À l’Estaque, le « camembert de Cousteau » doit échapper à la démolition. Une mobilisation citoyenne a mis en valeur l’intérêt patrimonial du bâtiment circulaire. Et espère y créer un « tiers-lieu entre terre et mer ».

Il voulaient sauver le « camembert » de Cousteau. C’est fait. Le Port de Marseille-Fos, propriétaire de ce bâtiment circulaire qui lui vaut son surnom, posé sur le littoral de l’Estaque, nous confirme avoir « gelé la question de sa démolition ». Le président du directoire, Hervé Martel, indique avoir acté cela considérant « l’intérêt patrimonial » de l’édifice.

L’été dernier, nous vous racontions comment un collectif réunissant des citoyens et des associations ont investi artistiquement le site à l’abandon. D’abord pour rappeler son histoire étroitement liée à celle de l’emblématique commandant Cousteau. Le hangar voisin abrite le plus grand sous-marin civil du monde, le SAGA, conçu par l’homme au bonnet rouge à la fin des années 1960. Avant que la Comex d’Henri-Germain Delauze ne reprenne le projet et le fasse aboutir en 1987.

Relié au hangar par un couloir, « le camembert » a été dessiné, selon des témoignages, par le fils du célèbre marin, Jean-Michel Cousteau, et accueillait les bureaux des équipes de scientifiques, ingénieurs et dessinateurs. Avant de se reconvertir plus récemment en centre de balnéothérapie, « les Bains de l’Estaque », qui ont fermé il y a quelques années. Laissant le bâtiment amianté à l’abandon.

« Un énorme potentiel culturel, scientifique et social »

Maintenant que sa démolition est écartée, et qu’un désamiantage a été effectué, que va-t-il advenir de cet édifice ? Témoin de l’architecture moderniste des années 1970, le bâtiment circulaire entièrement vitré offre un panorama saisissant sur la Méditerranée qui s’étend à ses pieds via une esplanade et un petit quai.

De quoi évoquer l’autre ambition de la mobilisation citoyenne : redonner vie à cet espace « qui a un énorme potentiel culturel, scientifique et social ». C’est ce qu’explique Michel Teule, représentant les Comités d’intérêt de quartier du 16e arrondissement de Marseille, et membre de « Faites le Grand Estaque avec Nous ! ». Le collectif imagine ainsi créer « un tiers-lieu entre terre et mer, entre les quartiers et le port », poursuit-il.

« Une trentaine de structures sont intéressées par le projet », estime Michel Teule. « Du centre de recherche en océanographie à l’association culturelle de quartier. Et pourquoi pas de la réparation de petit navire ». Si le projet reste encore à affiner, il évoque « de la science participative concernant la qualité des eaux marines, des ateliers d’artistes, de l’accueil pérenne de structures et associations, mais aussi des événements ».

camembert, Sauvé de la destruction, le « camembert » de Cousteau rêve d’une nouvelle vie à l’Estaque, Made in Marseille
Le bâtiment dispose aussi d’un toit-terrasse.

Un premier événement public au camembert le samedi 25 avril

Mais rien n’est encore acté pour le moment rappelle le Port de Marseille-Fos. « Nous sommes au milieu du gué », tempère ainsi Hervé Martel. De son côté, Michel Teule estime que les discussions avec l’établissement public sont « constructives » mais qu’il faudra encore en passer par de nombreuses étapes, dont une mise en concurrence, avant d’aboutir à une occupation du site.

Le collectif planche déjà sur son projet, avec le lancement d’une association de préfiguration. « L’idée est d’aboutir à la création d’une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) pour exploiter le camembert. Et d’associer les associations de quartier », précise Michel Teule.

Il affirme avoir le soutien de la Ville de Marseille, via le maire de secteur (15-16) fraîchement élu, Jean-Marc Coppola (PC). Ce dernier n’a toutefois pas pu nous confirmer cela à date.

Quoiqu’il en soit, il faudra être patient pour voir débuter un projet, au mieux « à la fin de l’année ». En attendant, le rendez-vous est donné au Camembert pour un premier événement : « TOUS AUX QUAIS ! Retrouvailles à la mer », ce samedi 25 avril de 10h à 20h. Au programme : ramassage de déchets, expo, cuisine, ateliers, balades, concerts… Et la poursuite de la réflexion « pour se réapproprier le littoral », rappelle Michel Teule. Car le collectif travaille en ce sens sur d’autres secteurs au Nord de Marseille, comme le quai de la lave.

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