Yes We Camp investit un nouveau site temporaire rue Sainte avec Rivage. Ce projet hybride transforme l’ancien siège de Bourbon en lieu de travail collectif et solidaire. Sur 4 200 m², artistes, associations et acteurs sociaux cohabitent avec un dispositif d’accueil pour jeunes exilés, dans une logique de mutualisation et d’entraide.

Yes We Camp poursuit son implantation dans le paysage marseillais. Après La Cômerie, Coco Velten ou encore Buropolis, l’association spécialiste de l’occupation temporaire investit un nouveau site d’envergure.

Du 142 au 150 rue Sainte, au-dessus du bassin du Carénage, l’ancien siège de l’entreprise Bourbon, inoccupé depuis juin 2024, a retrouvé une seconde vie avec Rivage. Sur 4 200 m² répartis en cinq bâtiments, le projet fédère aujourd’hui 90 structures, artistes, associations, ONG, entrepreneurs sociaux et freelances, dans un lieu pensé comme une plateforme de coopération et de partage.

Mis à disposition par la foncière Icade jusqu’à fin 2026, dans l’attente d’un projet de réhabilitation en logements, le site a été investi en quelques mois à peine. « On a récupéré les clés en octobre, les premiers occupants sont arrivés en décembre, et dès février, le taux d’occupation atteignait 90 % », explique Valentin Prelat, co-coordinateur du lieu.

Un modèle hybride entre bureaux et engagement social

Dans un contexte de forte pression immobilière à Marseille, Rivage répond à une double problématique : la vacance de grands ensembles tertiaires et la difficulté, pour les structures culturelles et sociales, d’accéder au marché classique. Ici, une grille tarifaire adaptée aux modèles économiques de chacun permet de mutualiser les charges et de rendre les espaces accessibles.

La répartition se veut équilibrée : environ 30% d’ateliers d’artistes, 30% d’associations et ONG, et 30% de travailleurs indépendants. Tous partagent bureaux, espaces communs et une cantine ouverte aux occupants, à leurs invités et aux habitants du quartier. Le projet se finance notamment grâce aux contributions et loyers versés par les occupants, complétés par des subventions et des activités solidaires.

Mais au-delà de l’espace de travail, Rivage revendique une ambition plus large. « L’idée, c’est de faire communauté en décloisonnant les pratiques », résume Valentin Prelat. Ce principe se traduit dans l’implication demandée à chaque structure dans la vie du lieu, mais aussi par la présence d’acteurs de l’hospitalité et de l’accompagnement social.

rivage, Vidéo | Au-dessus du Vieux-Port, des bureaux vacants deviennent un lieu de vie partagé, Made in Marseille
L’open space de Rivage

Le Gr1, un lieu ressource pour jeunes exilés

Au cœur du dispositif, 500 m² sont dédiés au Gr1, un accueil de jour pour jeunes exilés âgés de 15 à 25 ans. Porté notamment par Médecins sans frontières, le Secours catholique, la Ligue de l’enseignement et l’Armée du Salut, ce lieu a été relocalisé depuis Sainte-Marguerite pour gagner en centralité et en visibilité.

« Il y avait une dimension symbolique forte à s’installer sur le Vieux-Port », souligne Pierre Baglin, coordinateur du projet pour Médecins sans frontières (MSF) à Marseille. Depuis 2020, l’ONG intervient auprès de mineurs non accompagnés, souvent en recours pour être reconnus comme tels et accéder à une prise en charge par l’aide sociale à l’enfance.

À Marseille, ils seraient environ 300 dans cette situation. Beaucoup se retrouvent à la rue ou dans des hébergements précaires. « Ils sont livrés à eux-mêmes, exposés à des réseaux de traite ou de narcotrafic », alerte Pierre Baglin.

Le Gr1 vise à répondre à leurs besoins essentiels : repas, douches, buanderie, mais aussi accompagnement médical et psychologique. « Leurs parcours sont souvent marqués par des violences extrêmes, notamment lors des traversées migratoires », rappelle-t-il.

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Valentin Prelat et Kristel Guyon, co-coordinateurs du site.

Cantine solidaire, ateliers et formations

Le Gr1 propose également un accompagnement socio-juridique, des cours de français, des activités culturelles et des ateliers pratiques. Chaque semaine, deux maraudes alimentaires sont organisées, avec des repas préparés sur place puis distribués à vélo dans le centre-ville.

Entre les étages, les interactions se multiplient. Un artiste anime des ateliers d’alphabétisation, une recyclerie sportive propose des ateliers de réparation de vélos, tandis que des formations professionnelles sont organisées avec des structures comme Weavers, qui accompagne des personnes exilées vers l’emploi.

« Ces parcours de 4 mois sont réalisés en collaboration avec un réseau d’entreprises, qui s’engagent à les recruter à la fin », détaille Annette Nuguet, référente territoriale de Weavers. Plusieurs participants ont déjà obtenu un titre professionnel et décroché leurs premiers contrats, notamment dans l’aide à domicile ou la propreté.

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Le peintre Sébastien Mariat a installé son studio dans l’un des locaux de Rivage.

Une inauguration sous le signe du partage

Pour son ouverture officielle ce vendredi 24 avril, Rivage a vu les choses en grand. La soirée d’inauguration, à guichets fermés, mettra à l’honneur la diversité des occupants avec une exposition d’une trentaine d’artistes, une scène ouverte, des DJ sets et performances portées par les jeunes du Gr1.

Un moment à l’image de ce projet, collectif, hybride et engagé, à la croisée des mondes artistiques et sociaux. Avant de laisser place à des travaux de réhabilitation pour de futurs logements, prévus à partir de novembre prochain.

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