À Marseille, la faculté de médecine de la Timone forme désormais les futurs oncologues aux liens entre environnement et cancer. Début octobre, une trentaine d’internes ont suivi une première session de formation.

« Dans l’enseignement, une grande partie des formations vise à traiter les cancers plutôt qu’à les éviter », plante le professeur Anthony Gonçalves, oncologue à l’Institut Paoli-Calmettes (IPC) et enseignant à la faculté de médecine de la Timone.

Pour la première fois, une session de cours dédiée aux liens entre environnement et cancer a été organisée par Aix-Marseille Université (amU) auprès d’une trentaine d’internes en oncologie médicale et en oncologie-radiothérapie. Cette formation interroge la place de la prévention dans le cursus des futurs oncologues.

Le docteur Pierre Souvet, cardiologue et président-cofondateur de l’Association Santé Environnement France (ASEF) basée à Aix-en-Provence, a sollicité le doyen de la faculté de médecine d’Aix-Marseille Université (AMU) pour renforcer la place des questions environnementales dans la formation des médecins. Le cours a d’abord été dispensé aux internes en cardiologie, avant d’être étendu à l’oncologie.

Pesticides, PFAS, cadmium… De quoi parle-t-on ?

Dispensée début octobre à la faculté de médecine de la Timone, à Marseille, la formation s’est axée sur trois types de cancers : celui du poumon, celui du pancréas et les hémopathies, des maladies qui touchent notamment le sang et le système lymphatique.

« Le lien entre pollution et cancer était déjà enseigné dans les phases initiales du cursus, soit durant les six premières années, mais de manière moins approfondie. Disons que ça faisait l’objet de paragraphes de cours », précise Anthony Gonçalves, qui est également responsable du département d’oncologie médicale de l’Institut Paoli-Calmettes (IPC).

Composer avec « les incertitudes scientifiques »

En France, les liens entre certains facteurs de risque et les cancers sont bien établis. C’est le cas du tabac, de l’alcool ou encore de certaines expositions professionnelles. L’amiante, par exemple, peut provoquer des cancers du poumon. « Lorsqu’un cancer est lié à une exposition professionnelle, il peut, sous certaines conditions, être reconnu comme maladie professionnelle », rappelle le professeur.

Pendant le cours, un interne soulève justement la question : que répondre à un patient qui soupçonne un lien entre son cancer et une exposition aux pesticides ? Le médecin peut l’interroger sur son métier, les produits utilisés et la durée d’exposition. Des éléments qui permettent de mieux documenter son parcours et, si nécessaire, de l’orienter vers des interlocuteurs spécialisés, sans pour autant établir que cette exposition est à l’origine de son cancer.

« Nos futurs oncologues devront apprendre à composer avec des incertitudes scientifiques face à des patients qui ne demandent que des réponses à leurs questions. Les pesticides, les perturbateurs endocriniens ou encore le cadmium font partie des interrogations les plus fréquentes », souligne le professeur.

Tenir compte du lobbying

Pour Anthony Gonçalves, enseigner les liens entre environnement et cancer suppose aussi de ne pas déconnecter la médecine du contexte dans lequel les risques sanitaires apparaissent. « L’objectif n’est pas de dicter une position politique aux futurs oncologues, mais de leur faire savoir que les choix industriels, les réglementations et les intérêts économiques peuvent peser sur les débats autour de certaines substances », explique le professeur.

Cette première initiative ouvre la voie à d’autres approfondissements thématiques. La prochaine session pourrait être consacrée au cancer du sein en 2027.

Dans la région Paca, l’Université Côte d’Azur propose un diplôme interuniversitaire de médecine environnementale qui aborde les polluants chimiques, les perturbateurs endocriniens et leurs liens avec différentes pathologies, dont les cancers.

Bouton retour en haut de la page