Les 9 et 10 juillet, le Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables Provence-Alpes-Côte d’Azur a réuni 1 600 professionnels au palais du Pharo à Marseille. Ces derniers ont échangé sur les premiers usages en matière d’intelligence artificielle.
Une semaine après les Rencontres économiques d’Aix (du 2 au 4 juillet) où décideurs, économistes et chefs d’entreprise ont débattu des grands défis financiers, technologiques et géopolitiques, les experts-comptables et collaborateurs de cabinets de Provence-Alpes-Côte d’Azur se sont réunis à leur tour pour réfléchir à l’avenir de leur profession.
Les 9 et 10 juillet, près de 1 600 professionnels ont participé à la 13e édition du congrès du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables Provence-Alpes-Côte d’Azur (CROEC Paca), organisé au palais du Pharo.
Cette année, « Le numérique augmenté » est apparu comme le thème évident. « La thématique s’est imposée naturellement, au travers des remontées de terrain et de nos échanges avec les chefs d’entreprise. Maintenant, on se doit d’être précurseur et pionnier sur l’intelligence artificielle », plante Nicolas Férand, le président de l’Ordre.
🗨️ Facture numérique, intelligence artificielle : « On est en train de vivre deux révolutions numériques », annonce le président @Nicolas_FERAND pour lancer le congrès de l’Ordre des Experts-Comptables PACA @CROEC_Paca qui s’ouvre aujourd’hui au palais du Pharo. pic.twitter.com/C86NAOD4Dt
— Made in Marseille (@MadeMarseille) July 9, 2026
Des experts-comptables encore en quête d’expertise
Si l’intelligence artificielle a déjà fait son entrée dans les cabinets, une question demeure : les 2 500 experts-comptables de la région Paca sont-ils assez formés pour en exploiter pleinement le potentiel ? « Il y a toujours une part d’early adopters qui vont défricher le terrain, soit environ 5 % de la profession. Les 95 % restants sont des utilisateurs de solutions prêtes à l’emploi. C’est là que nous avons besoin d’éditeurs, de spécialistes de l’informatique et d’ESN (entreprises de services du numérique) capables de développer des outils faciles à intégrer dans les cabinets », explique-t-il.
Pour privilégier les retours d’expérience et les cas d’usage plutôt que les débats théoriques, huit ateliers se déroulent chaque jour, dédiés aux collaborateurs et aux experts-comptables.
Parmi les sujets abordés : l’utilisation de ChatGPT et de Cursor, l’IA générative appliquée à l’audit ou encore l’intégration de ces nouveaux outils dans les cabinets d’expertise comptable.
Les premiers cas d’usage dans la région
Pour plusieurs experts-comptables ayant assisté aux ateliers, l’un des usages les plus concrets de l’IA concerne le commissariat aux comptes. Elle permet notamment d’analyser rapidement de grands volumes de données, de repérer des anomalies et d’assister les auditeurs dans leurs contrôles, sans se substituer à leur jugement professionnel.
En 2026, les cabinets utilisent majoritairement cinq assistants IA : ChatGPT, Claude, Copilot, Gemini et Cursor pour automatiser certaines tâches de rédaction. « Pour les cabinets, le coût varie entre 50 et 100 euros par collaborateur et par mois », indique Fabrice Heuvrard, expert-comptable et commissaire aux comptes.
Durant les ateliers, les commissaires aux comptes ont notamment rappelé que ces outils nécessitent un cadre d’utilisation. Il préconise trois réflexes à adopter au sein des cabinets : formaliser une charte IA, conserver un regard critique sur chaque réponse produite et anonymiser systématiquement les données intégrées dans les requêtes.
Vers une IA locale souveraine pour les experts-comptables
Depuis septembre 2025, l’Ordre des experts-comptables Paca, en partenariat avec thecamp et Unitel Cloud Services, développe une IA souveraine destinée à la profession.
Pour Fabrice Heuvrard, l’enjeu est désormais de permettre aux experts-comptables de reprendre la main sur leurs outils. « Au fil de mes échanges durant les ateliers, je constate que la filière a encore un train de retard. Les experts-comptables découvrent qu’ils peuvent développer leurs propres outils informatiques. Cela répond à un problème de la profession, car nous avons de plus en plus de défiance vis-à-vis des éditeurs. En France, nous manquons encore d’experts-comptables-développeurs. Mais la profession pourrait être en mesure de produire son propre logiciel comptable pour 500 000 euros ».
Au-delà de l’intelligence artificielle, la profession doit également composer avec les futures réformes fiscales et comptables décidées par l’État.
À partir du 1er septembre, la généralisation progressive de la facturation électronique transformera l’organisation des cabinets et les échanges avec leurs clients. Puis, au 1er janvier 2027, la suppression de la déclaration annuelle de TVA (CA12) fera évoluer une partie des missions déclaratives.