Festivaliers comme randonneurs des Calanques utilisent des toilettes sèches sans imaginer ce qu’il advient de leur passage. L’urine est collectée par Ehotil qui la transforme en fertilisant agricole. La start-up marseillaise s’apprête à changer d’échelle.

L’idée peut surprendre, mais l’urine humaine est un trésor pour nos champs. « C’est la deuxième fois que l’on récupère plusieurs dizaines de milliers de litres sur ce festival », se réjouit Stéphane De Lacroix, fondateur de la startup marseillaise Ehotil.

Derrière les scènes du festival Marsatac ou entre deux cyprès du Parc National des Calanques, plusieurs grandes cuves blanches s’alignent discrètement. Des tuyaux serpentent jusqu’aux toilettes à séparation installées sur les sites.

De l’extérieur, elles ressemblent à des sanitaires basiques, mais une petite pédale sur le côté droit de l’assise les différencient. Imaginées par Ecodomeo, ces toilettes sèches dissocient les matières solides de l’urine grâce à un tapis roulant convoyeur muni de petits caniveaux.

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Transformer un déchet en ressource écologique

L’urine humaine contient naturellement de l’azote, du phosphore et du potassium. Le triptyque élémentaire recherché dans les fertilisants agricoles. Mais elle recèle aussi du calcium, du magnésium et des sels minéraux que les engrais chimiques n’apportent pas.

« Produire des engrais azotés industriels demande d’importantes quantités d’énergie », constate Emmanuel Morin, directeur général d’Ehotil et fondateur d’Ecodomeo. « 3 tonnes de gaz de CO2 sont émis pour une tonne d’engrais. Ehotil parvient à produire 30 fois moins de ce gaz dans sa fabrication globale ».

Récupérer les nutriments déjà présents dans l’urine est un enjeu autant écologique que souverain. Les engrais de synthèse, comme ceux organiques utilisés en agriculture biologique, proviennent majoritairement de continents étrangers.

urine, Ehotil transforme l’urine des festivaliers de Marsatac en engrais agricole, Made in Marseille

Dompter les bactéries et les odeurs

Tel un atelier de distillation chimique, les deux ingénieurs veillent régulièrement sur les cuves où l’urine tourne en permanence. Rien ne laisse vraiment deviner leur contenu. Pas même « l’odeur désagréable de l’urine. C’est l’azote qui s’évapore sous forme d’ammoniaque gazeux. Nous, on la contient pour préserver un maximum de ces molécules ».

Quelques raccords, des pompes, des tuyaux métalliques et des jauges suffisent à faire fonctionner le dispositif de nitrification, calqué sur la nature. Les bactéries, élevées dans ce milieu pourtant très agressif, transforment l’ammonium en nitrate, forme d’azote préférée des plantes.

Le liquide subit enfin une microfiltration éliminant les bactéries résiduelles et micropolluants comme les hormones, les résidus de médicaments ou de drogues. Reste un dernier défi : l’urine est composée majoritairement d’eau.

Pour réduire les coûts de transport et coller aux normes européennes, Ehotil affiche « un produit fini utilisable, validé sur des volumes de 2 et 10 litres en laboratoire. Mais il n’est pas encore suffisamment concentré », indique Stéphane De Lacroix.

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Cette année, sur les 7 cuves d’urine collectées sur le festival Marsatac, une a été entièrement remplie grâce aux toilettes Ecodomeo.

Une expérimentation grandeur nature

De nouvelles machines exploitant une cuve de 200 litres devraient permettre à la startup de passer à l’échelle semi-industrielle au printemps prochain. Les volumes seront alors suffisants pour lancer des essais agronomiques.

Pour confirmer son succès scientifique et le transformer en réussite économique, Ehotil change également d’écurie. Après avoir été couvée par l’incubateur public Impulse, la startup rejoint cet été celui de Kedge Business School.

« Nous sommes ingénieurs de formation, pas commerciaux », reconnaît Stéphane De Lacroix. Cette intégration donnerait à Ehotil l’opportunité de se concentrer sur son cœur de métier et ainsi positionner son engrais comme solution agricole de référence, locale et écologique.

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