Championne de France et numéro un française dans sa discipline, Ksénia Chasteau découvre le tennis-fauteuil après un accident de moto en 2021. Pendant sa longue rééducation, la Marseillaise n’abandonne pas sa raquette et se tourne progressivement vers le haut niveau.

Sur le court de Gémenos, ce mercredi matin, Ksénia Chasteau semble parfaitement dans son élément. Malgré les bruits du poulailler voisin et le soleil déjà chaud pour cette matinée de septembre, la joueuse reste concentrée. À 20 ans, la Marseillaise sort d’une année qui l’a vue atteindre pour la première fois une finale de Grand Chelem.

C’était en juin, à Roland-Garros. Après avoir éliminé la numéro trois mondiale en demi-finale, la Française se retrouve face à Diede de Groot. « À partir du moment où je me suis qualifiée en finale, je me suis dit que je vivais quelque chose de grand », raconte-t-elle. Beaucoup plus expérimentée, la Néerlandaise en était à son 24e Grand Chelem. Ksénia Chasteau, elle, découvrait l’exercice.

La finale tourne finalement à l’avantage de la légende du tennis-fauteuil. Pour la jeune joueuse, le bilan reste pourtant largement positif. « Même si je suis un peu déçue d’avoir perdu, il y a beaucoup de joie », résume la tenniswoman. Quelques semaines plus tard, elle décroche la première place du classement français en tennis-fauteuil dames.

Le tennis avant le fauteuil

Dans sa famille, personne ne pratiquait le tennis. C’est lors d’un stage au club Toursainte qu’elle aborde, encore enfant, le sport de raquette. Ksénia accroche immédiatement. « J’ai demandé ensuite à m’inscrire et mes entraîneurs ont vite vu le potentiel ».

Les compétitions arrivent rapidement, mais ses parents évitent la logique de performance. Son parcours aurait alors pu rester celui d’une joueuse amatrice. Mais en 2021, tout bascule. Ksénia et son père sont victimes d’un accident de moto. Tous deux perdent leur jambe gauche.

« Sauf que je ne me suis jamais arrêtée de frapper ces petites balles jaunes. Quand j’étais à l’hôpital, je les tapais contre le mur », se souvient la sportive. Pendant ses longs mois de rééducation, une association lui propose de découvrir le tennis-fauteuil. « J’ai essayé une fois et j’ai adoré. Pour moi, c’était la même discipline ».

Le fauteuil devient alors son nouvel outil de jeu. « Les joueurs de haut niveau peuvent se faire fabriquer une coque qui épouse leur morphologie. Je ne fais qu’un avec lui ». Spécialement conçu pour le tennis, il se distingue également d’un fauteuil du quotidien par ses roues inclinées. « Elles me font gagner en mobilité et, avec elles, je peux faire des virages très serrés », explique l’athlète.

tennis, Après son accident, la joueuse marseillaise Ksénia Chasteau se hisse au sommet du tennis-fauteuil, Made in Marseille

« Il est possible de rêver grand »

Après des premières compétitions régionales puis nationales encourageantes, Ksénia remporte en junior l’US Open de 2023 puis, l’année suivante, la première édition junior de Roland-Garros. La Fédération internationale de tennis la désigne alors « joueuse junior de tennis-fauteuil de l’année ». C’est à ce moment-là qu’elle se dit qu’« il est possible de rêver grand ». Environ deux ans et demi après son accident, la sportive se professionnalise.

Avec les deux années parisiennes qui suivirent, l’athlète confie avoir pris conscience de son attachement pour le Sud. Toujours licenciée à l’ASPTT La Fourragère, son club marseillais, Ksénia choisit de revenir s’entraîner sur les courts de Gémenos. La variété des revêtements présents lui permettra ainsi de mieux se préparer aux prochains tournois du circuit.

Des choix pour continuer

En parallèle du sport de raquette, la joueuse avait validé deux années d’études de psychologie. Concilier le calendrier des rencontres et celui de l’université se révèle impossible. « Je dois les mettre entre parenthèses. C’est dommage parce que le contenu des cours était top. J’adorais ça », regrette-t-elle.

Les titres, eux, s’accumulent et Ksénia souhaite mener cette carrière jusqu’au bout. « J’aimerais tous les gagner », se laisse aller à rêver la jeune championne française à propos des Grands Chelems.

Dès cette rentrée 2026, l’US Open et la Coupe du monde par équipes doivent justement lui offrir de nouvelles occasions de s’approcher de cet objectif. Au-delà, Ksénia pense aussi aux Jeux paralympiques. « J’ai vécu Paris 2024 à mon échelle. Une première médaille aux Jeux de 2028 à Los Angeles, n’importe quelle couleur, je signe tout de suite ».

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