Née à Marseille en 1873, la Compagnie Maritime Chambon, spécialisée dans le remorquage portuaire, diversifie son activité vers l’éolien flottant offshore. Une histoire marseillaise qui se transmet depuis cinq générations.

Au cœur de Marseille, sur la Canebière, l’histoire maritime de la Compagnie Chambon tient presque dans un bureau. Sur les étagères de son président historique, Guy Chambon, des maquettes de navires racontent plus de 150 ans d’attachement à la mer.

Lorsqu’il n’est pas en rendez-vous avec des clients ou des partenaires financiers, il aime retrouver ses équipages dans les ports. « Nous avons toujours travaillé depuis le terrain. Vous ne développez pas la confiance de vos équipes derrière un bureau », glisse-t-il avec un sourire.

En France, le recours aux remorqueurs n’est pas obligatoire pour tous les navires. Mais dans les grands ports, les règles imposent leur intervention pour certaines manœuvres, notamment lorsqu’il s’agit d’accompagner les plus gros navires à l’entrée et à la sortie des bassins. Des manipulations qui demandent une grande connaissance de la mer.

Une compagnie marseillaise en plein développement

Passionné de voile, Guy Chambon a aussi grandi avec la culture maritime de Marseille. En 1965, alors âgé de vingt ans, il choisit de rejoindre l’entreprise familiale. « Avant la disparition de mon père, j’ai préféré arrêter mes études de commerce pour pouvoir commencer à travailler au sein de l’entreprise. J’ai tout appris sur le tas », partage-t-il.

Originaire d’Auvergne, la famille Chambon s’est installée dans la ville vers 1780. L’arrière-grand-père de Guy a créé la société familiale en 1873. À cette époque, les manœuvres étaient effectuées par de petites embarcations à rames, puis les remorqueurs à vapeur ont progressivement pris le relais.

« Avant la construction des bassins de La Joliette et d’Arenc, les remorqueurs étaient amarrés dans le Vieux-Port. Depuis les quais, les Marseillais pouvaient les voir évoluer de près, c’est comme ça que la compagnie a commencé à se faire un nom. Puis le port s’est transformé. Les remorqueurs ont rejoint les installations de Saumaty, à L’Estaque, où ils sont aujourd’hui positionnés », raconte Guy Chambon.

Aux côtés de son oncle, Guy Chambon va rapidement diversifier les activités de la compagnie. À l’époque, le remorquage maritime ne représentait qu’environ 40 % du chiffre d’affaires. Dans les années 1970, l’entreprise ouvre alors une filiale dédiée à l’offshore pétrolier. Elle arme des navires d’approvisionnement et de remorquage destinés aux plateformes de forage, alors en plein développement en Afrique de l’Ouest, notamment au Gabon.

Chambon, Chambon, 153 ans d’histoire marseillaise dans le remorquage maritime, Made in Marseille
La maquette du navire « Chambon Alizé » conçu pour les opérations offshore et les énergies marines renouvelables.

Une transmission de père en fils

En 1996, la compagnie Chambon est cédée au groupe Bourbon après le retrait de plusieurs membres de la famille. Guy Chambon reste alors sept ans au sein du groupe avant de reprendre une partie de l’activité de remorquage et de faire renaître la compagnie maritime familiale en 2002.

En 2003, la cinquième génération reprend la relève. Ses deux fils, Bertil et Antonin, rejoignent la société. Son expérience au sein de CMA CGM a permis à Bertil d’occuper le poste de directeur d’exploitation, puis de directeur général. Son frère, Anthonin, prend quant à lui en charge la filiale financière suisse du groupe.

Aujourd’hui, 100 % de son activité repose sur le remorquage maritime. Les remorqueurs de la compagnie sont capables de répondre aux besoins de navires toujours plus imposants à Toulon, Calais et Boulogne-sur-Mer. Ces ports concentrent désormais la majorité de l’activité de Chambon, contrairement à Marseille.

Chambon, Chambon, 153 ans d’histoire marseillaise dans le remorquage maritime, Made in Marseille
Guy Chambon, président de la compagnie Chambon et son fils, Bertil, directeur général.

L’envie d’un retour à Marseille ?

Pour la compagnie, qui réalise 17 millions de chiffre d’affaires, l’enjeu serait donc de retrouver une place dans les bassins du Grand Port Maritime de Marseille.

« Les ports passent généralement des contrats avec des sociétés privées sur appels d’offres, qui peuvent durer de quatre à quinze ans, voire davantage », explique-t-il. Pour intégrer un port, les compagnies doivent répondre à un cahier des charges précis et démontrer leur capacité opérationnelle.

Le cap sur l’éolien

En attendant, Guy continue de suivre les grands dossiers. Conscient que le marché du remorquage maritime reste très concurrentiel, avec plusieurs acteurs déjà implantés, dont Boluda Towage France, il mise sur l’éolien flottant offshore en accompagnant des opérateurs comme Qair, EDF et Engie.

Car les éoliennes flottantes sont en plein développement sur le territoire, avec le projet « Provence Grand Large » lancé en 2025 au large de Fos. Chambon a investi environ 7 millions d’euros dans de nouveaux bateaux adaptés à ces opérations.

Neuf pilotes dédiés sont actuellement installés dans plusieurs ports, notamment à Fos-sur-Mer et à Port-la-Nouvelle, dans l’Aude. Après cette phase d’expérimentation de trois ans, chaque site pourrait accueillir jusqu’à une quarantaine d’éoliennes flottantes.

Plusieurs décennies après son arrivée au sein de la compagnie, Guy Chambon semble toujours garder le cap.

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