Emplacements saisonniers, expérience chez l’habitant… Si quelques initiatives permettent de camper à Marseille, la Ville affiche comme objectif du mandat le retour d’une offre d’hébergement de plein air.
Planter sa tente à Marseille, c’est possible, mais plus dans un camping municipal ou privé. Alors que la deuxième ville de France ne compte aujourd’hui plus aucun terrain de camping, de nouvelles initiatives tentent de recréer une offre d’hébergement à la fois touristique et accessible.
Dans le vallon des Mayans, collines situées entre le 15e arrondissement de Marseille et à Septèmes-les-Vallons, la coopérative d’habitants Hôtel du Nord expérimente un camping chez l’habitant. Actuellement en travaux durant l’été, Fati, sociétaire du collectif, ouvre son terrain aux vacanciers.
« L’activité est ouverte toute l’année. L’habitante accueille également dans sa chambre d’hôtes des patients et leurs proches venus se faire soigner à l’Hôpital Nord », détaille Prosper Wanner, gérant de la coopérative d’habitants Hôtel du Nord, qui regroupe 80 sociétaires.
À quelques kilomètres de là, une autre initiative tente de renouer avec l’hôtellerie de plein air. À l’auberge de jeunesse du château de Bois-Luzy (12e), une trentaine d’emplacements sont proposés l’été pour des tentes et des camping-cars.
Retrouver une offre touristique malgré le coût du foncier
Le retour de l’offre de camping à Marseille avait déjà été évoqué pendant la campagne municipale. « Dans notre Carnet des hospitalités, nous avons proposé à la Ville de retrouver, lors du prochain mandat, la capacité d’accueil des trois campings municipaux des années 1990, soit environ 350 places », ajoute Prosper Wanner.
Le collectif propose également de réallouer 2,8 millions d’euros, soit 20 % des 14 millions d’euros perçus au titre de la taxe de séjour, à la création d’une nouvelle délégation municipale de l’hospitalité, incluant le tourisme.
Dans une réponse adressée le 4 mars 2026 au collectif Marseille Hospitalités, Benoît Payan (Printemps Marseillais), alors candidat à sa réélection, s’était dit favorable à une diversification des formes d’accueil et à la création d’un Observatoire des hospitalités. Il y écrivait partager le diagnostic du collectif sur la nécessité d’une « hospitalité » marseillaise plus accessible et plus sobre, tout en soulignant que « la course à la montée en gamme touristique » ne pouvait constituer « le seul horizon du secteur ».
Pour la majorité du Printemps Marseillais, le retour d’une offre de camping fait bien partie des objectifs du mandat, mais pas sur le modèle des anciens grands terrains municipaux. « Nous avons un problème de foncier, ce qui nous limiterait probablement à des campings de 100 à 200 places. Un ou deux sites, à proximité des transports en commun, pourraient être identifiés. Le secteur sud de la ville s’y prête, le nord aussi avec son accès vers la mer », défend Julien Harounyan, adjoint au maire délégué à l’Attractivité économique et au tourisme durable.
Un terrain de camping n’a pas forcément la même valeur qu’un terrain constructible, donc il est difficile de donner une moyenne du prix du foncier. Pour donner un ordre de grandeur, nous avons testé les estimations disponibles sur un site comparateur de terrains. À Marseille, le prix moyen affiché pour un terrain constructible se situe autour de plusieurs centaines d’euros du mètre carré, avec de fortes variations selon les secteurs.
À ce jour, le dernier site ayant pu accueillir un projet de cette ampleur était l’hippodrome Borély (8e arrondissement). Depuis plus d’un an, la Ville cherche un opérateur pour occuper le cœur de l’ancien golf, soit 7,2 hectares destinés à devenir un espace ouvert au public jusqu’à fin 2028. Le futur aménagement ne prévoit toutefois pas de camping.
Une vieille histoire marseillaise
Jusqu’au début des années 1990, Marseille comptait trois campings municipaux, auxquels s’ajoutaient deux établissements privés.
Créé en 1959, le camping de Mazargues, avenue Delattre-de-Tassigny, pouvait accueillir 240 personnes avant sa fermeture en 1988. Le camping de Bonneveine, ouvert en 1964 avenue Clot-Bey, offrait 480 places. Quant aux Vagues, face aux plages de l’Escale Borély, il accueillait jusqu’à 360 campeurs avant sa fermeture en septembre 1991. Deux campings privés existaient également dans les années 1970 : Les Iris, au Redon, et La Calanque Blanche, aux Goudes.
Pour Judith Aziza, historienne spécialiste du littoral marseillais, ces établissements témoignent d’une époque où Marseille entretenait un autre rapport avec son littoral et son urbanisation.
« Le camping de Bonneveine figurait en 1969 parmi les meilleurs campings d’Europe, notamment grâce à la qualité de ses installations sanitaires et à ses nombreux espaces ombragés », rappelle-t-elle, citant des articles du Méridional. Sa clientèle était alors majoritairement belge, mais aussi américaine, allemande, hollandaise ou britannique.
Au fil des décennies, l’urbanisation transforme profondément ces sites. « Le quartier de Bonneveine a été urbanisé dans les années 1970. Avant, il y avait une vaste zone agricole, en grande partie consacrée au maraîchage », explique Judith Aziza.
Le camping de Bonneveine est notamment amputé lors de la création de l’avenue de Hambourg, achevée en 1973. Coupé en deux par ce nouvel axe routier, il perd progressivement son attractivité. Les Vagues disparaissent à leur tour. À leur emplacement se trouvent aujourd’hui un complexe sportif municipal, des commerces et des bureaux.
Pour l’historienne, cette disparition reflète aussi l’évolution de la ville. « Marseille n’était pas toujours une destination de séjour : elle était souvent une ville de passage et beaucoup de campeurs n’y restaient que quelques nuits. Le camping est associé au retour à la nature. Marseille est avant tout un grand centre urbain, même si certains secteurs étaient encore préservés il y a plusieurs décennies ».
Selon la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air, le secteur a enregistré 147,6 millions de nuitées en France en 2025, dont 60 millions sur des emplacements nus (tentes, caravanes, camping-cars). En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les campings ont même atteint près de 18 millions de nuitées, un record régional.