Plus de dix ans après l’abandon du projet de centre commercial Bleu Capelette, un nouveau projet mêlant logements, bureaux, hôtel, centre de loisirs et résidence étudiante doit entrer en chantier fin juin.
C’est une dent creuse qui n’en finissait pas d’attendre sa reconversion. Dans le quartier de la Capelette à Marseille (10e), coincée entre l’autoroute A50 et le palais omnisports Marseille Grand Est (Pomge), cette ancienne friche industrielle de 2,3 hectares a connu bien des déboires.
Le terrain vague qui longe la patinoire est un des sujets qui traînent, parmi d’autres, dans cet ancien quartier ouvrier que les aménageurs publics et promoteurs privés tentent de réhabiliter depuis des décennies. À l’origine, il devait accueillir un grand centre commercial, Bleu Capelette, porté par le promoteur Sifer et Icade. Mais le modèle de ces complexes urbains n’a pas le vent en poupe et un désaccord a séparé les partenaires.
Après l’enterrement du projet en 2015, il aura fallu patienter plus de 10 ans pour que Sifer et les institutions publiques se mettent d’accord sur une nouvelle copie. « Les travaux commencent la semaine prochaine », nous annonce le directeur général de Sifer, Cyril Simon. Un chantier à 120 millions d’euros, pour une opération baptisée « Incity », dessinée par les agences Carta-Reichen & Robert associés et Rougerie+Tangram.
226 logements sociaux, surtout dans une « résidence de jeunes actifs »
Ce nouveau quartier de dix bâtiments neufs, doit mêler logements, résidence étudiante, bureaux, hôtel et complexe de loisirs. Parmi les enjeux derrière le projet, Cyril Simon décrit « la reconquête de friches, le développement de commerces et services de qualité, la réintroduction de la nature en ville… Et une réponse au besoin de logements ».
Sur ce dernier point, le projet du promoteur était attendu au tournant par la municipalité. Alors que la nouvelle adjointe à l’urbanisme, Audrey Gatian, n’a pas souhaité commenter le projet, son prédécesseur, Éric Méry, nous expliquait l’année dernière qu’il attendait « 227 logements sociaux sur les 762 », soit près de 30%.
« Il y en aura 226 sur 761 », précise Cyril Simon. Avec une subtilité toutefois pour la majorité de ces logements sociaux. «180 » d’entre eux se concentrent sur la « résidence pour jeunes actifs » prévue dans l’opération. Concernant la programmation de logements traditionnels, soit 410 appartements allant du T1 au T5, « 46 seront sociaux », chiffre-t-il. Un peu plus de 10%, donc.
Premières livraisons en 2029 pour ce « Quartier durable méditerranéen »
« Nous avons validé les permis de construire pour les trois premiers bâtiments, au sud-est de la parcelle », le long de la patinoire, poursuit le directeur de Sifer. Ces derniers doivent être livrés en « mars 2029 ». Un îlot accueillera la future résidence étudiante et celle pour jeunes actifs. Les deux autres, des logements traditionnels avec « commerces et services en rez-de-chaussée ».
C’est un enjeu-clé du programme. Tout comme les espaces extérieurs. La municipalité a insisté pour que la voie centrale traversante nord-sud soit publique, et a obtenu gain de cause. « Ce cheminement sera qualitatif et dédié aux mobilités douces », assure Cyril Simon. Il insiste sur la végétalisation du site avec la plantation de « 150 arbres, 8000 m2 de création paysagère, 30% de pleine terre… ». Le paysagiste Land’Act est à la manœuvre.
L’opération Incity a d’ailleurs « reçu officiellement le label Quartier durable méditerranéen. C’est le premier à Marseille en phase conception », se réjouit le promoteur. Notamment en misant sur la récupération des eaux grises pour l’arrosage des plantes et la couverture photovoltaïque de 2000 m2 de bâti.
Avant / après :
Hôtel et centre de loisirs pour faire barrière avec l’autoroute
La seconde phase de l’opération se concentrera sur le sud-ouest de la parcelle, avec encore du logement et un immeuble de bureaux. « On devrait obtenir les permis d’ici la fin de l’année ». Suivra la dernière phase, au Nord du quartier, pour le séparer de l’autoroute.
C’est ici qu’un grand centre de sport et de loisirs de 9 600 m2 prendra place. Planète fitness est déjà dans les tuyaux pour occuper une partie. Mais les promoteurs misent également sur une salle d’escalade, un centre de détente et bien-être, ou encore des loisirs de réalité virtuelle. Enfin, le bâtiment voisin accueillera « un hôtel trois étoiles de 110 chambres ».
« Enfin ! » pour les promoteurs comme les habitants
Le président de Sifer, Éric Lasery, qui est passé par de nombreuses difficultés, ne cache pas sa joie de voir l’opération débuter. « Enfin ! C’est un vrai quartier qu’on fait, en transformant l’entrée de Marseille. Il y a une vraie dynamique ici, avec l’arrivée du tramway à 300 mètres, EDF ou Erilia qui installent leurs bureaux. Nous on intervient aussi sur les espaces publics. Dans le cadre de l’opération, la Soleam rouvre l’impasse Ferdinand Arnodin sur Rabatau, pour reconnecter la Capelette avec le parc du 26e centenaire ».
Croisée aux abords de la friche, Christelle, qui a acheté un logement dans une nouvelle résidence du quartier en 2014, se réjouit. « Enfin ! On aura été patients. Quand on a acheté sur plans, on nous promettait un quartier neuf autour avec des espaces publics et des commerces. Mais depuis on vit à côté de friches, c’est mort », raconte-t-elle. Elle pourra découvrir l’avenir du site plus en détail avec la maison du projet qui ouvre rue Ferdinand Arnodin.