Dans un contexte politique et budgétaire incertain, le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a présenté les grandes priorités pour l’année universitaire 2025-2026 au Pharo.
C’est à Marseille qu’a sonné la rentrée de France Universités, association qui fédère les dirigeants d’établissements d’enseignement supérieur pour porter la voix des universités dans le débat public.
À cette occasion, le ministre Philippe Baptiste est venu prononcer un discours devant les 115 présidents réunis au campus du Pharo de Aix-Marseille Unversité. L’occasion de dresser les perspectives de l’année universitaire 2025-2026, mais surtout d’aborder les nombreuses interrogations qui traversent l’enseignement supérieur, notamment concernant les financements des universités.
« L’éducation reste une priorité pour l’État »
« La rentrée s’annonce particulière », reconnaît le ministre, alors que le gouvernement actuel pourrait tomber lors du vote de confiance sur les finances publiques prévu le 8 septembre. « L’éducation reste une priorité pour l’État », assure Philippe Baptiste, citant une augmentation prévue de 500 millions d’euros des crédits de la Mires (Mission interministérielle Recherche et Enseignement supérieur) dans le budget 2026.
Avant de rappeler l’importance de la loi de programmation de la recherche 2021-2030, qui a permis de « remettre de l’argent dans la recherche et l’enseignement après des décennies de sous-investissement et de renforcer considérablement l’attractivité de la France en matière de recherche ».
Alors que le projet de loi de finances 2026 prévoit un relèvement du CAS pensions de quatre points, Philippe Baptiste affirme être « monté au créneau » à Bercy et avoir obtenu une « compensation partielle » de cette marge pour les universités.
Responsabilité budgétaire
Néanmoins, « les économies à trouver se comptent en dizaines de milliards », concède le ministre. Dans ce cadre, il demande aux universités de « tout faire pour mobiliser le plus efficacement possible leur trésorerie » et de « mieux valoriser leur patrimoine immobilier », en insistant sur la nécessité de « responsabilité budgétaire ». Une réalité « quelle que soit l’issue politique dans les prochaines semaines ».
Parmi ses priorités, Philippe Baptiste a également abordé la réforme du financement de l’apprentissage, actuellement discutée à l’Assemblée nationale. Le ministre travaille en ce sens avec la ministre du Travail pour faciliter et développer l’accès à un apprentissage « de qualité » dans les établissements publics.
Attirer et accueillir les étudiants internationaux
Autre enjeu majeur : l’attractivité internationale des établissements français. Le ministre a mis en avant le programme Choose France for Science, destiné à attirer les meilleurs chercheurs et doctorants du monde entier, y compris des États-Unis. L’État y a investi 100 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 500 millions provenant de l’Union européenne.
« Les décisions de l’administration américaine en matière de recherche ont des conséquences qu’il est encore difficile de mesurer. De grands programmes s’effondrent. Accueillir ces chercheurs est à la fois une opportunité pour nous et une nécessité, car ces programmes sont essentiels pour la France et pour le monde ».
Fin août, plus de 1 700 comptes avaient été créés sur la plateforme Choose France, et une soixantaine de candidatures sont actuellement à l’étude. « Nous voulons accompagner les universités pour accueillir une centaine de chercheurs dans de bonnes conditions, avec bourses, accompagnement personnalisé et logement adapté », précise le ministre.
« Environ la moitié des doctorants dans les disciplines scientifiques en France sont étrangers. Nous avons besoin des étudiants internationaux si nous voulons continuer à tenir notre rang en science et technologie », martèle-t-il. Le ministre a également rappelé le classement de Shanghai publié cet été : la France se maintient à la 11e place mondiale, derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne.
Une année d’incertitudes
Alors que 60 universités françaises affichaient un déficit budgétaire en 2024, beaucoup de questions restent en suspens avant le vote du budget 2026. Les présidents d’université ont notamment interpellé le ministre sur la réforme des bourses ou encore la précarité étudiante.
Peu d’annonces concrètes ont été faites, mais Philippe Baptiste a tenu à afficher une volonté de dialogue. « Nous devons rester au cœur de la défense de l’autonomie et des libertés académiques, dans un dialogue exigeant mais constructif avec l’État », affirme-t-il.
Le déplacement ministériel s’est poursuivi par une visite au Camp des Milles, en mémoire des persécutions de la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de l’engagement des universités contre l’antisémitisme.