pour ce gaulliste, le « oui » aux 5 milliards d’euros du Contrat de plan État-région et le « oui » à Bruno Le Maire et Élisabeth Borne pour soutenir tous les secteurs sinistrés en pleine crise économique et sociale, sont de nature à répondre un « oui à ceux qui continueront de nous accompagner dans ces dossiers ». D’ailleurs, cette campagne sera celle « du retour à la vie ».

Ces deux réponses affirmatives « n’engagent en rien sur la politique gouvernementale », affirme-t-il. « J’ai été et je reste opposé à la gestion de la crise sanitaire par Olivier Véran qui a été défaillante ».

« La dynamique de l’ouverture »

Préférant « à la logique du bunker, la dynamique de l’ouverture », « Notre Région d’abord » rassemble neuf tendances politiques de la droite aux écologistes « raisonnables » : Les Républicains, « colonne vertébrale », l’UDI de Jean-Christophe Lagarde, le centre d’Hervé Morin, la France audacieuse de Christian Estrosi, le Mouvement de la Ruralité, le Modem, le Mouvement radical, l’Union des centristes et des écologistes de Christophe Madrolle et la République en marche.

Conforme à sa ligne « 100% région, 100% territoire », sur les 135 personnes, pas de parlementaires, ni ministres d’aucun parti, à commencer par Sophie Cluzel, qui jusqu’à mercredi encore assurait qu’elle restait la « candidate de la majorité présidentielle ».

Après plusieurs épisodes de marche avant et marche arrière, depuis l’annonce de Jean Castex le 2 mai dernier dans le JDD, la secrétaire d’État (LREM) déléguée aux personnes handicapées a finalement renoncé le 13 mai, expliquant que « Renaud Muselier a su entendre nos préoccupations et su bâtir une liste de rassemblement, autour de compétences régionales où nos valeurs sont représentées », justifie-t-elle, apportant son soutien « en responsabilité » à Renaud Muselier. « Une déclaration pleine de courage et de clairvoyance, pour le principal concerné. Elle a su faire preuve de responsabilité et cela n’a pas dû être une décision facile ».

15 représentants de la majorité présidentielle sur 135 candidats

La liste est composée d’un tiers d’élus sortants, d’un tiers de nouveaux candidats et d’un tiers de la société civile.

Sur les 135 personnes, 15 représentent la majorité présidentielle, dont 4 élus du Modem, parmi lesquelles Bertrand Mas-Fraissinet. Le praticien hospitalier et référent départemental LREM avait affronté la maire (LR) sortante de Cassis, Danielle Milon, lors des dernières élections municipales. Egalement, Graig Monetti, directeur de cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur Frédéric Vidal, mais pas en position éligible. Autre figure LREM, Jean-Pierre Serrus, le maire de La Roque d’Anthéron, proche de Bruno Le Maire.

Eléonore Leprettre et Marie-Florence Bulteau-Rambaud, élues régionales de la majorité Estrosi-Muselier sous les couleurs du Modem sont toutes deux présentes. Caroline Pozmentier, conseillère régionale sortante fait aussi partie de la liste des Bouches-du-Rhône. L’élue avait été candidate aux municipales à Marseille avec Yvon Berland, soutenu par la majorité présidentielle, face à Martine Vassal (LR) dans le 4e secteur de la ville.

Chez les absents, le conseiller régional (LR), Philippe Tabarot. Il était vice-président en charge des transports jusqu’à son élection au Sénat. Ou encore les députés Julien Aubert (Vaucluse) et Éric Diard (Bouches-du-Rhône).

42 candidats présentés comme issus de la société civile

42 candidats sont présentés comme issus de la société civile et représentatifs de différents secteurs d’activités (monde économique, culture, santé, sport, sécurité…) à l’instar de la productrice Sabrina Agresti-Roubache. Cette proche du couple Macron figure en 4e position sur la liste de Renaud Muselier dans les Bouches-du-Rhône, qui aura pour colistière Sophie Joissains, adjointe (UDI) au maire (LR) d’Aix-en-Provence.

On retrouve également Alain Gargani, président de la CPME régionale. Conseiller municipal d’opposition à Marseille, il avait mené campagne aux côtés de Sabine Bernasconi [ex-maire LR des 1-7 à Marseille, ndlr] lors des dernières élections municipales ou encore le général David Galtier. Elu à la Métropole Aix-Marseille Provence, il avait fait campagne pour Martine Vassal, battant Stéphane Ravier (RN) dans les 13-14e, avec son binôme Marion Bareille. La jeune maire du 7e secteur est aussi candidate sur la liste de Renaud Muselier, tout comme Anne-Claudius Petit, conseillère régionale sortante (UDI), et présidente de l’Agence régionale pour la biodiversité et l’environnement.

Sur les listes également, l’ancienne présidente du Crif Marseille-Provence, Michèle Teboul, Hervé Liberman, président du comité régional olympique et sportif ou encore Hervé Cael, vice-président de l’ordre régional des médecins. [voir encadré]

« Tout ça pour ça »

Renaud Muselier a choisi Christian Estrosi, maire de Nice, qui a quitté le parti Les Républicains ces derniers jours, comme tête de liste dans les Alpes-Maritimes. Il fait partie des 19 présidents de métropoles et d’intercommunalités et des 43 maires présents sur les listes, qui comptent aussi trois présidents d’union des maires : Georges Cristiani, le maire (SE) de Mimet dans les Bouches-du-Rhône, Jean-Paul David (Alpes-Maritimes) et Hubert Falco (Var).

Le maire de Toulon n’avait pas prévu de présenter. Il figure à la dernière place de la liste menée dans le Var par François de Canson, président du Comité régional du tourisme. Une position non-éligible mais symbolique. « Tout ça pour ça », lâche l’ex-LR, qui a quitté le parti il y a peu. Son nouveau statut de « sans étiquette » est loin de le faire rire. « Qu’est-ce qu’on a fait de mal ? » interroge le président de la Métropole Toulon-Provence-Méditerranée, attristé par une situation qui lui a « fait beaucoup de mal ». Il peine à digérer la violence des mots de Christian Jacob à son encontre. « Ais-je fais honte à mon parti pour qu’on puisse me traiter de malfaisant ? ».

« Ce que je constate, c’est que ces listes nous rassemblent et nous ressemblent. Qu’est-ce qu’ils ont avoir avec ce territoire ? lance-t-il aux ténors du parti de la rue Vaugirard. N’ont-ils pas des élections régionales chez eux tous ces grands leaders nationaux ? On a rassemblé des maires qui n’ont qu’un seul objectif : faire gagner leur ville, leur département, leur région. On sait le faire, on ne les a jamais déçus. On a toujours gagné », s’emporte-t-il, rappelant au passage qu’il est sorti victorieux de 18 élections avec l’étiquette de son parti « 12 au premier tour, parce qu’il y avait un vrai chef [Nicolas Sarkozy, ndlr] ».

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Hubert Falco, maire de Toulon.

La mise au point

Hubert Falco a appartenu à quatre gouvernements et se permet une petite leçon d’histoire. « En 2007, j’ai trouvé un gouvernement de rassemblement constitué par Nicolas Sarkozy parce qu’il ne fallait parler que de la France, et nos amis ont-ils crié au loup ?, déclare l’ancien ministre pour justifier la démarche d’ouverture de Renaud Muselier qui n’est pas nouvelle.

« Martin Hirsch, Eric Besson, Bernard Kouchner, Fadela Amara… Ils n’étaient pas, que je sache, encartés à l’UMP à l’époque ! Et là M. Ciotti a-t-il dit qu’il ne fallait pas voter Nicolas Sarkozy, comme il a dit de ne pas voter pour Renaud Muselier ? Ce qui nous intéresse, c’est la vie des gens de notre région », dit-il, déterminé à battre le Rassemblement national. « J’ai toujours combattu le front (national), c’est le combat de ma vie ».

Car là reste l’objectif. Dans les derniers sondages, la liste conduite par Thierry Mariani pour le RN est donné vainqueur dans tous les cas de figure le 20 juin prochain. « La masse silencieuse déjouera tous ces sondages. On fera les comptes à la fin », lance Hubert Falco aux « donneurs de leçons ».

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La ligne rouge

Dans ce contexte, alors que plusieurs personnalités du parti se mettent en retrait de la campagne, à l’image du maire de Cannes, David Lisnard, et que certains cadres LR demandent le retrait de l’investiture à Renaud Muselier, le président sortant en appelle à la « responsabilité de chacun et à la fin de l’hystérie ».

Pour Renaud Muselier, « ceux qui se compromettent aujourd’hui en appelant à ne pas voter » pour lui, sont des « irresponsables qui remettent en cause la ligne rouge héritée de la fondation du RPR, de l’UMP et des Républicains : pas de compromission avec l’extrême droite et avec le Front national. Ma famille politique doit régler ce débat qui la ronge plutôt que de m’envoyer des fatwas. Les défections de certains LR au RN sont un symptôme », exprime le chiraquien, contrarié, voire peiné, d’être considéré par une partie de sa famille politique comme un traître, ce qu’il « n’acceptera plus jamais », d’ailleurs, car « je ne l’ai jamais été », réitère-t-il.

« Libérer d’un carcan », délivré « d’un poids », depuis la finalisation de ses listes, l’heure est au travail de terrain pour aller convaincre les électeurs et garder « cette région dans le camp du vaste rassemblement des républicains, de la droite, du centre et des démocrates », exprime-t-il, prêt avec ses équipes à en découdre.

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