Un lieu-ressources destiné aux associations et aux habitants de Noailles a été inauguré ce vendredi 9 octobre au 63-67 rue d’Aubagne. Aménagé sur le site des effondrements qui ont fait huit morts le 5 novembre 2018, il accueillera des activités solidaires tout en préservant la mémoire des victimes.
Dans la cour, derrière la façade donnant sur la rue d’Aubagne, un fragment de mur a été conservé. Il séparait les numéros 63 et 65 avant l’effondrement des deux immeubles, le 5 novembre 2018, où huit personnes y ont perdu la vie.
C’est à cet endroit qu’un Lieu-Ressources a été inauguré ce vendredi 9 octobre, en présence de familles de victimes, d’élus et d’habitants du quartier. Présentée en mai 2024, l’architecture du bâtiment associe verre, bois et métal dans des teintes vertes. Il a été conçu pour accueillir des activités associatives et des rencontres entre habitants, en maintenant sur place la mémoire du drame.
Les familles prennent la parole
Lors de la cérémonie, les témoignages des familles ont rappelé la place particulière de ces adresses dans leur histoire et celle du quartier.
Maria Carpignano, la mère de Simona Carpignano, l’une des victimes, a choisi la chanson Ma il cielo è sempre più blu, de Rino Gaetano. Interprété à la guitare par Giulia Davide, ce morceau était l’hymne de la vie de sa fille, « qui avait toujours combattu pour la dignité humaine », explique-t-elle.
« Simona vivait ici, au 63 rue d’Aubagne, et profitait du jardin depuis son balcon », raconte Maria Carpignano. Elle souhaite que ces adresses soient un lieu de recueillement, mais aussi de liberté de parole, de rencontre et d’entraide pour les générations à venir.
Liana Lalonde, la mère de Julien Lalonde-Flores, l’une des huit victimes, a également pris la parole. « Nous sommes de passage », rappelle-t-elle. Sa famille a depuis quitté Marseille. Elle continue d’emporter partout une photo de son fils et évoque une douleur qui demeure : « On apprend à vivre avec ».
À l’approche du procès en appel, prévu du 2 novembre au 19 décembre 2026, elle dit garder espoir et attendre que la justice fasse son travail.
« Réparer sans effacer »
Au cours de l’événement, quatre représentants du collectif d’habitants sont également intervenus pour rappeler les conséquences durables des effondrements, « le traumatisme, les démarches pour obtenir des informations, la défense des droits et la colère face aux défaillances d’un système dépassent la seule catastrophe matérielle et humaine ». Ils appellent à « réparer sans effacer ».
Le maire de Marseille, Benoît Payan, a évoqué la lutte contre le mal-logement. « Ces adresses ont été livrées à la rapacité de ceux qui profitent des gens modestes », a-t-il dénoncé, avant d’ajouter : « Le mal-logement représente un combat difficile pour notre ville ».
Un espace partagé par dix associations
D’une superficie d’environ 275 m2, le lieu-ressources a été aménagé par la mairie du 1/7 en concertation avec les familles des victimes et les habitants. Le bâtiment comprend deux grandes salles. Celle du rez-de-chaussée peut être divisée grâce à des panneaux coulissants, afin de s’adapter aux différents usages.
Des ateliers, des rencontres publiques, des conférences, des spectacles et des expositions temporaires y seront organisées. Une cuisine solidaire est également envisagée. Au total, dix associations et initiatives collectifs des habitants de Noailles se relaieront dans les locaux selon un fonctionnement tournant, afin de partager les espaces et d’y développer leurs activités. Une première association est déjà installée.
Des portes ouvertes organisées cet après-midi permettent aux habitants de découvrir les locaux.
