La Région Sud débloque 5 millions d’euros pour structurer et développer la filière de l’hydrogène sur le territoire. Ce secteur se présente aujourd’hui comme un substitut possible aux hydrocarbures, et un moyen efficace pour développer différentes énergies renouvelables. Sur le territoire, les exemples ne manquent pas.

Dans son livre, L’économie hydrogène, paru en 2012, l’économiste américain Jérémy Rifkin considère que nous entrons dans la troisième révolution industrielle, marquant la fin de l’ère économique fondée sur les énergies fossiles. L’auteur développe la thèse selon laquelle la fin du pétrole est imminente et que l’hydrogène se substituera au pétrole comme vecteur énergétique quand celui-ci sera épuisé. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : « Nous parlons de remplacer le pétrole ». Un leitmotiv chez les professionnels de cette nouvelle filière énergétique réunis récemment à l’hôtel de Région, pour participer aux « Rencontres de l’hydrogène ».

En 2050, l’hydrogène pourrait représenter 20% de la demande d’énergie en France

L’hydrogène ouvre, en effet, des perspectives de croissance économique pour l’industrie française au service de l’environnement. Les quatre prochaines années pourraient constituer une période décisive. Tant pour l’émergence d’une production propre et décarbonnée d’hydrogène que pour le développement de nouvelles applications de l’hydrogène-énergie. Une étude prospective* sur l’hydrogène décarbonée, publiée en avril 2018, indique d’ailleurs qu’en « 2050, l’hydrogène pourrait représenter 20% de la demande d’énergie en France, alimenter 18% du parc de véhicules et ainsi contribuer à réduire les émissions de CO2 de 55 millions de tonnes ». A cet horizon, cette industrie représenterait un chiffre d’affaire de 40 milliards d’euros dans l’hexagone, et plus de 150 000 emplois.

Au travers de son Plan National hydrogène, lancé en juin 2018, le gouvernement ambitionne de faire de la France un leader mondial de cette technologie. L’objectif annoncé : produire 10% d’hydrogène à base de sources renouvelables à l’horizon 2023. «  L’hydrogène peut devenir l’un des piliers d’un modèle énergétique neutre en carbone. (…) La France est à la pointe sur cette filière, et je veux lui donner les moyens de conserver son avance au cœur d’une compétitivité mondiale déjà féroce car elle constitue un atout pour notre indépendance énergétique mais également un immense gisement d’emplois », avait ainsi déclaré Nicolat Hulot, ancien ministre de la Transition écologique et solidaire. Et d’annoncer que 100 M€ seront dédiés aux premiers déploiements de l’hydrogène dans l’industrie, la mobilité et l’énergie cette année.

Capenergies, fer de lance de la filière sur le territoire

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur n’entend pas rester à la traîne. « La territoire dispose d’un tissu économique et industriel fort qui lui permettrait d’avoir une longueur d’avance par rapport aux autres régions », souligne Renaud Muselier. Le schéma directeur sur le développement des carburants alternatifs élaboré en 2018 par la région Sud a d’ailleurs permis d’identifier l’importance et le nombre de projets sur le territoire. Une centaine de professionnels sont directement impliqués sur le thème de l’hydrogène.

, Une stratégie collective pour propulser la filière de l’hydrogène dans la région Sud, Made in Marseille
Renaud Muselier, président de la Région Sud et Maud Fontenoy, vice-présidente en charge du développement durable, de l’énergie et de la mer. © Franck Pennant.

Capenergie s’impose comme le fer de lance du secteur. Il y a un an, presque jour pour jour, le pôle de compétitivité lançait le Club H2, avec la volonté de créer un écosystème dynamique qui démontre la forte appétence des acteurs régionaux à voir émerger une filière hydrogène structurée. « Ces deux dernières années, ce sont plus de 15 projets de la filière qui ont émergé sur le territoire régional, de la recherche amont aux projets plus structurants, pour un investissement supérieur à 150 M€ et près de 20 M€ d’aides publiques », indique Capernergies, clairement inscrit dans la stratégie régionale. La création du club intervenait de manière concomitante avec le Plan National hydrogène.

Des projets et des initiatives déjà lancées

Parmi les initiatives d’ores et déjà lancées sur le territoire et soutenues par les pouvoirs publics, le démonstrateur Power to Gas, baptisé « Jupiter 1000 ». L’opération menée par GRTgaz et un consortium de neuf partenaires (Ademe, CEA Cadarache…) est installée sur la plateforme Piicto (plateforme industrielle et d’innovation Caban Tonkin) au sein de la pépinière Innovex. Power to Gas utilise de l’électricité non-consommée pour produire de l’hydrogène par électrolyse de l’eau. L’hydrogène peut ensuite être éventuellement combinée par un processus de méthanisation à du dioxyde de carbone (CO2).

Le Grand Port Maritime de Marseille se positionne également pour accélérer cette filière de manière industrielle, notamment grâce à la zone de Fos-sur-Mer, qui dispose de plus de 7000 tonnes d’hydrogène fatal. La plateforme travaille également aux côtés de la Métropole à l’aménagement et à la promotion économique de Piicto, notamment à travers l’appel à manifestation d’intérêt Industry’Nov. « Il faut voir cette transition énergétique comme une opportunité et non comme une obligation », souligne Béatrice Aliphat, conseillère métropolitaine, déléguée à l’industrie et aux réseaux d’énergie.  

L’année dernière, elle a décidé de créer une « task-force », pour que « tous les services, de la CCI, du GPMM, des services de la Région, des services métropolitains, tous les acteurs de ce secteur travaillent main dans la main pour le développement de la filière. L’ambition d’une collectivité jeune comme la nôtre est de sortir de l’opposition entre économie et environnement, afin de les mettre en symbiose ».

Une solution pour la mobilité durable

L’hydrogène apparaît également comme une réponse évidente pour rendre les véhicules plus respectueux de l’environnement. En la matière, le territoire régional ne manque pas d’exemples. Sur le site industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, Hyammed déploie des camions et des bus H2 et une station de recharge. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, à Manosque, Hygreen Provence construit, pour l’agglomération Durance Luberon Verdon, un parc solaire de 1500 hectares permettant de soutenir le réseau électrique public et de produire de l’hydrogène vert. Une solution qui pourrait couvrir le besoin en carburant de 1400 bus.


Côté transport, le déploiement des cars à hydrogène dans la région sera au cœur d’une réunion qui se tiendra à Bruxelles, le mois prochain. Toujours question mobilité, la région Sud a engagé des études, en collaboration avec l’État, pour déployer l’hydrogène sur le rail, principalement sur la ligne Aix-Marseille.

L’industrie française a le potentiel nécessaire pour devenir l’un des plus grands fournisseurs mondiaux de technologies de l’hydrogène. Comme d’autres grands industriels, le groupe français Engie, par exemple, procède à une profonde mutation de son activité. Il est d’ailleurs devenu le principal partenaire d’Energy Observer, premier navire propulsé à l’hydrogène et aux énergies renouvelables. Le bateau, qui a quitté le port de Marseille le 28 mars dernier, illustre la stratégie de l’énergéticien en matière de transition énergétique. « L’hydrogène est  le chaînon manquant de la transition énergétique », expliquait Michèle Azalbert, directrice générale de l’activité Hydrogène (filière hydrogène renouvelable) d’Engie, le jour du départ de l’Energy Observer de Marseille. « Ce bateau est tout ce auquel on croit chez Engie. C’est un système vertueux, décentralisé, digitalisé, décarboné, et la preuve que l’on peut fonctionner de manière intégrée en totalité à partir d’énergies renouvelables ».

Un centre de formation dédié à l’hydrogène unique en Europe

D’autres projets et initiatives visent à donner un coup d’accélérateur au secteur, à l’instar du centre de formation unique en Europe, dédié à l’hydrogène, actuellement développé par l’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (Ensosp). La Métropole Aix-Marseille-Provence souhaite aussi se positionner pour la création d’un centre international de qualification/certification des composants H2 haute pression pour la mobilité routière.

Avec Industrie Méditerranée, la CCI Marseille-Provence et Provence Promotion, la Métropole a lancé récemment l’initiative French Fab Provence-Méditerranée, pour soutenir et promouvoir l’industrie de demain, en misant sur  cette filière. Pour Renaud Muselier il est désormais « essentiel de construire ensemble une stratégie régionale qui permettra de justifier la maturité technologique tout en permettant d’apporter des garanties financières suffisantes à de potentiels investisseurs », annonçant une enveloppe de 5 millions d’euros « qui permettra d’accélérer les projets à la hauteur de l’enjeu représenté par la filière en région Sud ». La start-up Hysilabs, basée au Technopôle de l’environnement de l’Arbois, spécialisée dans la conception de solutions facilitant le transport d’hydrogène, s’inscrit pleinement dans cette stratégie régionale, comme l’explique son fondateur Pierre-Emmanuel Casanova ▶ Écoutez .

Prochain rendez-vous de la filière les 10 et 11 juillet à Marseille

Près de 500 000 euros ont déjà été engagés par la Région pour soutenir cette filière dans le cadre de l’Opération d’Intérêt régional (OIR) « Énergies de demain ». Renaud Muselier compte d’ailleurs sur cette opération ainsi que sur le Club H2 pour s’imposer comme des consortiums fort de stratégie d’accompagnement et de financement. Le prochain rendez-vous des professionnels de la filière est fixé aux 10 et 11 juillet prochain, à l’occasion des « Journées de l’hydrogène », à Marseille, organisées par l’association française de l’hydrogène (AFHYPAC), présidée par Maud Fontenoy, vice-présidente en charge du développement durable, de l’énergie et de la mer.

Des bus GNV et aux recharges électriques des navires pour réduire la pollution 
Dans le cadre de son plan climat, «Une Cop d’avance», la Région entend réduire de 50% la consommation d’énergie fossile pour atteindre une équivalence entre la consommation et la production d’énergie. Elle s’est fixée comme objectifs ambitieux de réduire de 25% des émissions de gaz à effet de serre issus des transports, une neutralité carbone à l’horizon 2050 et des investissements massifs dans les énergies renouvelables. Depuis le mois de mars, sept autocars GNV (Gaz naturel pour véhicules), financés par la Région circulent sur deux lignes, la 108 et la 29, qui relient Arles et Salon.
Afin de réduire l’impact environnemental du trafic maritime, le député Saïd Ahamada travaille aussi activement sur la question depuis plusieurs mois. Il porte plusieurs amendements qui s’inscrivent dans le cadre de l’examen du projet de loi d’orientations des mobilités qui a débuté le 14 mai jusqu’au 23 mai. Le premier amendement visant à faciliter la recharge électrique des navires à quai a été adopté par l’Assemblée nationale, le 18 mai.
Saïd Ahamada propose également d’appliquer rapidement des normes aussi strictes qu’en zone à émissions contrôlées (ECA) sur l’ensemble des mers territoriales françaises et notamment en Méditerranée. Il propose de le faire « sans attendre l’adoption par l’Organisation maritime internationale (OMI) du projet de zone ECA en mer Méditerranée, qui relève d’un processus à plus ou moins long terme. La France ferait preuve d’exemplarité environnementale et se placerait à l’avant-garde en limitant la pollution des navires, en appliquant des normes d’émissions aussi strictes qu’en zone ECA dans l’ensemble de nos mers territoriales.»
Enfin, le dernier amendement vise à créer des commissions consultatives de l’environnement dans chaque grand port maritime (GPM), « sur le modèle des commissions consultatives de l’environnement qui existent dans les communes situées à proximité directe d’un aéroport ». L’amendement stipule également que « cette nouvelle instance permettrait de retisser les liens entre les GPM et les habitants des villes portuaires, concernant les problématiques environnementales et sanitaires relatives au transport maritime. À titre d’exemple, à Marseille, le dialogue entre les autorités portuaires et les riverains n’existe quasiment pas. Cette situation favorise le manque d’informations, voire la propagation de fausses informations, auprès des habitants de la ville au sujet des activités du port. »

 


* Treize acteurs parmi lesquels Total, Air Liquide, Alstom, la SNCF, Engie, l’association française pour l’hydrogène et les piles à combustibles (AFHYPAC)… ont présenté, le 4 avril 2018, une étude prospective sur l’hydrogène décarbonée, pour atteindre les objectifs que la France s’est fixée dans le cadre des Accords de Paris. Ces grands groupes de l’énergie et de la mobilité font partie du « Hydrogen Council », (conseil de l’hydrogène) lancé le 18 janvier 2017, à Davos, aux côtés d’autres leaders industriels mondiaux, Anglo American, BMW Group, Daimier, Kawasaki, Royal Dutch Shell et The Linde Group. Première initiative mondiale du genre, cette association a pour but de promouvoir l’usage de l’hydrogène comme vecteur privilégié de la transition énergétique.

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