À 2 500 mètres de fond au large de Ramatuelle dans le Var, les archéologues sous-marins ont réalisé une étude ultra détaillée et en 3D de l’épave Camarat 4, datant du 16e siècle.
À son bord, plusieurs centaines de pichets en faïence et d’assiettes en provenance d’Italie du nord, mais également de « fer en barres », et autres marchandises. Une cargaison protégée des pirates ou ennemis par une artillerie de canons à l’avant et à l’arrière du navire. Ce dernier naviguait vers l’ouest il y a 500 ou 600 ans, avant de sombrer, pour des raisons encore inconnues, au large de Ramatuelle dans le Var.
Il repose désormais là, à 2 500 mètres de profondeur. Il s’agit donc de l’épave archéologique connue la plus profonde dans les eaux françaises, baptisée Camarat 4. Ce navire du 16e siècle a été découvert « de manière fortuite » en 2025 par le groupe d’intervention sous la mer (GISMER) lors d’une opération de maîtrise des fonds marins portée par la marine nationale.
De quoi susciter la curiosité du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM). Sous la direction de Marine Sadania, il a participé à une nouvelle expédition d’ampleur ces dernières semaines, aux côtés de la marine nationale. Cette fois, avec un robot sous-marin téléguidé, le ROV de la société Travocean, capable de descendre jusqu’à 4 000 mètres.
Pichets décorés, chaudrons… Une épave détaillée en 3D
En plus de quelques prélèvements, ce dernier a permis un relevé ultra détaillé du site en trois dimensions et en couleurs. Plus de 66 000 clichés ont été réalisés via un « dispositif d’acquisition stéréoscopique » d’IVM Technologies. Un dispositif qui permet « pour la première fois une vision globale en volume du site archéologique ainsi que l’exploration et la mesure de précision des détails du matériel (ancres, canons, céramiques, chaudrons) », se réjouit le DRASSM.
Cette modélisation 3D, en cours d’analyse, a déjà révélé des secrets de l’épave. « De trois motifs de décors de pichets initialement repérés en 2025, nous en dénombrons désormais plus d’une dizaine », explique le département archéologique sous-marin.
Autre découverte : « le chaudron en fer forgé en cache en réalité un autre empilé à l’intérieur avec toujours cette même quête d’optimiser un maximum l’espace à bord ».
« Une découverte fondamentale pour cette période »
Camarat 4 permet ainsi aux archéologues de mieux comprendre les conditions et techniques de navigations du 16e siècle. « Le modèle 3D la source d’une documentation abondante. Elle permet autant de s’interroger sur la répartition des mobiliers et sur leur place initiale à bord, que de formuler des hypothèses sur le processus du naufrage et d’effondrement des structures en bois du navire ainsi que leur disposition ».
De quoi qualifier l’épave de « témoin clé de l’histoire maritime. Une découverte fondamentale pour cette période […] Outre la compréhension fine de ce site, c’est sa mise en perspective avec son contexte historique et les autres épaves majeures déjà connues sur le littoral qui offrira in fine une occasion rêvée de confronter l’Histoire à l’archéologie sous-marine », conclut le DRASSM.