Un immense campus dédié à l’intelligence artificielle et à l’innovation digitale va sortir de terre à Gèze, au nord d’Euromed 2. La première pierre a été posée en présence d’une foule d’invités.

Ce vendredi 9 octobre, c’est une pose de la première pierre aux allures d’inauguration que s’est offert à Marseille le projet Theodora, porté par le groupe Unitel. Son président, Kevin Polizzi, enchaîne les embrassades et les seflies. « J’avais demandé à mes équipes à combien de personnes on pouvait s’attendre pour ce type d’événement, nous confie-t-il. On m’avait répondu une cinquantaine. Aujourd’hui, je crois qu’on est plus de 600 ».

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Il faut dire que le chantier qui est sur le point de démarrer avait encore des airs d’utopie il y a tout juste quelques années. Au cœur des quartiers Nord, face à la station de métro Gèze, 111 millions d’euros vont être investis par Unitel Smart Building pour ériger un grand campus dédié à l’intelligence artificielle sur une ancienne friche.

Ultra-moderne, le bâtiment, réunira fin 2029, sur 35 000 m2, des bureaux, des logements, une école du numérique, une crèche, une salle de sport, ainsi que des espaces événementiels et de restauration. 6000 m2 de parc sont également annoncés autour du ruisseau des Aygalades qui sera exhumé et renaturé, dans la continuité du parc de 16 hectares qui doit voir le jour juste à côté.

intelligence artificielle, À Gèze, Kevin Polizzi pose la première pierre du futur campus Theodora dédié à l’IA, Made in Marseille
Fouilles archéologiques au niveau de l’emplacement du futur campus (© WMH Project)

« Il faut renverser la table ! »

Pour défendre la démesure de son projet, Kevin Polizzi s’appuie sur quelques chiffres qu’il projette sur grand écran. Le marché mondial de l’IA devrait quadrupler d’ici 2030 pour peser 1 812 milliards de dollars annuels. « Imaginez si la France est capable d’aller en chercher 10%. C’est totalement possible ! Et en taxant ces profits, vous réglez au passage la dette souveraine de la France », se prend à rêver le chef d’entreprise.

Pour que la France reste dans la course, il veut faire de Theodora « un kit à outils, un support à la création de valeur ». Et la cité phocéenne apparaît comme un lieu d’ancrage évident. « Marseille est passé du 44e au 6e hub numérique mondial en seulement dix ans, rappelle-t-il. On a 19 câbles sous-marins qui nous connectent à 5 milliards d’utilisateurs dans 57 pays et on n’en profite pas alors qu’on pourrait créer les 50 000 emplois dont la ville a besoin. Il faut renverser la table ! ».

Fort de sa position géographique, le campus Theodora sera directement branché sur « cette autoroute de l’information ». Sous la Tour Signal, qui devrait devenir un marqueur architectural fort dans le quartier, une « chambre télécom » sera aménagée et reliée aux câbles qui arrivent par le Grand Port Maritime.

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Projection du futur campus avec la Tour Signal à gauche. © Théodora

Une gestion intelligente du bâtiment

Les travaux ont déjà débuté et 2000 m2 de hangar ont déjà été déposés. Les porteurs du projet tentent de dépeindre un chantier exemplaire. « Les dalles de béton ont été concassées sur place, puis réemployées dans l’aménagement du site », souligne Pierre Le Hir, directeur technique d’Unitel Smart Building. Le groupe met également en avant l’utilisation d’un béton fibré ultra hautes performances qui permettrait, selon lui, de « réduire l’empreinte carbone des travaux de 50% ».

Le futur bâtiment sera quant à lui hyper connecté, avec une « gestion intelligente » de l’éclairage, de la climatisation et du wifi. Des détecteurs de présence seront installés partout pour que les plateaux inoccupés s’éteignent au bout de dix minutes. Des agents IA seront également actifs pour anticiper les pannes. Le campus disposera par ailleurs de son propre réseau social.

« Cette réalisation est de son temps, estime l’incontournable architecte Roland Carta, qui a dessiné le projet. Theodora est une expérimentation dont nous cherchons à écarter le risque mais, il aurait été trop facile de la conduire en excluant l’innovation », poursuit-il, un brin lyrique, tout en saluant « six années de travail, d’études et de négociations ».

Gèze, nouvelle connexion entre le nord et le sud ?

Si Kevin Polizzi a décidé d’installer son campus futuriste au milieu d’un quartier encore très paupérisé, c’est qu’il croit dans la transformation du secteur. « Gèze, c’est le futur Châtelet de Marseille », se risque à prophétiser l’entrepreneur, en référence à l’un des principaux pôles de correspondance du métro parisien. « C’est ici que tous les transports vont converger », et convergent déjà avec le métro, le tramway et les bus à haut niveau de service (BHNS).

Isabelle Campagnola-Savon, présidente d’Euroméditerranée, dont le périmètre d’intervention s’arrête juste aux portes de Theodora, parle elle aussi de « nouvelle centralité », dont le campus sera une « pièce maîtresse ». Et de rappeler que Free Pro, le siège régional de la RTE et l’école de La Plateforme ont également misé sur ce quartier dont la mutation se poursuit. L’établissement public est à pied d’œuvre pour livrer en 2030, face au bâtiment d’Unitel, une place arborée.

« C’est un nouveau morceau de ville qui se construit ici, abonde Julien Harounyan, adjoint au maire délégué à l’attractivité économique. Des chercheurs, des entrepreneurs et des étudiants feront bientôt vivre ce secteur, c’est une excellente nouvelle ». Samia Ghali, maire adjointe déléguée aux projets structurants, veut aller plus loin pour animer Gèze, en y installant une arena. « C’est ce quartier qui va devenir la connexion entre le nord et le sud de Marseille », veut-elle croire. Ce 9 octobre, nombreux étaient ceux qui commençaient à se projeter.

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