À Marseille, de plus en plus de salons de coiffure collectent les cheveux coupés pour les confier à une filière de recyclage. L’entreprise Capillum est en charge de trouver des solutions pour dépolluer les hydrocarbures et protéger des plantations.
À Marseille, les clients de certains salons de coiffure ne le savent pas forcément, mais les mèches qui tombent au sol après leur passage ne finiront pas forcément à la poubelle. C’est le cas du coffee shop et salon de coiffure Café Dé-Coiffé, ouvert depuis mars 2026, dans le 1er arrondissement.
À quelques mètres des bacs de rinçage, une boîte en carton attire discrètement l’œil. À l’intérieur se trouvent des sacs destinés à recueillir les cheveux coupés. Une fois remplis, ils prendront la direction de Clermont-Ferrand, où ils seront triés et transformés par Capillum, entreprise spécialisée dans la valorisation du cheveu.
« Le salon, je l’ai pensé le plus responsable possible. C’était une évidence », raconte Lorelei Jajoudet, fondatrice de Café Dé-Coiffé. Originaire de Nice, la jeune femme évolue dans le domaine de la coiffure depuis 11 ans. Elle avait déjà l’habitude de travailler avec des associations engagées, notamment pour la fabrication de perruques.
« Si le cheveu peut être recyclé, c’est notamment grâce à sa structure fibreuse et à sa capacité naturelle à retenir les corps gras », explique-t-elle. Pour cette année, elle anticipe une collecte de l’ordre de deux sacs, en raison notamment de la taille et de l’activité du salon.
Une vingtaine de salons partenaires à Marseille
Café Dé-Coiffé n’est pas un cas isolé. Capillum compte plus d’une vingtaine de salons partenaires à Marseille depuis 2021, parmi lesquels plusieurs enseignes nationales, dont Jean Louis David et La Belle Boucle.
Dans le 12e arrondissement, le salon M’Art, dirigé par Maxime Martin, travaille avec Capillum depuis un an. Pour la deuxième année consécutive, le professionnel s’apprête à envoyer trois sacs de cheveux en 2026.
Chaque bac fait à peu près la taille d’une petite table de chevet : 73 cm de haut pour 35 cm de large et de profondeur. Le principe est simple. Capillum fournit aux salons un bac en carton et des sacs de collecte de 100 litres.
Un sac de 100 litres représente environ huit kilos de cheveux lorsqu’il est correctement rempli. Les plus petits salons peuvent utiliser jusqu’à six sacs par an, tandis que les plus gros atteignent environ douze sacs. Ainsi, environ 20 tonnes de cheveux arrivent chaque mois à Clermont-Ferrand.
« Le ramassage dépend directement du rythme de remplissage du salon. Dès qu’un salon dispose de deux sacs pleins, il peut déclencher sa collecte sur son espace membre. Notre transporteur partenaire vient alors les récupérer directement sur place pour la formule collecte », précise Clément Baldellou, président et cofondateur Capillum.
Des cheveux pour dépolluer
Les propriétés des cheveux permettent à l’entreprise de transformer cette matière, habituellement considérée comme un déchet, en ressource pour capter les hydrocarbures et protéger les sols et les végétaux.
La compagnie travaille aussi sur des applications agricoles et forestières en France et dans la région Paca. Les cheveux peuvent ainsi entrer dans la fabrication de solutions de paillage et de protection pour les végétaux. Ces rubans et dalles de protection sont déjà utilisés dans une plantation de pistachiers dans le Var.
Depuis avril 2026, la start-up s’est aussi lancée dans le rembourrage de doudounes, comme l’avait révélé Le Parisien.
Un modèle économique structuré
Derrière cette collecte se trouve aussi un modèle économique bien ficelé. Les salons adhèrent chaque année au dispositif, le bac de collecte étant compris.
La formule avec collecte directement au salon coûte 149 euros par an. Elle comprend notamment le matériel de collecte, les sacs, leur enlèvement et leur acheminement jusqu’au site de valorisation. Une formule à 99 euros existe également pour les salons qui déposent eux-mêmes leurs sacs dans un point relais.
Depuis le 1er septembre 2026, Capillum a également mis en place une cagnotte destinée à reverser 1 euro par kilogramme de cheveux collecté aux salons adhérents. Une manière de rémunérer, même modestement, les professionnels pour leur engagement dans cette filière de recyclage.