L’intelligence artificielle s’installe peu à peu dans les services juridiques et les cabinets d’avocats. À Marseille, plusieurs professionnels ont confronté leurs expériences lors d’une table ronde organisée par Fidal, jeudi 17 septembre.
L’intelligence artificielle va-t-elle finir par remplacer les juristes ? La question revient régulièrement à mesure que ces nouveaux outils se diffusent dans les entreprises. Pour les professionnels réunis à Marseille à l’occasion du dernier Café Atelier de Fidal, le scénario qui se dessine est plutôt celui d’une transformation du métier.
Car les premiers usages sont déjà bien réels. Recherche d’informations, traitement de documents, automatisation de certaines tâches… L’objectif est avant tout de gagner du temps sur les missions les plus répétitives pour en consacrer davantage à l’analyse, au conseil et à la prise de décision.
Dégager du temps pour l’expertise
À Marseille, CMA CGM compte par exemple 80 juristes. Dans un groupe en pleine croissance, le recours à l’intelligence artificielle doit notamment permettre aux équipes d’absorber une activité croissante sans perdre de vue ce qui fait le cœur de leur métier : l’expertise juridique.
Chez La Boîte Immo, le changement est encore plus profond. L’entreprise a intégré l’IA à son fonctionnement au point de faire évoluer son modèle économique. Ses 250 collaborateurs peuvent désormais s’appuyer sur ces outils pour gagner en efficacité en interne, mais aussi pour développer de nouveaux services à destination des clients.
Dans les deux cas, l’enjeu n’est donc pas simplement de faire plus vite. Il s’agit aussi de déterminer quelles tâches peuvent être confiées à la machine et lesquelles doivent rester entre les mains des professionnels.
De nouveaux usages, mais aussi de nouvelles règles
Cette évolution ne se résume toutefois pas à l’adoption de nouveaux logiciels. Elle oblige les entreprises à encadrer leur utilisation et à se préparer à un environnement réglementaire qui se précise progressivement.
Lors de la table ronde, les intervenants ont notamment insisté sur la nécessité d’informer et de former les salariés. Car utiliser une intelligence artificielle au travail pose rapidement des questions très concrètes : quelles données peut-on lui transmettre ? Pour quels usages ? Avec quelles précautions ?
Les entreprises doivent également anticiper les risques liés à ces pratiques, y compris en matière de santé et de sécurité au travail. Des règles internes ou des chartes peuvent ainsi venir préciser ce qui est autorisé, ce qui ne l’est pas et les bonnes pratiques à respecter.
Pour les avocats, la question de la valeur ajoutée
Les cabinets d’avocats sont eux aussi directement concernés. Avec des outils d’intelligence artificielle désormais accessibles au grand public, ils doivent réaffirmer ce qui distingue leur travail d’une réponse générée en quelques secondes.
Pour les participants de la table ronde, cette valeur ajoutée tient notamment à la fiabilité des sources, à l’expertise du professionnel et à sa capacité à interpréter une situation particulière, mais aussi à sécuriser l’utilisation de ces nouveaux outils.
Fidal a d’ailleurs développé son propre assistant juridique génératif, Fidal IA. Le cabinet entend ainsi associer la rapidité de la technologie à ses ressources juridiques et à un environnement dans lequel les données peuvent être maîtrisées.
L’intelligence artificielle ne reste donc plus à la porte des directions juridiques et des cabinets d’avocats. Elle entre progressivement dans leur quotidien. Reste désormais à déterminer jusqu’où lui laisser de la place, et surtout comment faire évoluer les métiers sans perdre ce qui en constitue la valeur : l’analyse, le conseil et la responsabilité du professionnel.