Un lieu d’expérimentation de l’industrie de demain. C’est dans cette voie que se dirige la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, l’une des premières lauréates de l’appel à projets “zones industrielles bas carbone” (Zibac) de France 2030.

Dans le cadre de la stratégie nationale de décarbonation de l’industrie, l’État va débloquer 4 millions d’euros, via l’Ademe, son opérateur en matière de transition écologique, pour soutenir le programme baptisé Synergies régénératives industrielles Sud (Syrius), dont l’objectif est d’aboutir à des projets majeurs et structurants pour réduire les émissions de CO2 de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer.

« Je salue les projets portés par les collectifs Euranergie, à Dunkerque, et Piicto–Syrius, à Fos-sur-Mer, qui deviendront les deux premières zones industrielles bas carbone françaises. Ces projets montrent le dynamisme de ces territoires et leur engagement pionnier dans la décarbonation de l’industrie. Ils sont aussi un facteur clé de réindustrialisation verte », a déclaré le 16 janvier, Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’Industrie, à l’annonce des lauréats depuis Dunkerque.

Diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre

Il y a un an, les principaux industriels de la « Zone de Fos – pourtour de l’Étang-de-Berre – Bassin de Gardanne » et les acteurs de la logistique se sont fédérés pour définir plusieurs scénarii de décarbonation sur ce périmètre précis et formuler une réponse collective.

Porté par l’association PIICTO,* le programme Syrius, dont la qualité du dossier a été salué par l’Ademe, rassemble ainsi les principaux acteurs de la zone industrielle de Fos-sur-Mer (40 industriels), qui émet chaque année plus de 18 MtCO2 (soit 25% des émissions industrielles).

L’ambition du plan est de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre à horizon de 10 ans sur la « Zone de Fos – pourtour de l’Étang-de-Berre–Bassin de Gardanne ». L’occasion aussi de contribuer à élaborer la feuille de route de la décarbonation et du développement de l’économie circulaire de la zone industrielle de Fos-sur-Mer.

« C’est une étape dans le processus de décarbonation, se félicite Nicolas Mat, secrétaire général de PIICTO et coordinateur du programme Syrius. Et cette étape consiste justement à mieux faire travailler ensemble des industriels de ce territoire de secteurs d’activités très différents, mais qui ont tous chacun des enjeux de décarbonation très forts. C’est l’objet même de ces deux ans qui s’ouvrent », nous explique-t-il. 

Une dynamique collective territoriale

La particularité de ce programme tient dans cette approche multi-acteurs public-privé. Car justement, aux côtés de l’association, des partenaires experts co-pilotent la démarche, comme le pôle de compétitivité Capenergies et Novachim, le réseau des entreprises et des laboratoires de la filière chimie et matériaux, ainsi que l’autorité portuaire (GPMM). Le port de Marseille-Fos a placé l’excellence environnementale au coeur de sa stratégie. Il mise sur une croissance économique durable par un aménagement industriel responsable et innovant favorisant l’économie circulaire.

La Métropole Aix-Marseille-Provence et la Région Sud se sont également impliquées. « Notre soutien à ce programme pionnier en matière de préparation de la transformation de nos grandes plateformes industrielles contribue fortement à notre objectif de devenir la première région neutre en carbone en 2040 », exprime Renaud Muselier, président de la Région Sud. Syrius s’inscrit d’ailleurs dans le protocole d’accord signé le 14 novembre 2022 entre la Région et l’Etat sur la planification écologique. Il a bénéficié d’une accélération par le plateau d’ingénierie des Opérations d’Intérêt Régional (OIR), opéré par risingSUD et le cabinet EY pour le compte de la Région Sud.

« Beaucoup d’acteurs ont déjà commencé à bouger sur la décarbonation depuis plusieurs années et s’étaient eux-mêmes dotés de stratégie de décarbonation. Le but n’est pas de s’y substituer. Là, à travers notre programme, on va pouvoir travailler à une échelle territoriale pour générer des synergies entre les différents secteurs pour leur permettre même d’atteindre des objectifs plus ambitieux ou plus tôt, poursuit Nicolas Mat. Le but est justement de travailler pour décrire des trajectoires de décarbonation et de s’engager ensemble sur des études et des projets d’intérêt multi-acteurs pour développer des projets structurants ».

Lancement d’études sur 5 axes prioritaires

Les fonds de l’Etat permettront de réaliser une trentaine d’études d’ingénierie et de faisabilité. Elles seront menées entre 2023 et 2024 et porteront sur cinq axes : écologie industrielle et territoriale, vecteurs énergétiques/réactifs et infrastructure, captage, utilisation et séquestration du carbone et changements de procédés ; optimisation et décarbonation de la logistique et développement local et attractivité.

Ces études devront recenser l’ensemble des projets inter-industriels contribuant à l’atteinte de ces objectifs de décarbonation (réseaux de capture, de revalorisation et de séquestration de CO2, d’hydrogène, valorisation de vapeur, etc.). Elles pourront aboutir à la mise en oeuvre de projets majeurs et structurants susceptibles d’obtenir un nouveau soutien public, lors de la seconde phase d’appel à projets, prévue dès 2025 pour une durée de 6 à 8 ans.

Les projets financés par Zibac devraient permettre de faire émerger des solutions et des infrastructures visant à utiliser au mieux de nouvelles ressources, que ce soit de l’électricité, de l’hydrogène, de la biomasse, de la chaleur, du CO2 ou même de l’oxygène. Sur le territoire, différents projets se développent sur les raccordements en chaleur fatale ou sur une meilleure valorisation de la vapeur, sur le mix-énergétique mais aussi l’hydrogène « parce qu’il va devenir un vecteur énergétique très important pour la décarbonation et tous les e-carburants associés, comme le méthanol… », ajoute le coordinateur du programme Syrius. 

Accélérer le développement de l’hydrogène vert

« Si on veut décarboner le territoire français, on doit commencer par les zones qui produisent le plus d’émissions, et ce sont celles de Dunkerque et de Fos-sur-Mer, poursuit Anne-Marie Perez, directrice générale de Capenergies et déléguée régionale de France hydrogène.

Depuis plusieurs année, le pôle de compétitivité travaille sur les énergies décarbonées et a d’ailleurs lancé en 2018 club H2 portant sur la filière hydrogène. « Les industriels engagés dans des projets hydrogène décarbonés ont commencé à travailler ensemble à l’été 2021 pour identifier des synergies à développer. L’appel à projet Zimac est bien tombé pour répondre au besoin identifié de lancer des études complémentaires pour optimiser la sécurisation de leur approvisionnement, notamment au travers de réseaux de stockage, transport et distribution partagés ».

En matière de projets lié à l’hydrogène, le Grand Port maritime de Marseille doit lancer la construction d’une centrale de production d’hydrogène « renouvelable » sur le site de Fos-sur-Mer. Elle doit participer à la décarbonation des activités industrialo-portuaires pour réduire les rejets de CO2 de 750 000 tonnes par an. « Le développement des filières d’hydrogène vert et de l’éolien offshore, confirme l’engagement du Port visant à réduire l’impact environnemental des activités portuaires, engagés depuis de nombreuses années », note Hervé Martel, président du directoire du port Marseille-Fos.

Parmi les autres initiatives lancées sur le territoire et soutenues par les pouvoirs publics, le démonstrateur Power to Gas, baptisé « Jupiter 1000 », qui possède la première station de poids lourds à hydrogène.

Plus largement, le projet baptisé MassHylia. Le plus grand site français de production d’hydrogène vert à partir de l’électricité 100% renouvelable devrait voir le jour en 2024 en Provence, sur les terres de la bioraffinerie de Châteauneuf-les-Martigues. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur dispose d’un éco-système riche dans ce secteur avec des grands groupes et des start-up : Capenergie, HySiLabs, Proviridis, Helion Power, Alcrys, GRT Gaz, Air Liquide, Engie, Total, EDF, KemOne…

Autre enjeu : l’économie circulaire

Au-delà de l’hydrogène, l’enjeu de Syrius porte aussi sur des sujets d’économie circulaire ou d’écologie industrielle et territoriale comme c’est déjà le cas dans PIICTO, pour créer « des boucles de revalorisation de déchets, de co-produits qui peuvent devenir des matières premières secondaires qui ont un potentiel énergétique en tant que tel ». 

La CMA CGM, leader mondial du transport maritime et de la logistique, a initié des études de faisabilité pour la réalisation d’une unité de biométhane sur le site de Fos, au sein du Grand port maritime de Marseille et établir une filière en circuit court permettant un approvisionnement local.


PIICTO* est une association qui regroupe depuis 2014 des industriels et différentes parties prenantes (autorité portuaire, aménageur privé, collectivités, consulaires, etc.) afin d’animer et mettre en œuvre une dynamique d’écologie industrielle et territoriale au sein de la zone industrialo-portuaire de Marseille-Fos (synergies inter-industrielles, économie circulaire, décarbonation et compétitivité des activités industrielles, attractivité de la zone, innovation et risques technologiques).

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