Avec ses « micro-turbomachines » vendues dans le monde entier, Enogia transforme la chaleur perdue des industriels en électricité décarbonée. Portée par une croissance record, la société marseillaise a inauguré sa nouvelle usine dans les quartiers Nord.
« C’est une nouvelle étape », se réjouit Arthur Leroux, fondateur de la société Enogia, en inaugurant son usine flambant neuve des quartiers Nord de Marseille, ce mercredi 1er juillet. Dans la zone industrielle des Arnavaux, c’est le troisième site du groupe qui ne cesse de grandir depuis 13 ans dans la ville.
Le bâtiment classé avec sa structure de type Eiffel a connu un coup de fraîcheur pour accueillir les équipes et la production de ces « micro-turbomachines ». Derrière leur nom un peu lourd et une apparence de petite usine à gaz se cache pourtant « un principe simple : notre produit convertit de la chaleur en électricité ».
Pas bien loin du procédé utilisé depuis les premières machines à vapeur : la chaleur met un fluide en ébullition pour créer de l’énergie. Mais l’innovation d’Enogia se démarque à beaucoup d’égards, notamment grâce au fluide utilisé. Ce dernier permet d’entrer en ébullition « à plus basse température, avec une meilleure conversion énergétique », précise Arthur Leroux.
Et c’est là que sa machine intéresse beaucoup de monde : « les industriels en particulier, qui peuvent transformer en électricité la chaleur fatale de leurs usines ». À savoir la chaleur générée par leurs process de production. « Il dépensent de l’énergie et de l’argent pour refroidir leurs machines. Avec nous, ils refroidissent en générant de l’énergie et donc de l’argent ».
« Vendre le made in Marseille dans le monde entier »
L’argument a fait mouche. Les « micro-turbomachines » se vendent comme des petits pains alors que l’export à l’international représente 91% de l’activité. « En Asie notamment, où tout va plus vite. Mais surtout où l’électricité est plus chère et souvent carbonée », explique Arthur Leroux. La société vante un retour sur investissement entre un et trois ans. « C’est plutôt entre deux et cinq ans en France », précise l’entrepreneur.
Enogia connaît ainsi une ascension impressionnante, avec une croissance annuelle qui dépasse les 50% ces dernières années, pour un record à 57% en 2025. Le chiffre d’affaires a atteint 12,6 millions d’euros grâce à un carnet de commandes historique.
Et les planètes sont alignées pour que la tendance se poursuive. C’est justement pour passer à une échelle de production industrielle que la société s’implante dans sa nouvelle usine. Afin de continuer de « vendre le made in Marseille dans le monde entier », formule Arthur Leroux lors de l’inauguration du site.
Du transport maritime jusqu’aux datas centers ?
Car ses différents modules, aux tailles et puissances variables, s’appliquent à de nombreux secteurs. Elles se montrent performantes par exemple dans les énergies renouvelables pour la géothermie. Ou encore dans le transport maritime « car les moteurs thermiques rejettent de la chaleur. En intégrant notre solution dans le système de refroidissement, ils produisent de l’électricité pour la vie à bord et réduisent leur empreinte carbone ».
MSC croisières a ainsi décidé d’équiper sa nouvelle flotte de classe World, « les plus gros bateaux du monde », précise Arthur Leroux. Une information qui peut faire mouche à Marseille, où le secteur des croisières et des ferries fait face aux critiques sur la pollution des navires. « Notre solution est pertinente pour eux. On n’a pas encore de marché avec les acteurs locaux, mais on discute, que ce soit avec La Méridionale, Corsica Linea, ou CMA CGM. J’ai bon espoir pour les années à venir ».
Toujours du côté du port, un autre secteur est sous le feu des critiques : les data centers. On leur reproche leur consommation énergétique immense, leur production de chaleur et l’utilisation d’eau douce pour refroidir leurs machines. Sur le papier, la solution d’Enogia semble répondre à tous ces problèmes. « Mais la chaleur des centres de données est trop basse pour notre solution actuelle. On travaille en R&D pour répondre à ce secteur dans les prochaines années ».
« L’installation d’Enogia dans les quartiers Nord est un symbole »
Quoiqu’il en soit, le parterre de personnalités présentes lors de l’inauguration de la nouvelle usine prouve que beaucoup considèrent déjà Enogia comme un fleuron industriel français de l’énergie et la décarbonation. Au premier rang, des élus comme le président de Région Renaud Muselier (Renaissance) ou la conseillère municipale marseillaise, déléguée à l’économie verte et circulaire, Cécile Vignes (Printemps marseillais).
Ou encore le Marseillais Claude Imauven, figure économique nationale, ancien haut fonctionnaire et désormais à la tête du groupe Orano spécialisé dans le nucléaire. « L’installation d’Enogia dans les quartiers Nord est un symbole. Car cette entreprise a travaillé à révéler une ressource cachée », comme peuvent l’être les talents de ce côté de la ville.
Autre figure française majeure de l’économie et de la politique, Arnaud Montebourg était également de la partie. Pour lui, après que la France « a perdu sa substance productive », Enogia accompagne la dynamique de réindustrialisation nationale. « On revient avec des ressources exceptionnelles. Il faut constituer partout sur le territoire des entreprises solides, robustes, exportatrices, et porteuses du rayonnement économique du pays », clame l’ancien ministre de l’économie.