Entretien avec Solange Biaggi : législatives, emploi, commerce, centre-ville…

Entretien avec Solange Biaggi : législatives, emploi, commerce, centre-ville…

Solange Biaggi, élue (Les Républicains) à la Ville de Marseille et vice-présidente du Conseil départemental en charge de l’aménagement du territoire, dresse pour Made in Marseille un tour de l’actualité locale et nationale.

Elle évoque sa candidature aux élections législatives de juin 2017 dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône ainsi que les priorités de son programme, son soutien à François Fillon pour les prochaines présidentielles et la situation du centre-ville et les changements à venir pour y booster le commerce.


solange-biaggi-marseileMade in Marseille – Bonjour Solange Biaggi. Vous êtes candidate dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, comme en 2012 où vous êtes arrivée derrière Patrick Mennuci (PS) et Marie-Claude Aucouturier (FN). Pourquoi retenter l’aventure ?

Solange Biaggi – C’est une circonscription qui me tient énormément à cœur car elle comprend les 1er, 2e, 3e arrondissements en entier ainsi que la Plaine et le Cours Julien. C’est le centre-ville, le poumon économique de Marseille, où se fait l’activité, où les gens travaillent et où Marseille peut se développer économiquement car on a dans cette circonscription le port, Euromediterranée, le centre-ville autour du Vieux-Port, l’hyper centre-ville historique, la Canebière, le boulevard Longchamp, la gare, la partie de la Belle de Mai avec le Pôle Média, la Friche et tout le quartier en devenir de Saint-Mauront. C’est pour cela que je pars.

Je connais bien les problèmes du centre-ville car j’ai eu ma pharmacie dans l’hyper centre-ville, sur le Cours Lieutaud, pendant 20 ans. J’ai d’abord été numéro deux dans le 6/8 puis, en 2012, j’ai demandé à Jean-Claude Gaudin de partir sur la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône car il n’y avait personne de notre rang politique et je ne comprenais pas pourquoi car c’est là que la communauté urbaine avait mis le plus d’argent avec notamment Euromediterranée. Je veux m’implanter dans ce territoire parce que je pense que c’est fondamental pour notre équipe et la ville de Marseille et ça me passionne car il y a tout à faire, même si beaucoup a déjà été fait.

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Qu’est-ce qui vous attire dans le rôle de député ?

Ce qui m’attire c’est que je veux porter la voix de Marseille, de notre circonscription, à Paris. Parce que bien que cette circonscription a toujours été d’un autre bord politique, de gauche, ce que je vois, c’est que la seule équipe qui a fait quelque chose dans ce secteur, c’est celle de Jean-Claude Gaudin depuis 20 ans. C’est vrai qu’Euromediterranée, qui a été un booster, a été commencé à la fin du dernier mandat de Vigouroux, mais avec l’équipe de Balladur, qui était quand même de notre bord politique. Puis ça a continué avec Jean-Claude Gaudin, Renaud Muselier, Guy Tessier, Yves Moraine et maintenant Laure-Agnès Caradec. Tout ce qu’on a fait autour, dans l’hyper centre, pour le travail et tout cela, c’est Jean-Claude Gaudin qui l’a fait.

Pourquoi ce souhait de porter la voix de Marseille et de cette circonscription à Paris ?

Parce que quand je sors dans la rue, on me demande du logement, de l’éducation et du travail car il y a presque 40% des gens au chômage dans le 3e arrondissement, et surtout des jeunes. Donc les quatre piliers de mon programme sont le logement, l’éducation et la formation, l’emploi et la sécurité sociale. Je pense que c’est les quatre piliers de la maison et qu’ils sont fondamentaux.

Je veux, par exemple, travailler à Paris la loi des rythmes scolaires qui a été une catastrophe dans les arrondissements de Marseille de la 4e circonscription. Car les enfants, de la maternelle au CM2, il faut qu’ils apprennent à lire, écrire et compter, c’est fondamental car si vous n’avez pas ces bases-là, après c’est mort. J’ai tous les jours des gens qui n’ont pas ce bagage et pour leur trouver un travail, c’est l’enfer. Je veux donc que ces temps périscolaires soient alloués au soutien scolaire dans notre circonscription.

Je trouve que ceux qui ont été là ont laissé cette circonscription dans l’assistanat et moi j’ai envie que cette circonscription ait un devenir et je veux donner un espoir aux gens. On n’est pas là pour recevoir une subvention ou le RSA, ce n’est pas une fin en soi. On peut avoir un devenir et c’est ma volonté politique et mon idée pour cette circonscription. Et c’est une volonté des gens : toutes les populations vous le demandent. Tous les parents où les enfants sont dans ces secteurs un petit peu difficiles vous demandent qu’on les aide à ce que les enfants aient un travail plus tard et une belle éducation.

Pour se pencher un peu plus sur le thème de l’emploi dans votre programme, vous voulez inciter les employeurs à embaucher en les exonérant totalement de charges salariales pendant deux ans pour l’emploi de jeunes de moins de 25 ans, au chômage, qui signent un CDI. Mais comment un député peut décider d’exonérer des charges salariales ?

C’est une idée parmi d’autres car quand je serai à l’Assemblée nationale, c’est par exemple sur des sujets comme cela que je veux travailler. J’imagine, je ne sais pas encore tout sur le fait d’être députée, qu’il y a des commissions comme Monsieur Tian était sur la sécurité sociale ou Madame Boyer sur la santé. Moi je vais demander à travailler sur des sujets qui concernent mes quatre piliers. Je pense qu’il doit y avoir des commissions de travail sur l’emploi pour voir comment améliorer et faire des choses dans ce sens-là.

Que propose François Fillon, que vous soutenez, là-dessus ?

Il a les mêmes idées que moi ! J’ai vu qu’il parle de l’emploi, de la formation, de l’éducation, du logement et de la sécurité sociale. Pourquoi j’insiste sur la sécurité sociale d’ailleurs ? Parce que, pendant 20 ans, j’ai eu une pharmacie de proximité en centre-ville et il y a eu des erreurs fondamentales qui ont été faites car on a cru que les pharmaciens creusaient le trou de la sécu. Mais le pharmacien de proximité, celui qui a une petite pharmacie, c’est très important pour un quartier car ça fait le lien social et la proximité. Je voudrais justement, dans mon exercice de députée, rétablir un peu les choses et que ce pharmacien de proximité retrouve sa place.

Par exemple que le pharmacien puisse faire des petits soins pour désengorger les hôpitaux, comme ça se faisait avant. Ou par exemple revoir le numerus clausus sans que ça augmente le trou de la sécurité sociale pour qu’il y ait des médecins de proximité car il y a la désertification dans les zones rurales mais aussi dans le centre-ville. Je ne sais pas comment je peux le faire, je vais voir, mais ça fait partie des choses sur lesquelles je veux travailler.

À 15 jours de l’échéance du premier tour des élections présidentielles, alors que votre parti est secoué par l’affaire Fillon, vous croyez encore à la victoire de François Fillon ou vous faites partie de cette vague d’élus locaux qui auraient préféré voir un autre candidat les représenter ?

Je crois en la victoire de François Fillon car je pense que c’est lui qui a le meilleur programme. Les Français et les votants sont intelligents, s’ils regardent les programmes et dépassent les problèmes de cette médiatisation qui s’est acharnée sur lui. Pour en revenir à cette médiatisation, je crois en des valeurs fondamentales sur la République française et en la démocratie. On a droit à la présomption d’innocence. Quand c’est tout déballé comme ça, c’est un jury populaire et ça je trouve ça scandaleux. Pour moi il était dans la légalité, il a peut-être fait des erreurs mais il ne fallait pas en parler avant.

Certains élus ont pensé qu’il fallait changer, mais moi je crois en la démocratie. On a choisi de faire des primaires donc on ne change pas comme ça. Je veux bien qu’on pense qu’un autre serait mieux, même si je crois que ça n’aurait pas changé le vote des gens, mais on ne respecte plus la démocratie dans ce cas.

La primaire s’est faite avant que cette affaire ne sorte, peut-être que le vote aurait été différent alors…

Peut-être, mais je reviens sur la présomption d’innocence. Je trouve que ça a été déballé sur l’espace public et ça n’aurait pas dû l’être. La justice n’avait pas à faire ça. Mais peut-être en effet, on ne le saura jamais, maintenant c’est comme ça.


Si vous êtes élue, garderez-vous vos mandats locaux (vice-présidente du Département, présidente de Provence promotion, adjointe au maire de Marseille,..). Car selon la loi de non-cumul des mandats, qui s’appliquera dès juillet 2017 pour les députés, un député ne peut pas exercer notamment une fonction d’adjoint au maire ou de vice-président d’un Conseil départemental.

Si je suis députée, je dois partir du Conseil départemental car c’est le dernier mandat où j’ai été élue et c’est un mandat d’exécutif. C’est ma suppléante, Catherine Chantelot, qui prendra ma place. Je ne pourrai pas rester non plus vice-présidente d’Euromediterranée car il n’y a pas de parlementaire et je devrais démissionner de mon poste d’adjointe au maire, mais je resterai conseillère municipale et métropolitaine.

Ce que j’ai demandé au maire, à voir s’il me l’accorde ou pas, c’est de garder ma délégation car on peut être conseiller municipal et avoir une délégation. J’aimerais le faire pour ne pas être déconnectée de la réalité car mon objectif est de faire descendre la parole de Paris à Marseille donc de m’occuper de ma circonscription. C’est très important pour moi et c’est dans la règle donc je pourrai y accéder.

Vous êtes chargée du commerce, de l’artisanat et des professions libérales à la Ville de Marseille. En février dernier, le Conseil municipal a voté la mise en place d’un périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat. Deux mois après, est-ce que ce périmètre a déjà commencé à porter ses fruits ?

Pas tout à fait car ça a été voté au Conseil municipal mais il fallait le retour des chambres consulaires (chambre des métiers et chambre de commerce). La première nous a renvoyé quelque chose, la deuxième est en train. Donc ça va passer au mois de juin. Mais c’est vrai que déjà, dans l’esprit des gens, ils commencent à comprendre pourquoi on a fait ça. C’est un long travail auquel je pense depuis longtemps car c’est important de préempter des baux commerciaux quand il y a une transaction pour redynamiser le centre-ville.

On s’est rendu compte que si, sur 100 magasins par exemple, on en prend même pas 10%, alors on arrive à redonner une image et des choses qui manquent au centre-ville, alors que l’on n’est pas sûrs d’y arriver si les transactions se font de gré à gré. Mais cette redynamisation ne se fait pas qu’au niveau du commerce. Le centre-ville, ce n’est pas que le commerce, c’est aussi le logement, le ravalement des façades, l’attractivité.

L’idée c’est d’acheter des bâtiments, grâce à Martine Vassal (présidente du Conseil départemental, ndlr) qui a décidé de mettre 100 millions d’euros sur le centre-ville et de nous aider dans cette logique-là. Par exemple la mairie va préempter un immeuble, le département va mettre 70% de l’argent et nous on va faire des appels d’offres en disant, par exemple, qu’il manque une boulangerie ou un magasin de fleurs ou un pressing pour arriver à ce que l’activité reparte dans le quartier.

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Le commerce justement, c’est un problème dans le centre-ville de Marseille. Ne pensez-vous pas avec le recul, être allés trop loin en construisant les Terrasses du Port, les Docks, en rénovant le Centre Bourse et aujourd’hui avec le Centre Commercial du Vélodrome ? N’avez-vous pas des regrets ?

Aucun regret. Entre 1995 et 2001, pour sauver le petit commerce, on a décidé de ne pas mettre de surfaces commerciales intramuros et on a interdit les surfaces commerciales. Ce qu’il s’est passé, c’est qu’elles se sont installées à Plan-de-Campagne, Auchan Aubagne, les Milles et Vitrolles.

Donc en 2001, quand je suis arrivée, on m’a donné comme feuille de route de faire revenir le commerce à Marseille, petites, grandes ou moyennes surfaces. On a fait un état des lieux et on a vu que sur 5 milliards d’euros qui auraient dû être dépensés sur Marseille par les Marseillais, 4 milliards l’étaient sur Marseille et 1 milliard dans tout le reste précédemment cité. Donc on a voulu conforter les centres commerciaux périphériques intramuros comme Grand Littoral, la Valentine et Bonneveine qui se sont rénovés et redynamisés.

Après on m’a dit qu’il fallait une ceinture intérieure donc il y a eu les Terrasses du Port, le centre commercial du Stade Vélodrome et la rénovation du Centre Bourse. Car, dans l’état des lieux, on a vu qu’il fallait aussi équilibrer les territoires et qu’il manquait 200 000 m² de surfaces commerciales à  Marseille intramuros. L’idée était d’agrandir le centre-ville pour en faire un centre-ville à l’échelle métropolitaine qui va des Terrasses du Port au Stade Vélodrome pour que Marseille soit attractive.

Est-ce que cet objectif a été atteint ?

Ces centres commerciaux nous ont permis de faire revenir sur Marseille 800 millions d’euros de chiffre d’affaires et de faire diminuer notre évasion commerciale de presque 300 millions d’euros. Donc on a fait un effet inverse. Surtout, on a recréé de l’emploi, de l’attractivité et on a fait revenir les gens sur Marseille. Mais c’est vrai qu’entre le moment où on a lancé tous ces projets et leur réalisation, on a eu une crise économique importante en 2008 et on a eu le commerce qui s’est transformé avec le e-commerce. Ça aussi ça a un peu inversé les choses, mais on est en train de s’adapter à tout cela pour que justement le commerce revienne dans le centre-ville. On a demandé aux commerçants, par exemple, de faire des choses différentes et il y a tas de petites boutiques qui font des genres de showroom.

Ne pensez-vous pas finalement qu’il faut changer de stratégie ? Par exemple, ouvrir de plus en plus de locaux de bureaux rénovés, même dans l’hyper centre afin d’attirer les travailleurs qui, eux, créent la richesse, fréquentent les restos, les commerces… Car ce qui fait notamment qu’Euromediterranée est un secteur très attractif, c’est que les bâtiments sont neufs et aux normes actuelles.

Il faut bien sûr rénover les locaux en plus des appartements. Il faut rénover les habitats dégradés aussi. C’est pour ça que je veux cette Zone Franche Urbaine (ZFU). Ce n’est pas que pour les commerces, c’est pour les habitants, les bureaux, les professions libérales, pour qu’ils reviennent. Sabine Bernasconi (maire des 1er et 7e arrondissements, ndlr) m’a dit qu’elle a énormément de startups qui veulent s’installer dans le centre-ville car ils ont tous les services sur place. Et il y a des immeubles qui se refont entièrement justement pour cela. Comme par exemple le bâtiment des Galeries Lafayette qui va coupler commerce, coworking, logements connectés, salles de sport… Là on aura des bureaux neufs par exemple. On veut aider à ce qu’il y ait une rénovation du logement et des bureaux dans le centre-ville, avec cette ZFU qui est fondamentale.

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Quand on voit des rues comme celle de la république qui peine à décoller, malgré une super localisation, une rénovation plutôt réussie, un entretien aussi assez efficace, des transports en commun… Ici on peut dire que toutes les conditions sont réunies. Et pourtant, ça fait 10 ans que ça ne marche pas. Qu’est-ce qui bloque ?

Vous savez, le temps économique d’une ville et le temps économique du commerçant n’est pas le même. On part de très loin avec cette rue. Quand je suis arrivée en 2001, les égouts arrivaient dans les caves, il y avait des rats, des commerces insalubres, etc. On a eu la chance de tomber sur deux investisseurs, ANF et Marseille République avec qui on a pu travailler, même si ça a été un peu plus compliqué avec le second.

Le problème, c’est qu’on rénove, que les appartements s’achètent ou se louent, mais on n’est pas encore au seuil critique. Ça veut dire que c’est habité à environ 65% à 70%, mais il faudrait arriver à 90% ou 95% pour que les commerces reviennent. Car pour que des commerces marchent il faut qu’il y ait des gens qui consomment. Donc on est en train de requalifier les choses. À l’heure actuelle, on s’oriente plutôt vers du commerce mais du loisir et de l’achat plaisir aussi parce qu’on voit que dans cette rue de la République, on a besoin encore d’affiner le commerce.

C’est un peu lent je vous l’accorde, mais il va sortir des choses : on va inaugurer la résidence senior, il va sortir l’hôtel, les résidences dans la rue Mazenod. Vous voyez il y a des choses, et c’est vrai que le temps est plus lent, mais ça va venir avec le temps car c’est une très belle rue.

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