Le padel gagne du terrain à Marseille, si bien que les clubs de tennis et de futsal reconvertissent une partie de leurs mètres carrés pour attirer les amateurs toujours plus nombreux. Analyse.

L’ancien n°10 de l’Olympique de Marseille, Dimitri Payet, a annoncé prendre sa retraite dimanche soir, à l’aube de ses 39 ans. « On va pouvoir me revoir, mais sur les terrains de padel », a-t-il cependant glissé. Plusieurs sportifs français, comme lui, se sont convertis à cette discipline à l’instar de Teddy Riner, Tony Parker ou Zinedine Zidane.

Cet essor du padel est mondial. Le World Padel Report 2025 recense plus de 35 millions de joueurs amateurs à l’international. Mais la France n’est pas en reste. La Fédération française de Tennis (FFT) enregistre 272 000 licenciés de padel fin 2025, en augmentation de 130% par rapport à 2022.

L’Hexagone compte désormais 4 000 pistes de padel, en progression là aussi de 118% en trois ans. C’est d’ailleurs le pays dans lequel le plus de pistes ont été installées au cours des 18 derniers mois. Même dynamique du côté des clubs. En 2014, seuls 10 clubs proposaient cette discipline, alors qu’ils sont 1 027 aujourd’hui.

Le début d’un engouement en 2019

À Marseille, la première a avoir flairé son potentiel est Virginie Gola, ancienne du squash. Elle a transformé en 2014 un terrain de tennis en deux pistes de padel au Tennis Park de Marseille (11e). « Au départ, personne ne connaissait. Ça a bien mis un an à prendre », raconte la gérante qui note « un vrai engouement depuis 2019 ».

D’autres terrains ont commencé en effet à fleurir cette même année. Haïm Cohen, fondateur de 13 by Puma (14e) avec ses huit terrains de futsal, a lancé la reconversion avec de premières pistes de padel. Aujourd’hui son complexe a même inversé la tendance, avec huit terrains de padel, dont deux en extérieur, et cinq terrains de futsal.

Dernier concept en date ouvert en avril 2025 à la Capelette (10e) : le Cap7 Padel. Construit dans un ancien entrepôt de 3 000 m2, le site compte sept cours de padel en intérieur où Dimitri Payet vient d’ailleurs parfois s’entraîner.

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Terrain de padel au CAP 7, à la Capelette.

Un sport « simple, pour tous les âges et addictif »

Le directeur sportif de ce nouveau centre, Stéphane Penso, ancien joueur de squash, a été séduit il y a quelques années par le padel en plein mois d’août sur le complexe de Luminy (9e), sous le soleil ardent et le chant des cigales. « Je vieillis. Le squash c’est contraignant et physique. Alors que le padel c’est simple, ça s’adresse à tout le monde de 7 à 77 ans, et c’est mieux pour les articulations », estime Stéphane.

Haïm Cohen est du même avis. Le féru de futsal depuis petit s’est laissé entraîné par le mouvement de ce sport de raquette. « Je joue quasiment tous les jours, parfois deux fois pas jour. Je suis un vrai gros drogué », s’amuse le Marseillais. Comme lui, Stéphane Penso parle d’une discipline « addictive » qui « n’est pas qu’un effet de mode ».

C’est pourquoi, le 13 by Puma a cherché à répondre à une demande toujours plus forte et durable à Marseille. « 100% des terrains sont remplis en soirée et de plus en plus de gens participent aux tournois », affirme Haïm. Mêmes constats du côté de CAP7 et du Tennis Park.

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Stéphane Penso, directeur sportif du CAP 7.

Le tennis et le padel, adversaires ?

Ces chiffres satisfaisants semblent confirmer le pari des entrepreneurs. Ils estiment tous que le modèle économique est encore plus juteux depuis cette hybridation grâce au meilleur taux de remplissage dans la journée.

En comparaison du tennis, le padel est aussi plus rentable. « Pour un terrain de tennis de 400 m2, tu gagnes 20 euros de l’heure avec deux joueurs. Alors que sur cette même surface, tu mets deux terrains de padel. Donc 8 personnes te rapportent 80 euros de l’heure », explique Stéphane.

Aujourd’hui, la Fédération française de tennis (FFT) qui compte plus d’un million de licenciés, enregistre 25% de licenciés de padel. « Selon les estimations, on pourrait passer à 500 000 licenciés d’ici 2030 », affirme le sportif. Le padel gagne donc du terrain sur le tennis.

Vers une Fédération indépendante ?

Stéphane Penso et Franck Binisti (Padel Magazine) souhaitent créer une Fédération française de padel indépendante (FFP). Pour peser dans l’écosystème, le FIP Platinum Padel 2026 a organisé son premier événement international au Palais des Sports en février dernier. Coïncidence ou non, ce nouveau tournoi a pris le créneau de l’Open 13, ancien tournoi de tennis emblématique de Marseille, qui a déménagé pour Lyon en 2025 car l’équipement du Palais des Sports ne correspondait plus à ses normes. 

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Un terrain de Padel jouxte le terrain de futsal au 13 by Puma.

Ralentir le futsal pour attirer des CSP+

Cette rentabilité est moins vraie si l’on compare au futsal. Un terrain de futsal de 450 m2 rapporte 100 euros au 13 by Puma (10 euros/joueur pour 10 joueurs) pour une heure de jeu. Ce qui correspond à deux terrains de padel qui rapportent quasiment la même chose, soit 96 euros (12 euros/joueur pour 8 joueurs) mais pour 1h30.

Il semble donc que la reconversion des terrains de futsal vers le padel ne répond pas forcément à la recherche de gains financiers. La raison est plus sociologique pour les propriétaires. « Au futsal, il y a beaucoup de bagarres et de jeunes qui causent du soucis, confie Stéphane. Développer le padel permet d’attirer des CSP+ et des chefs d’entreprises qui bloquent les salles pour des séminaires ou des petits déjeuners ».

Dans ce contexte, certains amateurs du ballon rond craignent la disparition progressive des terrains. « On gardera des terrains de futsal, les créneaux seront juste mieux remplis », veut pourtant rassurer Haïm.

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