Plan vélo, végétalisation des cours d’école, préservation de la biodiversité en ville, énergie renouvelable… Le maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains, revient sur les enjeux de la ville du quart d’heure, plus verte et plus vertueuse. Entretien.

« L’environnement sera le fil conducteur de l’ensemble des politiques publiques ». C’était la grande priorité du quatrième mandat de Maryse Joissains-Masini. Après 20 ans à la tête d’Aix-en-Provence, elle a démissionné de ses fonctions en septembre dernier pour raisons de santé. Seule candidate à sa succession, sa fille Sophie Joissains (UDI), ex-sénatrice des Bouches-du-Rhône (de 2008 à 2020) et adjointe à la Culture, a depuis repris le fauteuil de maire, suivant le même fil conducteur, mais dans un autre style et avec d’autres idées.

Pour soutenir une écologie des territoires urbains et améliorer les conditions de vie en ville, la municipalité a déployé une politique durable avec la construction de parcs relais, le développement des transports en commun, notamment la ligne de l’Aixpress, bus 100% électrique, la piétonnisation du centre historique ou encore l’aménagement de voies cyclables qui s’est traduit, après la pandémie, par le développement d’un grand plan vélo.

« La pollution dans les villes, l’augmentation du nombre de voitures, la modification des habitudes de la population liée au réchauffement climatique, impriment l’esprit de tous et bien sûr celui des responsables politiques. Sur des trajets courts, voire moyens, on peut trouver des modes alternatifs : les transports en commun et le vélo, qui présente de nombreux avantages, sur l’environnement, mais aussi sur la santé, le bien-être et les finances des ménages », exprime Sophie Joissains.

La Ville a supprimé l’utilisation des pesticides et optimisé l’arrosage dans l’entretien des espaces verts, installé des capteurs de pollens et créé son premier parc naturel urbain. Une « échappée belle » qui s’étend sur près de 5 kilomètres au confluent des quartiers Jourdan, Cuques, la Torse, jusqu’au Pont de Béraud.

Aix, Les ambitions de Sophie Joissains pour faire d’Aix-en-Provence une ville plus verte, Made in Marseille
Autour du parc naturel urbain d’Aix-en-Provence., 700 panneaux incitent à emprunter – en tout ou partie – cet itinéraire vert de près de 5 kilomètres. © Ville d’Aix

Dans les assiettes des enfants, plus de produits issus de l’agriculture biologique et du circuit court. Le plan « Bien vivre à l’école » engagé en 2021 se poursuit également avec la végétalisation des cours de récréation et prévoit l’installation de panneaux photovoltaïques sur les bâtiments municipaux. Le maire compte également sur l’expérimentation dans le domaine environnemental grâce au Technopole de l’Arbois qui regroupe de nombreuses pépites de la Green Tech.

Depuis son bureau de l’Hôtel de Ville, Sophie Joissains revient sur les grands axes de cette politique qui se veut verte et vertueuse pour construire une « ville qui offre une qualité de vie importante, pérenne, facilitée grâce notamment à la mobilité, mais aussi à des équipements plus adaptés aux besoins de proximité ». 

Un plan vélo ambitieux a été initié en septembre 2021 permettant de relier le centre-ville aux quartiers les plus excentrés. Où en êtes-vous de l’aménagement des pistes cyclables ?

Aujourd’hui, nous avons 170 kilomètres d’aménagement cyclable. La Ville y consacre, chaque année, en moyenne 5 millions d’euros. Lorsque nous refaisons une voirie, on pense à l’aménagement cyclable, ce qui n’est pas toujours simple dans une ville comme Aix-en-Provence, très ancienne, avec des rues parfois étroites. De fait, il faut concilier à la fois la voiture, en périphérie, les voies de bus et les pistes cyclables, imaginer des trottoirs suffisamment larges avec des arbres et des végétaux.

33% des déplacements quotidiens à Aix font moins d’un kilomètre

On voit qu’il y a plus d’usagers à vélo, notamment lorsqu’il y a une piste cyclable qui passe devant une école. D’ailleurs, 1000 enfants par an entre le CE1 et le CM2 apprennent à faire du vélo avec les agents de la Ville, avec 10 heures de formation. On a même réussi à faire une petite piste cyclable dans la cour de l’école des Floralies.

Nous voulons relier la ville d’Aix au Tholonet et à Eguilles. L’ambition, c’est de faire le maximum de kilomètres de pistes sur l’ensemble de la ville. À terme, ce plan sera accompagné d’une signalétique qui permettra de se repérer plus facilement dans ses déplacements à vélo. « Les Lignes Aixoises » seront comme un réseau de bus où chacun pourra composer son itinéraire.

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Les “Lignes Aixoises”, c’est le nom du réseau cyclables qui se développe à Aix-en-Provence. Accompagné d’une signalétique dédiée, il permettra de s’orienter facilement dans ses déplacements à vélo. © Ville d’Aix

La création du parc naturel urbain qui relie le parc Jourdan au lycée Cézanne est une illustration de votre vision de la « ville durable ». Pouvez-vous nous l’expliquer ?

Le parc naturel urbain (PNU) représente 4,7 kilomètres de cheminement piéton et d’espace boisé à l’intérieur de la ville, c’est une autre façon de concevoir la campagne à la ville et la ville à la campagne. C’est une autre conception des villes qui nous tient à cœur et qui consiste aussi à bien construire.

L’État mène une démarche qui consiste à vouloir préserver les espaces naturels. Nous en avons beaucoup préservé dans notre plan local d’urbanisme, mais aujourd’hui, on nous demande de bâtir la ville sur la ville. Ce qui contient aussi une aporie parce qu’au plus il y a d’habitants dans un secteur, au plus il y a de pollution et d’empreinte carbone. D’un côté, on nous dit de préserver la nature et de ne pas accroître la pollution, dans le même temps, on nous contraint à une démarche qui ne peut que l’accroître.

55% du tracé traverse des espaces verts

Mon but, c’est de sectoriser tant que c’est encore possible, parce que dans une dizaine d’années, avec la non-artificialisation des sols, on ne pourra plus zoner. Il faut donc le faire maintenant, en essayant de construire la ville du quart d’heure.

Construire la ville du quart d’heure et éviter le syndrome des cités dortoirs

De nouveaux ou d’anciens quartiers doivent être aménagés de façon à ce que les personnes qui y habitent ne soient pas éloignées de leur lieu de travail, pour ne pas avoir besoin de prendre leur voiture, soit parce qu’il y a des transports en commun proches de leur domicile, soit parce que la mobilité douce peut suffire pour s’y rendre. L’idée est de créer de nouvelles centralités, de faire en sorte que ces quartiers soient comme des villages, avec espaces de convivialité, des équipements de proximité, des commerces, des crèches, des écoles… Éviter le syndrome des cités dortoirs.

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Lieux insolites, beautés naturelles, éléments du patrimoine et curiosités urbaines, aménagé en 2019, le tracé du parc naturel urbain réserve bien des surprises. © Ville d’Aix

Vous parlez de « bien construire ». À l’instar du dispositif créé par la Ville de Marseille, votre municipalité a mis en place une charte de « qualité des constructeurs ». Que prévoit-elle ?

La charte du « Bien construire » prévoit que les opérateurs s’engagent à une gestion responsable du chantier, considèrent et protègent les espaces verts existants à l’intérieur et à proximité du chantier, préviennent et oeuvrent pour réduire les nuisances. Ils s’engagent aussi à protéger notamment les pieds et troncs d’arbres pendant les travaux avec, par exemple, un périmètre de protection de 2×2 mètres pour assurer leur pérennité.

La charte stipule que nous accorderons des permis que sur des constructions prévues avec des matériaux qui auront le moins d’empreinte carbone possible, selon des hauteurs qui respectent les paysages urbains de la ville. Nous avons des propositions pour lesquelles à la place, par exemple, d’une petite maison – qui certes n’était pas classée, mais qui avait son charme et surtout sa place dans la mise en scène urbaine, très riche à Aix-en-Provence dans les respirations, les espaces, les hauteurs, les volumes – le constructeur nous proposait des immeubles de 5 étages.

Nous accorderons des permis que sur des constructions prévues avec des matériaux qui auront le moins d’empreinte carbone possible, selon des hauteurs qui respectent les paysages urbains de la ville.

Si un ou deux projets sont passés entre les mailles, on a dit stop ! On ne voulait plus de ça [le 20 septembre, la maire a fait interrompre un chantier de construction immobilière, rue de la Fourane, qui ne respectait pas le permis de construire et la charte du Bien construire, ndlr].

On veut que les garages soient en sous-sol, pas boxés pour éviter d’en faire des caves, pour préserver l’environnement autour, qu’on ne puisse pas construire s’il n’y a pas de voiries adaptées ou prévues par le PUD (plan de déplacement urbain) et des constructions dans des matériaux nobles, avec des couleurs qui correspondent à la ville d’Aix-en-Provence. On a quand même besoin de construire des logements, mais toujours avec une limite du R+1. Tout sera inscrit dans le PLU [l’actuel a été voté en juillet 2015, ndlr].

Vous poursuivez le plan intitulé « Bien vivre à l’école ». Quelles sont les actions prioritaires ?

Il concerne la végétalisation des cours d’école, le confort thermique, un service de restauration de qualité, mais aussi l’accompagnement scolaire et la lutte contre le harcèlement à l’école. La végétalisation des cours a été engagée en 2021 pour créer des îlots de fraîcheur. Maryse Joissains y tenait beaucoup. En deux ans, 28 cours ont pu être végétalisées (15 en 2021 et 13 cette année) et nous avons l’ambition de terminer les 78 écoles de la ville pour 2025. Nous consacrons un budget de 5 millions d’euros sur 5 ans.

Le but est de les désimperméabiliser pour favoriser l’infiltration des eaux de pluie et de fait l’enracinement des végétaux, lutter contre les îlots de chaleur et la hausse des températures. Pendant les vacances de la Toussaint, 21 arbres seront plantés pour compléter les aménagements paysagers.

Cela permet aussi aux élèves de faire des ateliers potagers, d’apprendre à jardiner, de s’initier au compostage… sans compter qu’on ouvre aussi les serres municipales dans ce but-là pour une journée d’initiation aux plantations et de découverte d’un hôtel à insectes.

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Pendant les vacances de la Toussaint, 21 arbres seront plantés pour compléter les aménagements paysagers. © Daniel Kapikian/Ville d’Aix

Le plan « Bien vivre à l’école » intègre aussi un volet « confort thermique ». Quels travaux allez-vous mener ?

L’installation des ventilateurs en plafonnier pour équiper les 386 classes sur deux ans va se poursuivre. Cela représente un investissement de 700 000 euros. Le plan comprend l’isolation des bâtiments scolaires.

Environ 5 millions d’euros sont consacrés à différents travaux (façades, stores, travaux de réfection de toiture, double vitrage…) pour une isolation performante du bâti. Nous sommes également en train d’étudier la possibilité de mettre des panneaux photovoltaïques sur les toits communaux qui le permettent. Cela permettrait des économies d’énergie plus importantes. Sur le scolaire, ça peut être très intéressant.

Du côté des assiettes des enfants, quelles sont vos ambitions ? Les ménages doivent-ils s’attendre à une hausse du prix de la cantine ?

Tout d’abord, face à l’envolée des coûts, je tiens fermement à ce que les prix eux ne s’envolent pas, pour que les parents, selon le quotient familial, puissent payer le même tarif, sans aucun impact sur la qualité de l’assiette, car tous les enfants ont droit à un repas équilibré par jour.

D’ailleurs, le fait d’être en régie municipale nous permet de tout surveiller de A à Z. Les repas (7 000 par jour) sont préparés à la cuisine centrale et élaborés avec une diététicienne. Elle fait aussi des propositions de menus à l’attention des parents pour le soir, que l’on peut retrouver sur le site internet de la Ville. Pour l’instant, on utilise 50% de produits bios et issus du circuit-court. Notre ambition, c’est naturellement d’aller plus loin. Nous sommes en train d’étudier la possibilité d’en faire bénéficier les centres aérés.

La Ville va lancer à titre d’expérimental dans plusieurs écoles, un projet pédagogique pour sensibiliser les élèves du CP au CE2 et du CM1 à la sixième, au gaspillage alimentaire et à l’équilibre alimentaire. Ils expérimenteront la pesée et le tri des déchets.

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La Ville veut augmenter la part du bio dans les menus à la cantine scolaire. © Ville d’Aix

La Ville a lancé une concertation publique pour repenser le quartier du Faubourg, entre Sextius et République. Quel est le projet ?

Le projet vise à réaménager le quartier du Faubourg comme une extension naturelle et sans coupure du cœur de ville, avec une végétalisation partielle du cours Sextius, l’amélioration des usages des différents équipements publics (crèche, jardin du pavillon Gauffredy…), avec notamment un réaménagement tout autour de l’école d’art.

Nous allons revoir le schéma de circulation pour réduire la place de la voiture au profit des modes doux et transports collectifs, mais nous envisageons une semi-piétonnisation pour laisser circuler les véhicules de livraisons. J’ai souhaité que la concertation avec les habitants se poursuive au-delà du 12 juin, car les habitants avaient encore beaucoup d’idées à partager.

Nous avons d’ailleurs prévu de planter 3 000 arbres d’ici à 2030.

Nous sommes en train de relever les conclusions et je pense que nous allons garder nombre de propositions. Ce quartier sera d’ailleurs le périmètre d’expérimentation du tri sélectif en ville. Nous sommes en train d’étudier tous les lieux possibles d’implantation dans la ville, les outils et les aménagements esthétiques pour déployer le dispositif.

Aix-en-Provence a été choisie au même titre que Florence en Italie, comme ville pionnière pour mettre en place l’expérimentation « Airfresh », labellisé par la Commission européenne en 2020. Avez-vous déjà des premiers résultats ?

Il est encore trop tôt pour avoir les premiers chiffres, mais le principe est de planter 400 arbres [essences appropriées pour améliorer la qualité de l’air, ndrl] sur une surface d’un hectare, et d’évaluer l’apport de ces arbres sur la qualité de l’air en comparant les données avant et après les plantations, car la réunion de certaines espèces d’arbres permettrait de créer des îlots de fraîcheurs et une absorption de carbone importante.

La zone reboisée doit éliminer annuellement autour de 3 tonnes d’O3 (ozone), soit 24 tonnes d’ici 2030, stocker plus de 2 tonnes de carbone, et faire baisser la température de 2°C dans la zone. Ces essences choisies (platanes, tilleul, érable, chêne, sophora du Japon et micocoulier) présentent plusieurs atouts. 

Elles sont adaptées aux conditions climatiques locales et à l’environnement urbain, sont résistantes aux maladies et absorbent les composants volatiles néfastes tout en émettant peu de composés organiques volatils et de pollens allergènes. Leur croissance est rapide, leur durée de vie est longue et de surcroît ne nécessitent qu’un faible entretien. Les arbres qui seront plantés ont une hauteur d’environ 2 mètres. Des capteurs seront installés au-dessus et en-dessous de la canopée, mais aussi autour de la zone, en été comme en hiver. 

L’analyse des tests réalisés avant la plantation et après sont programmées en 2023 et 2024. Jusqu’en 2025, l’objectif est d’avoir des ressources scientifiques concrètes sur le rôle de ces mini-forêts urbaines, notamment sur le bien-être des citoyens et nous servir de boussole pour nos futures plantations. Nous avons d’ailleurs prévu de planter 3 000 arbres d’ici à 2030.

Justement, à l’aide d’images satellites, le projet Airfresh va aussi permettre de déterminer précisément le nombre d’arbres et les espèces de la ville. Combien en avez-vous recensé jusqu’à présent ?

150 000 arbres ont déjà été recensés, sur un périmètre de 30 km2 couvrant le centre, le nord et l’est de la ville [le territoire aixois s’étend sur près de 187 km2, ndlr]. À partir du nombre exact d’arbres, publics et privés, la Ville disposera d’une quantification réaliste de la capacité des arbres présents à Aix à éliminer la pollution de l’air.

Dans la même optique, le parc Saint-Mitre fait aussi figure de laboratoire de nouvelles pratiques en matière de plantations…

La Ville teste la plantation de deux mini forêts urbaines au parc Saint-Mitre, toujours pour améliorer l’air ambiant. Le concept a été développé par Akira Miyawaki, un botaniste japonais. Au niveau du jardin japonais et de l’arboretum, de nombreux arbres baliveaux – de très petite taille – ont été plantés. Entre 3 et 5 arbres par m2, sur une surface de 400 m2. L’objectif est ensuite de renouveler l’expérience dans un milieu plus urbanisé, sur des espaces inoccupés par exemple.

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Parc de Saint-Mitre.

Quelles autres actions vont être menées pour préserver la nature en ville et œuvrer en faveur de l’environnement ?

Nous allons lancer une concertation pour préserver la biodiversité en ville. Cela mérite une étude fine pour inciter les habitants dans les espaces privatifs à aller dans ce sens. Nous voulons toujours construire désormais avec un petit espace vert autour pour préserver cela. Les Aixois sont très ouverts et très demandeurs.

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