La bergerie de la Favouillanne se cache sur les terres acquises par le Grand Port Maritime de Marseille près de Port-Saint-Louis. L’association de la Maison de la Transhumance se bat depuis plusieurs années pour la reconnaissance et l’entretien de l’unique témoin d’un type de construction répandue au XIXe siècle en Camargue.
« Une grande cabane couverte de roseaux, avec des piliers et supports en pierre qui sert à renfermer les bêtes à laine, en très bon état, les montants en pierre de l’entrée venant d’être refaits à neuf depuis peu », écrivaient les chevaliers de Malte en 1784 lorsqu’ils découvrent, perdue au milieu des herbes folles, une grande bergerie à la forme singulière. Des centaines d’années plus tard, elle se dresse encore, imposante, au sein du domaine du Radeau, près de l’actuel Port-Saint-Louis. Toujours debout donc, mais en mauvais état. Jean-Claude Duclos, vice-président actuel et cofondateur de la Maison de la Transhumance, ne peut retenir un soupir en pénétrant dans le bâtiment : «la bergerie est détentrice d’une histoire, d’un patrimoine local. Comment peut-on se permettre de la laisser tomber en ruines comme ça ? »
Il faut dire que la bergerie est une vieille amie de M. Duclos, qu’il rencontre vers 1975, quand il travaillait au Parc naturel régional de Camargue. Une poussière dans l’histoire de l’édifice ! « Il n’y avait pas de bergerie avant en Camargue. Les bêtes couchaient dehors. Ce sont les Romains, à leur arrivée en Gaule, qui ont propagé cette technique », raconte le spécialiste du pastoralisme. L’abri aurait-il donc plus de 2000 ans ? « Non, la bergerie aurait été construite au début du XIXe siècle pendant la période de la mérinisation, c’est-à-dire de la création de la race ovine mérinos d’Arles en croisant le mérinos d’Espagne avec la brebis locale ».
L’intérieur de la Bergerie. Ses dimensions sont : 50m de longueur, 12m de largeur et 8m de hauteur.
Un trésor historique à protéger
Lorsque le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM), autrefois Port Autonome, acquiert les terres sur lesquelles est construite la bergerie en 1971, c’est pour disposer de terrain afin de développer sa zone industrielle autour de Fos-sur-Mer. Mais les projets sont abandonnés et les 2000 hectares, inemployés. Le GPMM loue quelques parcelles à des éleveurs et des agriculteurs, sous forme de bail d’un an renouvelable. Mais grande précarité se conjugue mal avec avenir, et ceux qui occupent le terrain n’en prennent donc pas vraiment soin. « Regardez autour de vous, c’est l’anarchie ! », s’exclame M. Duclos en désignant les carcasses de machines agricoles et les détritus qui peuplent les alentours.
Les 50 membres de l’Association de Défense de la Bergerie de la Favouillane, fondée à la fin des années 1970, ne cessent d’œuvrer pour préserver le bâtiment. « La bergerie correspond au dernier vestige encore debout d’une architecture particulière, à savoir la couverture de roseau », explique M. Duclos. Mais ce matériau, fragile, possède une durée de vie d’à peine une trentaine d’années et requiert des techniques de pose artisanales spécifiques et propres à l’artisanat camarguais.
Un avenir incertain
Depuis 1974 à 1980, des démarches aboutissent à la restauration de la bergerie par le Port Autonome de Marseille. En 2010, un nouveau diagnostic est demandé concernant une rénovation de la charpente et des murs. Des travaux sont ensuite annoncés pour l’hiver 2016 avec un budget estimé à 550 000€. « Tout s’assemble progressivement dans le bon sens, c’est normal que ça prenne du temps », se rassure Jean-Claude Duclos. « Ça fait 5 ans qu’on harcèle le GPMM. Nous sommes en bonne voie pour sauver la bergerie mais rien n’est encore fait. Il faut continuer à en parler, à sensibiliser la région, à unir nos efforts ». Son association prévoit par ailleurs une grande rencontre publique au Musée Antique d’Arles, intitulée « La bergerie de la Favouillane, 2000 ans de pastoralisme », le 25 janvier prochain.
L’arrière de la Bergerie fait dos au Nord et au fort mistral, d’où sa forme singulière.
Une réunion serait programmée le 10 janvier 2018 entre la Maison de la Transhumance et le GPMM. « Le Port aurait tout intérêt à permettre cette mise en valeur pastorale et patrimoniale, en parallèle de l’accent qui est mis sur leurs actions écologiques », conclut M. Duclos.
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